Inondation et incendie simultanés : que faire face au double risque

Par Le citoyen prévoyant - Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Inondation et incendie simultanés : que faire face au double risque
Inondation et incendie simultanés : que faire face au double risque

Une alerte météo signale des pluies diluviennes et une montée rapide des eaux. Quelques heures plus tard, alors que vous surveillez la progression de l’inondation, une explosion retentit — un incendie vient de se déclarer. Les pompiers ne peuvent accéder à votre secteur, les routes étant coupées. Ce scénario n’est pas hypothétique.

En mars 2025, à Sainte-Gertrude (Bécancour), une résidence déjà cernée par les eaux a pris feu en pleine inondation. Les pompiers, confrontés aux risques électriques liés à l’eau, n’ont pu qu’en limiter les dégâts. (Source — zone911.com). À Beauceville, des résidents ont dû évacuer en catastrophe face à une montée des eaux imprévisible — une épreuve qu’ils avaient déjà vécue en 2019. (Source — Journal de Québec)

L’inondation et l’incendie constituent deux des risques les plus documentés au Québec. Leur combinaison simultanée — moins rare qu’on ne le pense — exige une préparation spécifique. Ce guide couvre les mesures avant, pendant et après ce scénario de double catastrophe.

Comprendre pourquoi l’eau et le feu peuvent coexister

L’intuition voudrait qu’une inondation empêche tout incendie. En pratique, l’eau peut au contraire aggraver plusieurs conditions propices aux départs de feu. Quatre mécanismes expliquent cette réalité.

Pannes de courant et courts-circuits

L’eau s’infiltre dans les installations électriques et provoque des étincelles qui peuvent embraser des matériaux inflammables. Les panneaux électriques, les prises et les appareils au sol sont particulièrement vulnérables. Un circuit défaillant dans une cave inondée peut déclencher un incendie dans les étages supérieurs.

Fuites de gaz et explosions

Les conduites de gaz endommagées par le sol en mouvement ou la pression de l’eau libèrent du gaz qui peut exploser au moindre contact avec une flamme ou un court-circuit. Le gaz naturel et le propane, couramment utilisés pour le chauffage au Québec, représentent ce risque dans un grand nombre de résidences inondées.

Accès limité aux secours

Les routes inondées ou coupées empêchent les pompiers d’intervenir rapidement. Les délais d’intervention allongés transforment des incendies limités en sinistres majeurs. Dans certains cas — comme à Sainte-Gertrude en 2025 — les risques électriques présents dans l’eau rendent l’intervention directe impossible même quand les secours arrivent à proximité.

Substances toxiques en suspension

Les eaux de crue transportent fréquemment des hydrocarbures, des solvants et d’autres produits chimiques issus des caves, des garages et des stations-service avoisinantes. Ces substances peuvent prendre feu au contact d’une source de chaleur ou d’une étincelle, ajoutant un risque chimique aux risques thermiques et électriques déjà présents.

Avant la catastrophe : sécuriser son domicile

1. Adapter le domicile aux risques combinés

Installations électriques et gaz

  • Élever le panneau électrique, les prises de courant et le chauffe-eau hors de portée du niveau d’inondation prévisible pour la zone
  • Installer des clapets anti-retour pour éviter l’infiltration d’eau dans les conduites de gaz et d’égouts
  • Connaître l’emplacement exact des robinets de coupure de gaz et du disjoncteur principal — les localiser à l’avance, pas au moment de la crise
  • Élaguer les arbres proches de la maison pour limiter les risques de chute sur des câbles électriques

Protection des biens et équipements

  • Stocker les documents importants et les objets de valeur dans une boîte ignifuge et étanche
  • Positionner des extincteurs accessibles à chaque étage et s’assurer que tous les membres du foyer savent s’en servir
  • Vérifier les détecteurs de fumée et de monoxyde de carbone — ils peuvent alerter même lorsqu’on est focalisé sur la montée des eaux

2. Connaître son environnement

  • Consulter les cartes des zones inondables disponibles auprès de sa municipalité ou du gouvernement du Québec
  • Identifier les zones de risque spécifiques du secteur : bassins, ruisseaux, zones basses susceptibles d’accumuler les eaux
  • Prendre note des décisions de reconstruction après une inondation passée — les zones à risque répété présentent un risque structurel documenté

3. Trousse d’urgence adaptée au double risque

Eau et alimentation

  • Eau potable — minimum 4 litres par personne par jour, pour 3 jours
  • Nourriture non périssable pour au moins 3 jours

Communication et éclairage

  • Radio à piles ou à manivelle pour suivre les bulletins d’urgence
  • Lampe de poche avec piles de rechange
  • Chargeur portable (batterie externe) pour les appareils mobiles
  • Sifflet pour signaler sa présence aux secours

Santé et sécurité

  • Trousse de premiers soins complète
  • Masques pour filtrer l’air en cas de fumée
  • Vêtements de rechange imperméables

Outils spécifiques

  • Clés ou outil pour couper le gaz et l’électricité — rangés dans un endroit accessible et connu de tous
  • Extincteur portatif (classe ABC) accessible depuis les zones de vie
  • Sac étanche pour protéger le téléphone en cas d’évacuation dans l’eau
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Pendant la catastrophe : réflexes essentiels

En cas d’incendie pendant une inondation

Actions prioritaires

  1. Couper l’électricité au disjoncteur principal si accessible et non immergé
  2. Fermer l’arrivée de gaz pour éviter toute explosion
  3. Évacuer immédiatement en suivant le plan préétabli
  4. Utiliser un extincteur uniquement si l’incendie est limité, accessible et que l’évacuation reste possible

Ce qu’il faut éviter

  • Ne pas marcher dans l’eau si un incendie fait rage à proximité — risque d’électrocution par conducteurs immergés
  • Ne pas rester dans un bâtiment présentant des signes de court-circuit ou d’odeur de gaz
  • Ne pas utiliser les ascenseurs en cas de panne de courant ou d’inondation des sous-sols

En cas d’inondation aggravée par un incendie

Actions prioritaires

  1. Se réfugier en hauteur — étages supérieurs ou toit si l’évacuation est bloquée
  2. Signaler sa présence aux secours par sifflet, tissu de couleur visible ou appel au 911
  3. Respirer à travers un tissu humide pour filtrer la fumée
  4. Garder le téléphone dans un sac étanche pour maintenir la communication

Ce qu’il faut éviter

  • Ne pas sauter dans l’eau sans avoir vérifié ce qui s’y trouve — débris, fils électriques, substances chimiques
  • Ne pas tenter de récupérer des objets si cela retarde l’évacuation
  • Ne pas se fier aux routes habituelles si elles ont pu être coupées depuis la dernière information reçue

Dans les deux scénarios, la règle fondamentale reste la même : évaluer d’abord la menace dominante (est-ce le feu ou l’eau qui représente le danger immédiat le plus grand ?) et agir en conséquence. En cas de doute, évacuer prime sur toute autre action.

Après la catastrophe : les pièges à éviter

Une fois les eaux retirées et le feu éteint, les risques ne disparaissent pas immédiatement. Les heures et les jours qui suivent présentent des dangers spécifiques souvent sous-estimés.

Risques persistants

  • Ne pas rentrer dans le domicile sans autorisation explicite des autorités — les structures peuvent être fragilisées ou instables
  • Ne pas toucher l’eau stagnante : elle peut rester électrifiée par des conducteurs immergés
  • Ne pas consommer l’eau du robinet sans confirmation officielle de sa potabilité
  • Ventiler toutes les pièces avant d’y séjourner — les gaz de combustion et le monoxyde de carbone peuvent persister

Remise en service des installations

  • Faire inspecter l’installation électrique par un électricien certifié avant toute remise sous tension
  • Faire inspecter l’installation de gaz par un technicien qualifié avant tout rallumage
  • Photographier tous les dégâts avant de commencer le nettoyage — utile pour les démarches d’assurance
  • Jeter tout aliment ayant été en contact avec l’eau de crue ou exposé à la chaleur ou à la fumée

Tester sa préparation en famille

Un plan d’urgence qui n’a jamais été pratiqué est un plan dont l’efficacité réelle est inconnue. Des exercices simples réalisés en famille permettent de repérer les lacunes avant qu’elles ne deviennent critiques.

Exercices recommandés

  1. Simuler une panne de courant combinée à un départ de feu — couper l’électricité et tester les réactions de chacun
  2. Réaliser un exercice d’évacuation complet avec toute la famille, en variant les scénarios (sortie de nuit, sortie avec enfants, sortie avec personnes à mobilité réduite)
  3. Vérifier le contenu de la trousse d’urgence chaque mois — dates de péremption des aliments et de l’eau, état des piles
  4. Former tous les membres du foyer à l’utilisation d’un extincteur

Questions à se poser

  • Tous les membres du foyer savent-ils où se trouve le disjoncteur principal et le robinet de coupure de gaz ?
  • Le plan d’évacuation prévoit-il deux sorties distinctes en cas de blocage de l’une d’elles ?
  • Un point de rassemblement extérieur est-il défini pour retrouver les membres de la famille séparés ?
  • La trousse d’urgence est-elle accessible rapidement ou enfouie derrière d’autres objets ?

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Évacuation

Évacuer ou rester à l’abri

Le cadre décisionnel pour choisir entre évacuation et mise à l’abri — applicable directement au scénario inondation-incendie.

Premiers soins

Trousse de premiers soins en milieu sauvage

Le contenu complet d’une trousse adaptée aux situations hors des services médicaux standards — utile lors d’une évacuation prolongée.

Eau

Récupération et stockage de l’eau

Les méthodes de collecte et de purification d’eau — indispensables quand l’eau courante est contaminée après une inondation.

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Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Mathieu Montaroux est un expert reconnu en préparation aux situations d’urgence, en sécurité civile et en planification d’évacuation au Québec. Fort de ses expériences dans les forces armées, comme paramedic et en tant qu’analyste et gestion de risques, il accompagne depuis plusieurs années les organisations, les familles et les citoyens dans l’amélioration de leur capacité de préparation et de résilience face aux crises. Il est le fondateur de Québec Preppers, une plateforme dédiée à la préparation citoyenne responsable, à l’autonomie fonctionnelle et à la réduction des impacts humains lors de situations d’urgence plausibles. Son approche repose sur la pédagogie, la mise en pratique progressive et l’adaptation au contexte réel, en conformité avec les cadres légaux et les bonnes pratiques en sécurité civile.
5 commentaires
  • Excellent article qui met en lumière un scénario rarement abordé dans les guides de préparation citoyenne! J’ai vécu les inondations de 2021 en Belgique et je confirme que personne ne pense aux risques combinés avant d’y être confronté.

    Une question pratique : pour le stockage d’urgence des documents dans une boîte ignifuge ET étanche, avez-vous des recommandations de modèles spécifiques? La plupart des coffres ignifuges ne sont pas conçus pour une immersion prolongée, et vice-versa.

    Concernant les clapets anti-retour sur les conduites de gaz mentionnés, est-ce une installation qui nécessite un professionnel certifié ou existe-t-il des systèmes accessibles aux particuliers? Dans le cadre d’un plan familial de sécurité du domicile complet, j’aimerais prioriser les interventions préventives les plus efficaces face aux catastrophes naturelles.

    Merci pour ces conseils concrets qui vont au-delà des mesures d’urgence habituelles!

  • Excellent point soulevé! En tant qu’ingénieur en protection incendie ayant travaillé sur plusieurs dossiers post-sinistres au Québec, je peux confirmer que les scénarios combinés sont largement sous-estimés dans nos plans d’évacuation standards.

    Ce qui m’interpelle particulièrement dans cet article, c’est l’accent mis sur les **risques électriques différés**. Beaucoup de gens pensent que couper le disjoncteur suffit, mais l’humidité résiduelle dans les murs peut causer des courts-circuits plusieurs jours après la décrue. Les normes CSA recommandent d’ailleurs une inspection par un maître électricien avant toute remise sous tension.

    Pour la **trousse de premiers secours**, j’ajouterais un détail crucial rarement mentionné: inclure des gants isolants en caoutchouc (classe 00 minimum). En situation d’urgence avec eau et électricité, ces gants peuvent littéralement sauver des vies lors de manipulations d’urgence.

    La préparation citoyenne doit vraiment évoluer vers ces scénarios multi-risques. Un seul plan familial ne suffit plus – il faut des arbres décisionnels adaptatifs.

  • Merci pour ce retour de terrain précieux. En tant qu’ingénieure en sécurité civile, je confirme que ce double risque est systématiquement sous-estimé dans les plans d’évacuation standards.

    Ce qui m’interpelle particulièrement dans l’article, c’est l’importance d’élever les installations électriques. Aux normes actuelles, on recommande 60 cm au-dessus du niveau d’inondation centenaire, mais avec le changement climatique, cette marge devient insuffisante.

    Un point rarement abordé : la contamination de l’eau potable stockée en situation d’urgence. Lors d’inondations, même vos réserves d’urgence peuvent être compromises par infiltration. D’où l’importance d’une trousse de premiers secours complète ET d’un système de purification d’eau indépendant.

    Le cas de Sainte-Gertrude illustre parfaitement pourquoi chaque famille devrait avoir un plan familial incluant deux scénarios d’évacuation distincts – l’un pour l’eau, l’autre pour le feu. La préparation citoyenne efficace, c’est précisément anticiper l’improbable.

  • Merci pour ce retour terrain précieux. En tant qu’ingénieur en sécurité civile, je constate que les protocoles d’intervention actuels traitent encore trop souvent ces risques en silos séparés.

    Ce qui manque cruellement dans la préparation citoyenne, c’est la notion de **risques cascades**. Les normes NFPA et les directives européennes post-2021 insistent désormais sur l’évaluation des interactions entre aléas. Pour votre plan familial, je recommande particulièrement :

    – Une **coupure de courant préventive** dès l’alerte inondation (évite 60% des incendies électriques selon nos études)
    – Un stockage d’urgence incluant détecteurs portables de gaz ET fumée
    – Des points de rassemblement gradués selon la nature du danger (l’abri d’urgence anti-inondation peut devenir un piège en cas d’incendie)

    Le vrai défi reste la communication d’urgence : quand les infrastructures lâchent, même le meilleur plan d’évacuation devient caduc sans réseau de voisinage préétabli.

  • Excellent point soulevé! En tant qu’ingénieure en sécurité civile, je constate que la plupart des plans d’évacuation et des mesures d’urgence traitent les risques de façon cloisonnée. Pourtant, les catastrophes naturelles combinées nécessitent une approche systémique.

    Au Québec, nos normes de construction ont été révisées après les inondations de 2017-2019, mais elles n’intègrent pas suffisamment les scénarios composés. Par exemple, l’élévation du panneau électrique est recommandée, mais peu de municipalités imposent des disjoncteurs différentiels adaptés aux conditions d’inondation.

    Un élément crucial souvent négligé dans la préparation citoyenne: prévoir deux trousses de premiers secours distinctes — une étanche pour l’évacuation et une ignifuge à l’étage. Le plan familial devrait également inclure des points de ralliement alternatifs selon le type de sinistre. Lors d’une panne électrique combinée à une inondation, votre communication d’urgence peut être totalement compromise si vous n’avez pas anticipé la redondance des systèmes.

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