Le scénario Get Home Bag (GHB) est l’un des exercices de planification les plus utiles en préparation citoyenne. Il force à anticiper une situation concrète : vous êtes loin du domicile, la situation se dégrade rapidement, les routes normales sont bloquées et les systèmes de communication sont perturbés. Ce scénario détaillé couvre un retour de 60 km — bureau en ville vers domicile rural — avec les décisions tactiques, les imprévus et les ajustements qui se succèdent en conditions réelles dégradées.
Le contexte du scénario

Vous êtes à 60 km de votre domicile, au deuxième étage d’un immeuble de bureaux dans une ville de taille moyenne. Entre votre lieu de travail et votre domicile se trouve un obstacle majeur : une rivière. Votre domicile est situé sur un terrain de 8 hectares en zone rurale, à environ 30 km à l’extérieur de la zone urbaine la plus proche. Une grande ville se trouve à environ une heure, sans affecter directement vos routes habituelles — mais elle représente un facteur de risque si la situation globale empire.
La situation déclenchante peut être une IEM, des troubles civils majeurs, une catastrophe naturelle ou un effondrement généralisé des services. Le courant est coupé dans toute la ville. Les gens commencent à paniquer. L’objectif est de rentrer au domicile le plus rapidement et le plus sûrement possible.
Les quatre niveaux de kit
Ce scénario repose sur une organisation du matériel en quatre niveaux distincts, chacun accessible selon la situation et le mode de déplacement.
Portefeuille, téléphone, couteau de poche, lampe de poche, pistolet de défense avec chargeurs supplémentaires, trousse de premiers soins minimale. Disponible en toutes circonstances, indépendamment du reste.
Sac stocké sous le bureau ou dans le véhicule. Contient les ressources pour un retour à pied de 24 à 72 heures : eau, nourriture, navigation (GPS Garmin Etrex, cartes topo), signalisation (radio GMRS, lampe stroboscopique IR, lampe rouge), équipement de bivouac léger.
Kit intermédiaire
Matériel complémentaire accessible depuis le véhicule — non utilisé dans ce scénario mais prévu dans la planification complète.
Conteneur d’action dans le pick-up : trousse à outils de réparation (pneus, tuyaux, courroies), compresseur d’air, sangles, coupe-boulons petit et grand, barre utilitaire Stanley FatMax, scie pliante, barres de protéines, sachets de thon. Roue de secours et bidon de carburant de 19 litres (5 gallons) dans la boîte du pick-up.
Départ du bureau : phase initiale

Dès que la situation se détériore, vous récupérez votre GHB (Niveau 2) stocké sous votre bureau. Vous vérifiez que votre EDC (Niveau 1) est complet sur vous, puis vous vous dirigez vers votre GMC Sierra au rez-de-chaussée du stationnement attenant à l’immeuble.
Arrivé au véhicule, vous placez le GHB derrière le siège conducteur, au sol. Vous ouvrez l’espace de chargement arrière et transférez eau et nourriture à l’avant du véhicule — la route sera longue à cause de la congestion et des détours. Vous effectuez également une vérification visuelle rapide de votre kit de Niveau 4.
Bonne pratique : l’étude de zone préalable
Le premier avantage de Julien — et le principal enseignement de cette phase — est d’avoir étudié les itinéraires entre son lieu de travail et son domicile dès sa prise de poste. Cette étude de zone (routes principales, routes secondaires, obstacles naturels, points de passage obligés) est la base d’un plan PACE efficace. Sans cette préparation préalable, les premières décisions de navigation sous stress auraient été beaucoup plus coûteuses en temps et en sécurité.
Vous avez votre GPS TomTom avec carte détaillée de la ville et une boussole de secours. Les deux sont nécessaires : le GPS pour la navigation précise, la boussole pour maintenir l’orientation lors des détours imprévus où le GPS n’offre pas assez de recul.
Quitter la ville
En quittant le stationnement, la congestion est déjà présente — tous les autres conducteurs essaient de sortir de la ville simultanément. Vous adaptez votre sortie en utilisant l’entrée du parking comme sortie de secours ; la barrière anti-intrusion est déjà brisée, d’autres ont eu la même idée.
Vous empruntez les rues les moins fréquentées pour rejoindre le nord de la ville. En cherchant un raccourci, vous vous engagez dans une allée entre deux immeubles. Elle fait un virage à gauche et débouche sur une clôture de planches de bois d’environ 2,1 m (7 pieds), juste à côté d’une rue latérale vide.
Vous coupez le moteur et observez quelques minutes avant de sortir. Avec la barre FatMax et la scie pliante, vous retirez les planches de 2,5 cm × 15 cm (1 × 6 po) et coupez les traverses de 5 cm × 10 cm (2 × 4 po) et le poteau de 10 cm × 10 cm (4 × 4 po) qui les supportent. Vous choisissez de les couper plutôt que de les percuter avec le véhicule — le bruit attirerait l’attention et le choc risquerait d’endommager le radiateur. En 5 à 10 minutes, l’ouverture est suffisante pour le passage du pick-up.
Navigation hors route et incidents

Une fois à la périphérie de la ville, vous identifiez un vieux chemin forestier envahi par la végétation pour effectuer un arrêt de sécurité. Moteur coupé, vous observez et écoutez, puis sortez pour un tour rapide du périmètre immédiat. Sur votre carte, vous repérez une servitude de ligne électrique qui rejoint les voies ferrées et le pont ferroviaire qui traverse la rivière — obstacle majeur sur votre itinéraire principal.
Crevaison en forêt
En approchant lentement de la servitude pour limiter le bruit, vous entendez un bruit caractéristique : crevaison. Un bout de bois pénètre dans le flanc du pneu. Arrêt moteur, observation, puis intervention : deux bouchons de réparation et le compresseur d’air. Le pneu est suffisamment étanche pour continuer. Vous notez mentalement que le bidon de carburant de 19 litres en réserve donne une marge supplémentaire pour absorber les détours.
Câble de blocage sur la servitude
En approchant d’une route pavée qui coupe la servitude, vous identifiez à pied un câble tendu entre deux poteaux de bois, de chaque côté de la route. Il bloque le chemin de terre sans possibilité de contournement latéral. Retour au véhicule : vous sortez les grands coupe-boulons et coupez les câbles des deux côtés de la route avant de reprendre la progression.
Tirs sur le pont ferroviaire
Vous approchez du pont ferroviaire avec les jumelles pour observer les deux rives avant engagement. L’autre côté semble dégagé. Vous engagez le pick-up en chevauchant la voie gauche pour traverser.
Une fois de l’autre côté, votre rétroviseur signale un mouvement dans les arbres derrière vous. Plusieurs coups de feu brisent la lunette arrière. Vous quittez immédiatement les rails sur le côté du talus et prenez le premier chemin de terre disponible à gauche pour mettre de la distance entre vous et les assaillants, tout en maintenant votre position sur le GPS et la carte.
Point de décision critique
Le pont ferroviaire est un point de passage obligé (rivière à franchir) mais aussi un point de vulnérabilité maximale : espace confiné, pas d’alternative latérale, observation des flancs difficile. Dans la planification préalable, identifier les alternatives de franchissement (autres ponts, gués, canots) est aussi important que l’itinéraire principal. Un point de passage obligé sans alternative est une vulnérabilité structurelle dans le plan.
Continuer à pied
Vous trouvez un site défensif couvert par une végétation dense pour une pause d’analyse. Sur le Garmin Etrex sorti du GHB et les cartes topo, vous calculez environ 30 km restants jusqu’au domicile. Sur terrain plat avec un chargement de 23 kg (50 lb), la vitesse de marche estimée est de 4 km/h — soit 7,5 heures en ligne droite idéale. Mais le terrain n’est pas plat, l’itinéraire n’est pas direct, et les menaces connues imposent des arrêts de sécurité, des changements de direction et un rythme tactique réduit. L’estimation réaliste : arrivée le lendemain soir.
Réservoir de carburant percé
Le véhicule développe un problème : une balle a percé le réservoir de carburant. Le niveau chute rapidement. Vous vérifiez votre kit de Niveau 4 à la recherche d’un kit de réparation de réservoir — absent. La tentative d’obturation improvisée (branche et chiffons) s’avère insuffisante. Décision : abandonner le véhicule.
Hiérarchisation du matériel au moment du passage à pied
- Priorité 1 — Eau et nourriture : transfert depuis le Niveau 4 vers le GHB (Niveau 2)
- Priorité 2 — Médical : trousse de premiers soins complète
- Priorité 3 — Technique : outils légers, kit de navigation, chargeurs supplémentaires pour le pistolet
- Tout ce qui ne peut pas être porté est laissé sur place. La famille est la priorité absolue — le matériel restant au domicile complète ce qui est perdu.
Des bruits de mouvement sur la route arrière accélèrent l’évacuation du véhicule. Vous quittez rapidement mais silencieusement, en maintenant la progression vers le nord.
Phase nocturne tactique
Il est 4h du matin. Vous avez réapprovisionné votre eau la nuit précédente depuis une petite crique à environ 300 m de votre campement. Vous utilisez les voies ferrées comme main courante de navigation — en restant à environ 100 m des rails sur terrain facile, tout en gardant le visuel sur eux pour maintenir l’orientation. La progression nocturne se fait à un rythme tactique de 1 km/h dans les bois sous couvert d’obscurité. En 6 heures, vous gagnez 4 km — c’est lent, mais sûr face aux menaces confirmées dans la zone.
Approche finale et retour au domicile

À quelques kilomètres du domicile, vous établissez un site sécuritaire pour tenter les communications. Le réseau cellulaire reste inopérant. Vous diffusez sur la radio GMRS à intervalles réguliers pendant une heure. Votre conjointe répond — elle sait qu’elle doit surveiller la radio toutes les 15 minutes passé l’heure de rentrée prévue. Vous lui communiquez votre distance, votre direction d’approche et le protocole de liaison de nuit.
En approchant de la clairière derrière le domicile, vous observez la zone complète avant de signaler. Premier signal prévu : lampe stroboscopique IR — elle dispose des NVG à la maison. Aucune réponse. Passage au signal alternatif : trois flashs rouges. Elle confirme ce qu’elle voit à la radio. Vous confirmez et approchez de la porte.
L’enseignement final du scénario
Le signal IR n’a pas fonctionné parce que la conjointe ne savait pas activer les NVG. L’équipement spécialisé ne protège que si toutes les personnes concernées dans le plan savent l’utiliser. Un protocole de communication à double signal (IR principal + signal lumineux alternatif) a sauvé la situation — mais l’erreur de planification était évitable.
Leçons de planification
Ce scénario illustre plusieurs principes de planification qui s’appliquent indépendamment du contexte géographique ou du niveau de préparation.
- Étude de zone préalable — itinéraires de rechange identifiés avant la crise
- Organisation en niveaux — permet la hiérarchisation rapide lors du passage à pied
- Double système de navigation (GPS + carte topo + boussole)
- Kit de réparation pneus dans le véhicule — crevaison résolue en quelques minutes
- Double signal de communication (IR + visuel) — le backup a fonctionné
- Protocole de communication avec la conjointe (check toutes les 15 min)
- Réapprovisionnement en eau depuis source naturelle + traitement
- Kit de réparation réservoir de carburant — absent du Niveau 4
- Formation de la conjointe aux NVG — signal primaire inopérant
- Pas d’alternative de franchissement à la rivière (pont ferroviaire = point de vulnérabilité unique)
- Vitesse de transit surestimée en conditions dégradées
Le principe central d’un plan PACE s’applique ici à tous les niveaux : pour chaque décision critique (itinéraire, communication, franchissement d’obstacle), avoir au minimum un plan principal et un plan alternatif. Tout ce qui repose sur un seul point de passage, un seul équipement ou un seul protocole est une fragilité potentielle.
Foire aux questions
Quelle est la distance réaliste à couvrir à pied avec un GHB complet en une journée ?
Sur route plate avec un chargement de 15 à 20 kg et sans contrainte de sécurité, une vitesse de 4 à 5 km/h est raisonnable pour un adulte en bonne condition physique. Sur 10 à 12 heures de marche effective, cela représente 40 à 50 km. En conditions dégradées — terrain varié, arrêts de sécurité fréquents, progression nocturne tactique, menaces confirmées — la vitesse réelle peut descendre à 1 à 2 km/h en mode furtif, soit 10 à 20 km par période d’obscurité. La planification réaliste intègre ces deux régimes : progression rapide de jour sur terrain favorable, et progression lente et discrète dans les zones à risque.
Comment identifier les itinéraires alternatifs dans son étude de zone ?
L’étude de zone se fait sur carte topo (papier et numérique) et par reconnaissance physique au calme. Elle identifie : les points de passage obligés (ponts, tunnels, carrefours principaux), les obstacles naturels (rivières, zones marécageuses, reliefs), les chemins secondaires (forestiers, agricoles, servitudes de lignes électriques), et les ressources potentielles (cours d’eau, bâtiments abandonnés). Pour chaque obstacle majeur, identifier au minimum deux alternatives de franchissement. La reconnaissance physique — conduire ou marcher les itinéraires — révèle des informations qu’aucune carte ne montre : état des chemins, obstacles récents, végétation.
Comment organiser le protocole de communication avec sa famille pour un scénario de retour prolongé ?
Le protocole de base couvre quatre éléments : un premier contact dès le départ (SMS ou radio), une heure de rentrée estimée communiquée au départ, un protocole d’attente active (vérification du téléphone ou de la radio toutes les 15 minutes passé l’heure estimée), et un système de signalisation de liaison pour l’approche finale. La radio GMRS est l’outil de communication inter-membres le plus fiable en l’absence de réseau cellulaire — avec des fréquences prédéfinies et testées régulièrement. Toutes les personnes concernées par le plan doivent connaître et avoir pratiqué le protocole.
Un pick-up 4×4 est-il nécessaire pour un plan de retour au domicile efficace ?
Non — le véhicule est un avantage de début de scénario, pas une condition. Dans ce scénario, le pick-up a permis de couvrir les premiers kilomètres rapidement, mais a été abandonné à mi-chemin. Un véhicule 4×4 ouvre davantage d’itinéraires hors route, mais la capacité hors route la plus importante reste la planification préalable et la connaissance du territoire. Un véhicule ordinaire bien entretenu avec un kit de Niveau 4 complet couvre la majorité des scénarios de retour de courte et moyenne distance. Le vélo non électrique est une alternative pertinente pour les itinéraires urbains et périurbains.
Comment dimensionner son GHB pour la distance domicile-travail ?
Le GHB doit couvrir la durée estimée de retour augmentée de 50 % pour les imprévus. Pour un retour de 60 km en conditions normales (2 à 3 heures en véhicule), la durée avec dégradation sérieuse peut atteindre 2 à 3 jours à pied. Le GHB doit donc couvrir minimum 72 heures d’autonomie en eau, nourriture et protection. Le poids total avec chargement doit rester sous 20 % du poids corporel pour maintenir une vitesse de déplacement efficace — soit environ 15 à 20 kg pour un adulte moyen. Prioriser eau et navigation, puis nourriture et protection, puis outils et signalisation.
Get Home Bag : guide complet
Contenu, organisation et dimensionnement du sac de retour au domicile — le Niveau 2 de ce scénario, détaillé article par article.
Plan PACE : planification par priorités
La méthode de planification militaire adaptée à la préparation citoyenne — itinéraires, communications et protocoles à quatre niveaux.
Kit EDC urbain : équipement quotidien
Le Niveau 1 de ce scénario — l’équipement minimal transporté en permanence lors des déplacements quotidiens.






