L’eau est le premier élément à planifier dans une réserve d’urgence. Mais les chiffres varient selon les sources, les unités changent (litres, gallons, onces), et les recommandations officielles sont souvent minimales. Cet article propose un calcul réaliste, adapté au quotidien d’un foyer québécois.
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Calcul réaliste par usages
Les recommandations officielles de 2 litres par personne par jour correspondent à la boisson seule dans des conditions optimales. Elles ne couvrent pas la cuisine, l’hygiène de base ou les besoins particuliers. Voici un tableau de référence plus complet.
| Usage | Minimum (L / gal) | Réaliste (L / gal) | Notes |
|---|---|---|---|
| Boisson (adulte actif) | 2 L / ½ gal | 2–3 L / ½–¾ gal | Plus si chaleur ou activité physique |
| Cuisine (repas chauds) | 0,5 L / ⅛ gal | 1–2 L / ¼–½ gal | Riz, pâtes et légumineuses sont gourmands en eau |
| Hygiène des mains | 0,5 L / ⅛ gal | 1 L / ¼ gal | Gel hydroalcoolique en complément réduit ce besoin |
| Hygiène corporelle (toilette sommaire) | 1 L / ¼ gal | 2–3 L / ½–¾ gal | Lingettes humides réduisent considérablement ce besoin |
| Chasse d’eau (une fois/jour) | 4 L / 1 gal | 4–6 L / 1–1½ gal | Les toilettes à seau ou compostage éliminent ce besoin |
| Total estimé / personne / jour | 4 L / 1 gal | 8–14 L / 2–3½ gal | Selon les habitudes et les mesures d’économie adoptées |
Pour un foyer de 4 personnes :
- Stock de 72 h (minimum de base) : environ 50 à 80 litres (13 à 21 gallons)
- Stock de 2 semaines (objectif recommandé) : environ 225 à 400 litres (60 à 105 gallons)
- Stock de 30 jours (autonomie étendue) : environ 480 à 850 litres (127 à 225 gallons)
Ces estimations intègrent les mesures d’économie décrites plus bas. Sans aucune mesure d’économie, les volumes seraient nettement supérieurs.



Combien de jours d’autonomie viser ?
Les orientations officielles mentionnent généralement 72 heures comme minimum de base — ce qui correspond aux premières heures d’une urgence, avant que les services d’urgence ne se mobilisent. Sur le terrain, l’expérience des crises passées montre que ce délai est souvent insuffisant.
Références historiques au Québec
- Crise du verglas de 1998 : plusieurs milliers de foyers sans eau potable. De l’eau en bouteille était disponible dans des points de distribution — mais accessibles uniquement en voiture, sur des routes verglacées, dans des conditions difficiles.
- Pannes d’aqueducs municipales : des avis d’ébullition touchant des secteurs entiers surviennent chaque année au Québec — durée variable, de 48 h à plusieurs semaines selon la cause.
Repères internationaux
- Après le tremblement de terre de 2011 au Japon — infrastructure reconnue pour sa qualité — les premières réparations des conduites principales ont débuté après deux semaines. Certaines zones ont attendu plus de 60 jours.
- Une analyse d’un fournisseur d’eau canadien a estimé qu’un séisme majeur au large de la côte Est pourrait perturber les services d’eau jusqu’à 60 jours dans certaines régions.
Réduire sa consommation en urgence
Mieux on économise l’eau, moins on a besoin d’en stocker. Ces méthodes de conservation s’apprennent et se testent avant une urgence — pas pendant.
Alimentation
- Privilégier les aliments prêts à consommer pour les urgences courtes (conserves, céréales, barres). Le riz et les légumineuses secs, excellents pour le long terme, consomment beaucoup d’eau et d’énergie à la cuisson.
- Vaisselle à économie d’eau : méthode des trois bassins — un peu d’eau savonneuse pour dégraisser, un rinçage minimal, un bain de désinfection (quelques gouttes d’eau de Javel par litre). Les assiettes et ustensiles jetables peuvent compléter pour les situations courtes.
Hygiène
- Gel hydroalcoolique (70 % minimum) : réduit significativement les besoins en eau pour le lavage des mains.
- Lingettes humides : permettent une hygiène corporelle satisfaisante sans utiliser de réserve d’eau.
- Récupération des eaux grises : l’eau utilisée pour se laver les mains ou rincer des légumes peut être récupérée dans un seau et réutilisée pour la chasse d’eau.
Sanitaires
- Chasse d’eau à l’eau grise : utiliser l’eau récupérée des lavabos pour la chasse d’eau réduit fortement la consommation.
- Toilettes d’urgence sans eau : les solutions à seau double ou les toilettes à compostage éliminent ce poste de consommation. Lire : Toilettes d’urgence — options pratiques.
Lavage du linge
- Pour une urgence courte, différer le lavage est la solution la plus simple.
- Pour une urgence longue, la méthode du seau avec planche à laver minimalise la consommation d’eau comparé au lavage en bassins. Lire : Laver ses vêtements sans machine.
L’exercice pratique pour calibrer son stock
Les tableaux donnent des estimations, mais la seule façon de connaître avec précision les besoins réels de son foyer est de les mesurer. L’exercice consiste à vivre pendant 2 à 3 jours en n’utilisant que l’eau préalablement stockée — eau du robinet coupée.
Comment organiser l’exercice
- Durée minimale : 3 jours. En dessous, les résultats ne sont pas représentatifs — les habitudes ne se révèlent qu’après les premières 24 h.
- Période idéale : un long week-end ou une période passée principalement à domicile. Si vous quittez la maison, emportez vos contenants et comptabilisez.
- Mesurer précisément : transférer l’eau dans des contenants gradués avant utilisation. Noter les volumes au fur et à mesure.
- Combiner avec un exercice hors réseau : couper également l’électricité permet de tester simultanément les besoins en éclairage, en cuisine et en chauffage — et donne une image plus réaliste d’une crise réelle.
À titre d’exemple, un foyer de quatre personnes qui effectue cet exercice pour la première fois constate généralement une consommation de 15 à 20 litres (4 à 5 gallons) par personne par jour. Après avoir adopté les mesures d’économie décrites plus haut, ce chiffre descend souvent à 5 à 8 litres (1,3 à 2 gallons) — ce qui change radicalement le volume à stocker.
Animaux de compagnie
Les animaux ont des besoins en eau proportionnels à leur poids. Une estimation courante : diviser le poids de l’animal en kilos par 2 pour obtenir sa consommation quotidienne approximative en décilitres. Un chien de 20 kg consomme ainsi environ 1 litre par jour.
Ces besoins varient selon la race, l’activité et la température. En cas de chaleur ou d’activité accrue, prévoir une marge de 30 à 50 % supplémentaire. Voir aussi : Préparation d’urgence pour les animaux de compagnie.
Si le stock est insuffisant : sources d’appoint
Si la réserve constituée s’avère insuffisante, plusieurs sources d’appoint existent — à condition de les purifier avant consommation.
- Récupération des eaux de pluie : des barils placés sous les descentes pluviales permettent de collecter rapidement des volumes significatifs. L’eau de pluie recueillie sur les toitures contient des contaminants et doit être purifiée. Lire : Récupération des eaux de pluie.
- Chauffe-eau du domicile : un chauffe-eau standard contient entre 100 et 300 litres (26 à 80 gallons) d’eau utilisable — une réserve souvent négligée. Fermer l’arrivée d’eau avant de puiser évite toute contamination si le réseau est compromis.
- Sources naturelles environnantes : rivières, ruisseaux et lacs peuvent constituer une source en dernier recours — purification obligatoire avant toute consommation.
En résumé
La quantité d’eau à stocker dépend directement des habitudes du foyer, de sa taille, des mesures d’économie adoptées et de la durée d’autonomie visée. Les chiffres officiels de 2 litres par personne par jour constituent un minimum absolu pour la boisson — pas un objectif de préparation.
L’objectif pratique : commencer par un stock de 72 h, le tester en conditions réelles, puis l’étendre progressivement vers 2 semaines, puis 30 jours. Chaque palier atteint représente une amélioration concrète de la résilience du foyer.




