Le changement climatique est souvent présenté comme un phénomène à venir. Les données d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) dressent un tableau différent : les effets sont mesurables dès maintenant, ils s’intensifient, et plusieurs touchent directement les risques que la préparation citoyenne vise à couvrir — inondations, feux de forêt, pannes d’infrastructures liées aux conditions météorologiques extrêmes. Cet article présente les données récentes disponibles et les mesures concrètes pour adapter sa préparation à cette réalité.
Le Canada en première ligne
Le Canada se réchauffe à environ le double du rythme mondial. Cette donnée, confirmée par les rapports successifs d’ECCC, n’est pas une projection : c’est une tendance mesurée depuis 1948 sur 651 stations météorologiques à travers le pays.
Chiffres clés — ECCC, Bulletin annuel 2024
- Température moyenne nationale 2024 : +3,0 °C au-dessus de la moyenne de référence 1961-1990
- Hiver 2023-2024 : +5,2 °C — l’hiver le plus chaud jamais enregistré depuis le début des relevés nationaux en 1948
- Hiver 2024-2025 : +3,7 °C — 5e hiver le plus chaud depuis 1948
- Tendance sur 77 ans (1948-2024) : les températures annuelles moyennes ont augmenté de +2,1 °C à l’échelle nationale
- Trois régions ont connu leur année la plus chaude en 2024 : les Grands Lacs et le Saint-Laurent, la forêt du Nord-Est, et le Canada atlantique
À l’échelle mondiale, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée selon l’observatoire européen Copernicus, franchissant le seuil de 1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel (1850-1900). L’année 2025 s’annonce comme la 12e année consécutive où les températures dépasseront d’au moins 1,0 °C les niveaux préindustriels.
Pour la préparation citoyenne, cette trajectoire signifie que les événements pour lesquels on se prépare — pannes d’électricité liées aux intempéries, inondations, feux de forêt, vagues de chaleur extrêmes — vont s’intensifier en fréquence et en amplitude. La préparation aux catastrophes naturelles n’est pas une mesure excessive : c’est une réponse proportionnée à une tendance documentée.
Pour explorer les projections climatiques spécifiques à votre région : Atlas climatique du Canada.
Températures : les données actuelles
La tendance au réchauffement au Canada est désormais visible dans toutes les régions climatiques et toutes les saisons. L’ensemble des onze régions climatiques canadiennes ont affiché des tendances positives en matière de températures annuelles au cours des 77 dernières années, avec une tendance la plus forte dans le district du Mackenzie (+2,9 °C) et la plus faible dans le Canada arctique (+1,3 °C).
Réchauffement le plus marqué
La tendance linéaire indique que la moyenne des températures hivernales a augmenté de 3,6 °C au cours des 77 dernières années. Les hivers plus choux et plus humides augmentent le risque de pluie verglaçante et de cycles gel-dégel qui fragilisent les infrastructures.
Sécheresse et stress thermique
Les températures estivales moyennes ont augmenté de 1,7 °C au cours des 77 dernières années. À l’exception de 2004, les températures estivales moyennes sont restées supérieures à la moyenne de référence depuis 1993. Les étés plus chauds et secs augmentent le risque d’incendie et de stress hydrique.
Pour le citoyen préparé, cela signifie adapter son équipement aux deux extrêmes : chauffage d’appoint pour les pannes d’électricité hivernales mais aussi préparation aux canicules prolongées, dont les impacts sur la santé peuvent être aussi sévères que ceux du froid.
Mers montantes et inondations côtières
La hausse du niveau de la mer est l’effet climatique dont la progression est la plus certaine — et la moins réversible à court terme. Elle résulte de deux phénomènes combinés : la dilatation thermique des océans (l’eau se dilate en se réchauffant) et la fonte des glaciers et des calottes polaires.
Projections actualisées — GIEC 6e rapport / Copernicus
- D’ici 2050 : le niveau de la mer devrait s’élever de 10 à 25 cm supplémentaires, que les émissions de gaz à effet de serre soient réduites ou non. (L’article original mentionnait 15 cm — les projections récentes indiquent une fourchette plus large.)
- D’ici 2100 : le Canada atlantique s’attend à une augmentation du niveau de la mer de l’ordre d’un mètre d’ici 2100.
- Régions les plus exposées au Canada : selon les projections d’élévation du niveau des océans fondées sur des scénarios d’émissions élevées, la côte Atlantique, la côte de la mer de Beaufort et les villes du Grand Vancouver seront les régions canadiennes les plus exposées, avec une élévation pouvant atteindre jusqu’à 175 cm d’ici 2100.
- Vancouver : la Colombie-Britannique recommande à ses villes côtières de se préparer à une hausse de 1 mètre des eaux d’ici la fin du siècle.
Pour les zones intérieures comme la plupart du Québec, la menace directe est moins la hausse du niveau de la mer que l’intensification des crues printanières et des inondations liées aux précipitations extrêmes — un phénomène documenté dans les bassins versants du Saint-Laurent et de ses affluents.
Comment se préparer : Identifier son risque d’inondation local avec les cartes disponibles, puis élaborer un plan d’évacuation adapté. Consulter les ressources régionales d’inondation : Climate Central (carte interactive) et Gouvernement du Canada — catastrophes.
Modification de l’approvisionnement en eau
Les effets du changement climatique sur l’eau douce au Canada sont plus complexes qu’une simple sécheresse ou une augmentation des précipitations. La modification touche la distribution saisonnière, la qualité et la disponibilité.
Regard terrain
Au sud du Canada — dont le Québec — les précipitations printanières et automnales augmentent généralement en volume, mais elles deviennent aussi plus intenses et moins régulières. Les étés se font plus secs, avec des sols qui se dessèchent plus vite entre les pluies. Le résultat est paradoxal : plus d’eau tombe sur l’année, mais moins d’eau est disponible quand les cultures et les réserves en ont besoin. Cette saisonnalité plus marquée de l’eau est un défi aussi bien pour l’agriculture que pour la gestion des réservoirs et des nappes phréatiques.
Comment se préparer : La collecte des eaux de pluie est la réponse la plus directe et la plus accessible. Elle permet de constituer une réserve d’eau non potable pour l’arrosage et les usages ménagers lors des coupures ou des épisodes de sécheresse, et une réserve traitée pour la consommation en urgence.
Options de stockage courantes :
- Barils de 55 gallons (208 litres) — tambours bleus réutilisés : format le plus répandu, accessible, empilable
- Citernes de 1 000 à 5 000 gallons (3 785 à 18 925 litres) — pour les propriétés rurales ou péri-urbaines avec espace extérieur
- Jardin pluvial et végétation indigène — ralentit le ruissellement et favorise la recharge des nappes phréatiques dans le sol immédiat
Pour les régions rurales, la plantation de végétation indigène à la place des pelouses ordinaires réduit la consommation d’eau et améliore la rétention hydrique du sol — une mesure à la fois écologique et pratique pour l’autonomie en eau.
Météo extrême et feux de forêt
C’est dans cette catégorie que les données récentes sont les plus frappantes — et les plus directement pertinentes pour la préparation citoyenne au Canada.
Feux de forêt : une escalade documentée
Données récentes — Ressources naturelles Canada / CIFFC / SOPFEU
- 2023 : la saison des feux la plus destructrice de l’histoire du Canada, avec 16,5 millions d’hectares brûlés, soit plus du double du record précédent et près de sept fois la moyenne historique.
- 2024 : les feux de forêt ont continué à dévaster le pays, devenant la sixième saison la plus destructrice jamais enregistrée, avec plus de 5,3 millions d’hectares brûlés.
- 2025 : selon le Système canadien d’information sur les feux de végétation, 6 127 feux ont été enregistrés à l’échelle nationale en 2025, ayant brûlé un total de 8,9 millions d’hectares.
- Les années 2023 et 2024 représentent 33,7 % de tous les hectares brûlés depuis 2005 et font grimper la moyenne annuelle à 2,9 millions d’hectares brûlés — une augmentation de 35,8 % par rapport à la moyenne des années 2005-2022.
- Évacuations : entre 2015 et 2024, 55 366 personnes étaient évacuées en moyenne chaque année en raison des feux de forêt, contre 11 896 entre 2005 et 2014.
- Québec 2024 : au cours de la saison 2024, la SOPFEU a combattu 352 incendies de forêt, pour 13 884 hectares de forêts brûlés — 100 feux de moins que la moyenne des dix dernières années.
Les feux de 2023 ont par ailleurs introduit un phénomène nouveau dans le langage des gestionnaires d’urgence canadiens : les « feux zombies » — des incendies qui couvent sous terre pendant l’hiver et se rallument au printemps suivant. Au début de 2024, près de 150 feux de la saison 2023 brûlaient encore sous le sol enneigé.
Autres événements météorologiques extrêmes
Les tempêtes hivernales, les épisodes de pluie verglaçante, les tornades et les inondations soudaines (flash floods) suivent la même tendance d’intensification. Ces événements affectent directement les réseaux électriques, les routes et les systèmes d’eau — les mêmes infrastructures dont dépend la vie quotidienne et dont la défaillance justifie la constitution d’une autonomie de base.
Comment se préparer :
- Identifier le type de risque météorologique dominant dans sa région via les ressources d’Environnement Canada et les plans de sécurité civile municipaux : canada.ca — changements climatiques
- Disposer d’un générateur à essence ou d’un système de panneaux solaires avec batterie de stockage pour les pannes liées aux intempéries
- Entretenir les gouttières et le drainage du terrain pour limiter les dégâts lors des averses intenses
- En zone à risque d’incendie, débarrasser le périmètre immédiat du domicile des débris végétaux et matériaux inflammables (programme FireSmart)
Changements climatiques et préparation citoyenne
Les changements climatiques ne créent pas de nouvelles catégories de risques pour les citoyens préparés. Ils augmentent la fréquence et l’intensité des événements pour lesquels la préparation est déjà pertinente : inondations, tempêtes, feux de forêt, pannes d’électricité prolongées.
Eau et alimentation
La saisonnalité de l’eau et les risques de contamination lors des inondations renforcent l’importance d’un stock d’eau potable et d’un système de filtration indépendant du réseau.
Énergie et chauffage
Les événements météorologiques extrêmes (verglas, tempêtes) causent les pannes d’électricité les plus longues. Un système d’énergie de secours est le complément naturel de la préparation hivernale québécoise.
Plan d’évacuation
L’augmentation des évacuations liées aux feux de forêt (×4,6 entre 2005-2014 et 2015-2024) souligne l’importance d’un plan familial incluant plusieurs routes de sortie et un point de rassemblement prédéfini.
L’essentiel
Se préparer aux changements climatiques, c’est se préparer à des versions plus intenses et plus fréquentes de risques que le Québec a toujours connus. Ce n’est pas un effort différent — c’est le même effort, dimensionné sur une durée et une intensité révisées à la hausse. La trousse 72h reste le plancher ; l’autonomie d’une à deux semaines devient le dimensionnement réaliste pour les régions les plus exposées aux événements extrêmes.
Sources
- Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2025). Bulletin des tendances et variations climatiques — Annuel 2024. canada.ca
- ECCC. (2025). Bulletin des tendances et variations climatiques — Hiver 2024-2025. canada.ca
- ECCC. (2025). Indicateurs environnementaux : changements de la température au Canada. canada.ca
- Copernicus Climate Change Service (C3S). (2025). State of the Global Climate 2024. Cité par Radio-Canada, 11 janvier 2025.
- Institut climatique du Canada. (2025). Fiche : Feux de forêt et changements climatiques. institutclimatique.ca
- Bibliothèque du Parlement. (2025). La gestion des feux de forêt au Canada : portrait statistique et champs de compétences. notesdelacolline.ca
- SOPFEU. (2025). Bilan statistique de saison 2024. sopfeu.qc.ca
- Système canadien d’information sur les feux de végétation (SCIFV). (2025). Rapport national sur la situation des feux de végétation 2025. cwfis.cfs.nrcan.gc.ca
- Copernicus Marine Environment Monitoring Service (CMEMS). (2024). Niveau des mers et océans : augmentation et projections. marine.copernicus.eu
- CLIMAtlantic / CCNSE. (2024). Élévation du niveau de la mer — Canada atlantique. climatlantic.ca
- CCNSE. (2024). Vue d’ensemble sur les collectivités exposées à l’élévation du niveau des océans au Canada. ccnse.ca
- Atlas climatique du Canada. atlasclimatique.ca
Foire aux questions
Le Québec est-il particulièrement affecté par les changements climatiques par rapport au reste du Canada ?
Oui, à plusieurs égards. La région des Grands Lacs et du Saint-Laurent a connu son année la plus chaude jamais enregistrée en 2024, avec un écart de +2,9 °C par rapport à la moyenne de référence. La forêt du Nord-Est (qui inclut une grande partie du Québec) a également connu son année la plus chaude. Les hiverts plus doux augmentent le risque de pluie verglaçante plutôt que de neige — un facteur de risque particulièrement important pour le réseau électrique québécois, comme l’a illustré la série de tempêtes verglaçantes récentes. Les feux de forêt ont également touché le Québec de façon sévère en 2023, avec l’Abitibi-Témiscamingue particulièrement affectée.
Montréal risque-t-elle d’être inondée par la montée du niveau de la mer ?
Montréal est suffisamment à l’intérieur des terres pour ne pas être directement affectée par la montée du niveau de la mer. Les marées du golfe du Saint-Laurent ne remontent pas jusqu’à la métropole. En revanche, Montréal est exposée aux inondations liées aux crues du Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais lors des printemps pluvieux ou des dégels rapides, ainsi qu’aux inondations urbaines causées par les pluies intenses qui dépassent la capacité des réseaux d’égouts. Ce sont ces risques que la préparation citoyenne montréalaise devrait prioritairement couvrir.
Comment les changements climatiques affectent-ils la qualité de l’eau potable ?
Les changements climatiques affectent la qualité de l’eau potable de plusieurs façons : les inondations augmentent le risque de contamination des puits et des prises d’eau par des agents pathogènes et des polluants ; les étiages estivaux concentrent les contaminants dans les cours d’eau ; le réchauffement favorise la prolifération d’algues bleu-vert (cyanobactéries) dans les lacs et réservoirs, qui peuvent rendre l’eau inutilisable temporairement. Ces risques soulignent l’importance d’un système de filtration d’eau indépendant du réseau municipal — filtre à eau de type Berkey, comprimés de purification, filtre Lifestraw — dans la trousse de préparation.
La fumée des feux de forêt représente-t-elle un risque de santé à anticiper dans la préparation ?
Oui — et de plus en plus. Les épisodes de fumée dense provenant des feux de forêt canadiens ont atteint plusieurs grandes villes de l’est du Canada et du nord-est des États-Unis en 2023, forçant des milliers de personnes à rester chez elles. La préparation à la fumée inclut : des masques de filtration P100 ou N95 (pour les particules, pas les gaz), la capacité à sceller temporairement les entrées d’air d’un logement, et un purificateur d’air avec filtre HEPA pour maintenir une qualité d’air intérieure acceptable lors des épisodes prolongés. Ces éléments rejoignent directement la préparation NBC/CBRN.
Comment évaluer les risques climatiques spécifiques à ma région au Québec ?
Trois ressources complémentaires permettent d’identifier les risques spécifiques à une région : l’Atlas climatique du Canada (atlasclimatique.ca) propose des projections régionales interactives pour les températures, les précipitations et les événements extrêmes ; le site de la SOPFEU (sopfeu.qc.ca) fournit les niveaux de risque d’incendie par région ; et le plan de sécurité civile de la municipalité — disponible sur le site de la ville — identifie les risques priorisés localement et les ressources d’urgence disponibles. La combinaison de ces trois sources permet de calibrer la préparation citoyenne sur les risques réels du territoire habité.
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