- Comprendre la neurodivergence et ses impacts en crise
- Les défis spécifiques en situation d’urgence
- Un kit d’urgence adapté aux besoins neurodivergents
- Préparer psychologiquement à l’imprévisible
- Communication et outils visuels en situation de crise
- Plan d’évacuation tenant compte des sensibilités
- Créer un réseau de soutien informé
- Gérer l’après-crise et le retour à la normale
- Questions fréquentes
- Conclusion : La préparation est un pouvoir d’agir
Un membre de votre famille est autiste, a un TDAH ou présente un trouble neurodéveloppemental? Les situations d’urgence présentent des défis particuliers que les guides standards n’abordent jamais. Pourtant, une préparation adaptée peut transformer une crise potentiellement traumatisante en situation gérable.
Environ une personne sur cinq est neurodivergente. (Au Québec,) cela représente des centaines de milliers de familles qui doivent composer avec des besoins spécifiques en cas de panne de courant prolongée, d’évacuation d’urgence ou de catastrophe naturelle. Les sensibilités sensorielles, le besoin de prévisibilité et les particularités de communication ne disparaissent pas dans l’urgence — au contraire, elles s’amplifient.
Ce guide propose une approche pragmatique pour intégrer les besoins neurodivergents dans votre préparation familiale aux situations d’urgence, sans alarmisme, avec des solutions concrètes et réalistes.
Comprendre la neurodivergence et ses impacts en crise
La neurodivergence désigne les personnes dont le fonctionnement neurologique diffère de la norme attendue. Cela inclut le trouble du spectre de l’autisme (TSA), le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles Dys (dyslexie, dyspraxie, dysphasie), le syndrome de Gilles de la Tourette et le trouble du développement intellectuel.
Pourquoi c’est important : Ces différences neurologiques ne sont pas des maladies à guérir, mais des façons distinctes de traiter l’information, de communiquer et d’interagir avec l’environnement. En situation d’urgence, ces particularités peuvent représenter des vulnérabilités si on n’en tient pas compte — ou des forces si on s’y adapte intelligemment.
Les particularités qui comptent en urgence
Chaque personne neurodivergente est unique, mais certaines caractéristiques reviennent fréquemment et ont un impact direct en situation de crise. Les sensibilités sensorielles en font partie : les sirènes d’alarme, les lumières clignotantes des véhicules d’urgence, le bruit d’un groupe électrogène ou la foule dans un centre d’évacuation peuvent provoquer une surcharge sensorielle difficile à gérer.
Le besoin de prévisibilité et de routine représente un autre élément central. Les personnes autistes ou TDAH fonctionnent souvent mieux avec des structures claires et prévisibles. Une évacuation soudaine bouleverse tous les repères habituels : l’heure des repas, le lieu de sommeil, les activités quotidiennes. Ce chaos peut générer une anxiété paralysante ou des comportements de retrait.
La communication sous stress se complexifie également. Même une personne verbale en temps normal peut perdre l’accès à la parole lors d’une surcharge émotionnelle ou sensorielle. Les métaphores, le langage indirect ou les consignes vagues deviennent alors impossibles à décoder.
Exemple concret : Lors de la tempête de verglas de 1998, plusieurs familles ont témoigné que leurs enfants autistes avaient développé des crises importantes dans les centres d’hébergement d’urgence. Le bruit ambiant, l’éclairage au néon, l’impossibilité de maintenir leurs routines et la proximité forcée avec des inconnus avaient créé un environnement insupportable. Ces familles avaient dû choisir entre rester dans le froid à la maison ou affronter ce stress.
Les défis spécifiques en situation d’urgence
Les situations d’urgence présentent des défis universels, mais elles en créent de supplémentaires pour les personnes neurodivergentes et leurs familles. Comprendre ces défis permet de mieux s’y préparer.
Surcharge sensorielle dans les environnements d’urgence
Les centres d’évacuation standardisés sont conçus pour accueillir rapidement un maximum de personnes, pas pour créer un environnement sensoriel gérable. L’éclairage au néon fonctionne en continu, les conversations se superposent, les enfants pleurent, les portes claquent, les annonces au microphone retentissent toutes les dix minutes.
Pour une personne avec hypersensibilité auditive ou visuelle, c’est l’équivalent d’être enfermé dans une salle de concert avec la musique à fond, sans possibilité de sortir. La surcharge sensorielle ne se gère pas par la volonté — elle s’impose physiologiquement et peut mener à un effondrement complet.
Rupture des routines et prévisibilité
Les routines ne sont pas un caprice ou une rigidité inutile. Pour beaucoup de personnes neurodivergentes, elles représentent la structure qui leur permet de fonctionner. Savoir que le petit-déjeuner arrive à 7h, que maman part travailler à 8h, qu’il y a une collation à 10h, c’est le cadre rassurant qui permet de naviguer la journée.
En situation d’urgence, tout vole en éclats. On mange quand c’est prêt. On dort où on peut. Les activités habituelles deviennent impossibles. Cette imprévisibilité totale génère une anxiété qui peut se manifester par des comportements difficiles à comprendre pour l’entourage : crises, repli, agressivité, ou au contraire, un figement complet.
Médicaments et continuité des soins
Plusieurs personnes neurodivergentes dépendent de médicaments quotidiens. Les psychostimulants comme le méthylphénidate (Ritalin, Concerta) pour le TDAH, les anxiolytiques, les anticonvulsivants ou d’autres traitements spécifiques font partie de leur équilibre quotidien.
Point critique : Ces médicaments nécessitent souvent des prescriptions contrôlées et ne peuvent être obtenus facilement en urgence. Une interruption soudaine peut provoquer des symptômes de sevrage ou un retour massif des symptômes traités. Pourtant, peu de familles pensent à en stocker une réserve d’urgence.
Communication avec les services d’urgence
Les premiers répondants — pompiers, ambulanciers, policiers — reçoivent une formation minimale sur l’autisme et les autres formes de neurodivergence. Un enfant qui ne répond pas aux questions, qui évite le contact visuel, qui a des mouvements répétitifs ou qui refuse de suivre les consignes peut être mal interprété.
Dans le stress d’une évacuation ou d’une intervention médicale, ces incompréhensions peuvent dégénérer. Des familles rapportent des situations où leur enfant autiste a été perçu comme non-coopératif ou dangereux alors qu’il était simplement en surcharge sensorielle et incapable de communiquer autrement.
Risque de fuite ou d’errance
Environ un enfant autiste sur trois a déjà tenté de s’enfuir ou de s’éloigner de ses parents ou éducateurs. En situation normale, c’est déjà préoccupant. En situation d’urgence, avec des repères perturbés et du stress ambiant, ce risque augmente considérablement.
Les personnes autistes peuvent ne pas évaluer correctement le danger. Elles peuvent être attirées par un élément sensoriel intéressant (un reflet de lumière, un bruit particulier) sans se rendre compte qu’elles s’éloignent dans une zone dangereuse.
Un kit d’urgence adapté aux besoins neurodivergents
Le kit d’urgence standard (eau, nourriture, lampe de poche, radio, trousse de premiers soins) reste la base. Mais pour une famille avec un membre neurodivergent, plusieurs éléments supplémentaires deviennent essentiels.
Outils sensoriels et de régulation
Ces objets aident à gérer la surcharge sensorielle et l’anxiété. Ils ne sont pas des gadgets — ce sont des outils thérapeutiques qui peuvent faire la différence entre une situation gérable et une crise majeure.
- Casque antibruit ou bouchons d’oreilles : Protection essentielle contre la surcharge auditive dans les centres d’évacuation bruyants
- Lunettes de soleil ou visière : Réduction de la stimulation visuelle intense des néons ou des lumières d’urgence
- Couverture lestée compacte ou coussin lesté : Apporte une pression rassurante qui aide à calmer l’anxiété
- Objets sensoriels favoris : Balle anti-stress, fidget spinner, jouet texturé — tout ce qui aide habituellement à la régulation
- Écouteurs avec musique préchargée : Permet de créer une bulle auditive prévisible et rassurante
Conseil pratique : Préparez un sac sensoriel dédié, distinct du kit d’urgence principal. Il doit être facilement accessible et identifiable, même dans le chaos. Certaines familles utilisent un sac de couleur vive avec une étiquette “SENSORIEL” clairement visible.
Médicaments et réserve d’urgence
La gestion des médicaments en situation d’urgence nécessite une planification proactive. Discutez avec le médecin prescripteur de la possibilité d’obtenir une réserve d’urgence de quelques jours à quelques semaines. Certains médecins acceptent de prescrire légèrement plus que nécessaire pour permettre cette constitution progressive.
Pour les psychostimulants (Ritalin, Concerta, Vyvanse), la réglementation est plus stricte puisqu’il s’agit de substances contrôlées. Toutefois, expliquez votre démarche de préparation aux urgences — certains médecins comprendront et trouveront des solutions dans le cadre légal.
Rotation des stocks : Les médicaments ont une date de péremption. Utilisez le principe de rotation : quand vous recevez une nouvelle prescription, placez-la dans le kit d’urgence et utilisez l’ancienne réserve au quotidien. Ainsi, votre réserve d’urgence reste toujours valide sans gaspillage.
Incluez également dans votre kit :
- Copie des prescriptions avec posologies exactes
- Coordonnées du médecin prescripteur et du pharmacien habituel
- Liste de tous les médicaments avec leur nom générique (pas seulement la marque commerciale)
- Note explicative sur les réactions possibles en cas d’arrêt soudain
Supports visuels et communication
La communication verbale peut devenir difficile ou impossible en situation de stress intense. Les supports visuels offrent un canal alternatif et plus fiable.
Préparez un ensemble de supports visuels plastifiés et imperméables contenant :
- Pictogrammes de base : Besoins essentiels (manger, boire, dormir, toilettes, douleur, peur)
- Séquences visuelles : Étapes d’une évacuation, déroulement d’une journée en centre d’urgence
- Cartes de communication d’urgence : “Je suis autiste”, “J’ai besoin de calme”, “Ne me touchez pas sans prévenir”
- Photos de la famille et des lieux sûrs : Points de repère rassurants
- Thermomètre émotionnel visuel : Outil pour identifier et communiquer son niveau d’anxiété
Objets réconfortants et prévisibilité
Certains objets ne semblent pas essentiels à la survie, mais le sont pour le bien-être psychologique et la capacité à fonctionner en situation stressante.
- Objet transitionnel favori : Cette peluche, cette couverture ou ce jouet particulier n’est pas remplaçable. Il doit faire partie du kit d’urgence.
- Aliments familiers non périssables : Si votre enfant ne mange que certaines textures ou certaines marques, stockez-en. La déshydratation et la malnutrition arrivent quand on refuse toute nourriture disponible.
- Vêtements confortables : Pas de coutures irritantes, pas de textures insupportables. Le moment d’une évacuation n’est pas celui pour forcer des vêtements inconfortables.
- Photos de la maison et de la routine normale : Rappels visuels que la situation d’urgence est temporaire et qu’un retour à la normale arrivera.
Préparer psychologiquement à l’imprévisible
La préparation mentale et émotionnelle est aussi importante que le kit matériel. Plusieurs stratégies permettent de réduire l’anxiété liée à l’incertitude.
Scénarios sociaux et livres personnalisés
Les scénarios sociaux sont de courtes histoires qui décrivent une situation, les émotions qu’elle peut provoquer et les comportements appropriés. Créez des scénarios pour différentes urgences possibles au Québec :
Panne de courant
“Parfois, l’électricité s’arrête. Les lumières s’éteignent. C’est normal et pas dangereux. Papa allume des lampes de poche. Nous mangeons des aliments froids. Nous dormons avec des couvertures supplémentaires. L’électricité revient après quelques heures ou quelques jours.”
Évacuation de la maison
“Si la maison n’est plus sûre, nous partons ensemble. Chacun prend son sac d’urgence. Nous allons chez grand-maman ou au centre communautaire. C’est temporaire. Nous revenons quand c’est sûr.”
Lisez ces scénarios régulièrement, en dehors de toute situation d’urgence. L’objectif est de créer une familiarité avec le concept avant qu’il ne devienne réalité.
Pratiques d’exposition progressive
L’exposition graduelle aux éléments stressants d’une urgence réduit l’anxiété lorsque la vraie situation se présente. Cette approche demande du temps, mais elle est efficace.
Exemples de pratiques progressives :
- Sons d’urgence : Faire écouter des enregistrements de sirènes, d’alarmes incendie ou d’annonces d’urgence à volume réduit, puis graduellement augmenté
- Exercices d’évacuation ludiques : Transformer la sortie rapide de la maison en jeu chronométré, avec récompense à la clé
- Visite du centre d’évacuation local : Si possible, visiter le gymnase ou l’école qui servirait de centre d’urgence, en situation calme et prévue
- Nuit “camping intérieur” : Simuler une panne de courant, dormir dans une pièce différente, manger des aliments froids — en mode positif et contrôlé
Principe clé : Ces exercices ne doivent jamais être punitifs ou sources de détresse. Si l’anxiété devient trop importante, reculez d’un cran et progressez plus lentement. L’objectif est la familiarisation, pas le traumatisme.
Calendriers visuels et prévisibilité
Les personnes neurodivergentes bénéficient énormément de la prévisibilité. Même dans l’imprévisible, on peut créer des îlots de structure.
Créez un calendrier visuel de crise qui montre :
- La séquence d’événements lors d’une évacuation
- Le déroulement d’une journée type en centre d’hébergement
- Les étapes pour retourner à la maison après une urgence
- Les signaux visuels indiquant que “tout va bien” versus “nous devons agir”
Ces outils rassurent parce qu’ils montrent qu’il existe un plan, une structure, même dans le chaos. La personne neurodivergente n’est pas abandonnée dans l’incertitude totale.
Communication et outils visuels en situation de crise
Lorsque le stress monte, la communication verbale devient souvent le premier système à faillir. Préparer des outils alternatifs transforme cette vulnérabilité en capacité d’adaptation.
Cartes d’identification d’urgence
Plusieurs organismes, dont Autism Speaks Canada et la Fédération québécoise de l’autisme, offrent des cartes d’identification gratuites ou à faible coût. Ces cartes contiennent les informations essentielles pour les premiers répondants.
Une carte d’identification efficace inclut :
- Nom, photo récente et date de naissance
- Diagnostic principal (TSA, TDAH, etc.)
- Particularités importantes : non-verbal, hypersensibilité sensorielle, tendance à la fuite
- Médicaments essentiels
- Coordonnées d’urgence des parents/tuteurs (plusieurs numéros)
- Instructions de communication : “Utilisez des phrases courtes et concrètes”, “Donnez-lui du temps pour répondre”
Conseil : Plusieurs exemplaires de cette carte doivent exister. Une dans le portefeuille, une dans le sac d’école, une attachée au sac d’urgence. Certaines familles utilisent un bracelet médical gravé ou un QR code menant vers un profil d’urgence en ligne.
Scripts de communication pour l’entourage
Votre enfant ou proche n’est pas le seul à communiquer. Vous aussi devez pouvoir expliquer rapidement et efficacement la situation aux intervenants d’urgence.
Préparez un script simple que vous pourrez réciter même sous stress :
Exemple de script : “Mon enfant est autiste. Il/elle ne répond pas toujours aux questions, mais il/elle comprend. Laissez-lui du temps. Il/elle a besoin de son casque antibruit et de son objet réconfortant. Si vous devez le/la toucher, prévenez d’abord. Voici ses médicaments essentiels.”
Avoir ce script imprimé et plastifié dans le kit d’urgence permet de le tendre simplement à un intervenant au lieu de devoir tout expliquer oralement dans le chaos.
Tableau de communication non-verbale
Pour les personnes non-verbales ou qui perdent la parole sous stress, un tableau de communication peut sauver des vies. Il s’agit d’un support visuel avec des images ou pictogrammes représentant les besoins et émotions de base.
Version simplifiée d’urgence à inclure dans le kit :
- J’ai mal (avec schéma corporel pour indiquer où)
- J’ai faim / j’ai soif
- Je dois aller aux toilettes
- J’ai peur / je suis stressé
- C’est trop bruyant / trop lumineux
- J’ai besoin de mon objet réconfortant
- J’ai besoin de calme
Ce tableau doit être robuste, imperméable et attaché de manière visible au sac d’urgence de la personne.
Plan d’évacuation tenant compte des sensibilités
Un plan d’évacuation familial standard se concentre sur la rapidité et la sécurité physique. Pour une famille avec un membre neurodivergent, d’autres facteurs entrent en jeu.
Itinéraires et lieux sûrs pré-identifiés
Identifiez plusieurs options d’hébergement d’urgence, classées par ordre de préférence selon leur compatibilité avec les besoins sensoriels :
Option 1 : Famille ou amis
Environnement connu, possibilité d’avoir une pièce calme, routine plus contrôlable. Préférez cette option si la distance et la situation le permettent.
Option 2 : Hôtel si accessible
Chambre privée, contrôle du bruit et de la lumière, possibilité de maintenir certaines routines. Plus coûteux mais souvent moins stressant qu’un centre public.
Option 3 : Centre d’évacuation
Solution de dernier recours. Identifiez à l’avance les centres locaux et informez-vous si des zones plus calmes peuvent être aménagées pour les personnes avec besoins spéciaux.
Préparation du véhicule
Si vous évacuez en voiture, transformez le véhicule en refuge mobile temporaire. Gardez en permanence dans le coffre :
- Kit sensoriel de base (casque antibruit, couverture, objet réconfortant)
- Collations familières non périssables
- Tablette ou appareil électronique chargé avec contenus rassurants (films, musique, jeux favoris) et chargeur de voiture
- Sac de vêtements confortables de rechange
- Copie des documents importants (prescriptions, carte d’identification)
Si vous n’avez pas de véhicule, identifiez à l’avance qui dans votre réseau pourrait vous transporter, ou quels services de transport adapté existent dans votre municipalité pour les urgences.
Communiquer avec les centres d’hébergement
Lorsqu’une évacuation régionale est annoncée, les centres d’hébergement d’urgence ouvrent leurs portes. Dès que possible :
- Contactez le centre avant de vous y rendre
- Expliquez les besoins spécifiques de votre proche neurodivergent
- Demandez si un espace plus calme ou une salle séparée peut être réservé
- Informez-les de toute restriction alimentaire stricte
- Mentionnez tout risque de fuite ou comportement pouvant être mal interprété
Les responsables de centres d’urgence veulent aider, mais ils ne peuvent pas deviner les besoins. Une communication proactive fait toute la différence.
Créer un réseau de soutien informé
L’autonomie complète est un mythe, même pour les preppers les plus préparés. En situation d’urgence avec un membre neurodivergent, le réseau devient encore plus crucial.
Identifier et former vos alliés
Dressez une liste de personnes dans votre entourage qui pourraient vous aider en cas d’urgence : famille élargie, amis proches, voisins de confiance. Mais ne présumez pas qu’ils comprennent déjà les besoins de votre proche neurodivergent.
Organisez une rencontre informelle où vous :
- Expliquez les particularités de votre proche (sensibilités, communication, déclencheurs de stress)
- Montrez les outils sensoriels et comment les utiliser
- Partagez les stratégies qui fonctionnent en cas de crise ou surcharge
- Donnez une copie de la carte d’identification et des informations médicales
- Établissez un code de communication d’urgence simple
Suggestion : Créez une fiche d’information d’une page, facile à comprendre, que vous pouvez remettre à ces alliés potentiels. Elle résume l’essentiel et peut être consultée rapidement en situation de stress.
Partage de responsabilités
Dans une urgence prolongée, vous ne pouvez pas être disponible 24/7 pour votre proche neurodivergent. Le risque d’épuisement est réel.
Identifiez qui, dans votre réseau, pourrait prendre le relais pour :
- Surveiller pendant que vous vous reposez
- Aller chercher des fournitures
- Communiquer avec les autorités
- S’occuper des autres enfants si vous en avez
- Gérer la logistique (transport, nourriture, hébergement)
Discutez de ces rôles à l’avance. En situation d’urgence, vous n’aurez ni le temps ni l’énergie mentale pour tout organiser à partir de zéro.
Connexions communautaires
Certaines régions du Québec ont des groupes de soutien pour parents d’enfants autistes ou TDAH. Ces réseaux peuvent devenir des ressources précieuses en situation d’urgence.
Rejoignez les groupes Facebook locaux, les associations régionales, participez aux rencontres. Au-delà du soutien moral, ces communautés partagent des informations pratiques : qui a trouvé un médecin compréhensif, quel service est vraiment aidant, comment obtenir tel équipement.
En situation d’urgence régionale, ces réseaux s’activent. Les membres partagent des ressources, s’entraident pour l’hébergement, relaient les informations essentielles. Vous n’êtes pas seul.
Gérer l’après-crise et le retour à la normale
L’urgence elle-même est traumatisante, mais pour beaucoup de personnes neurodivergentes, c’est le retour à la normale qui pose problème. La maison n’est plus exactement pareille. Les objets ont été déplacés. Les routines doivent être reconstruites.
Réintroduction progressive des routines
Après une évacuation ou une crise majeure, résistez à la tentation de tout remettre en place d’un coup. Le cerveau neurodivergent a besoin de temps pour se réajuster.
Approche recommandée :
- Jour 1 : Rétablir un seul élément de routine familier (ex: l’heure du coucher)
- Jour 2-3 : Ajouter un ou deux autres éléments (ex: heure des repas, activité favorite)
- Jour 4-7 : Réintégrer graduellement les autres aspects de la routine normale
- Semaine 2+ : Surveillance pour les signes de stress post-traumatique
Chaque personne réagit différemment. Certains voudront retrouver leurs repères immédiatement, d’autres auront besoin de plusieurs semaines. Soyez attentif aux signaux et ajustez le rythme.
Débriefing et traitement de l’expérience
Même si l’urgence est terminée, l’expérience reste gravée. Pour certaines personnes autistes ou neurodivergentes, le traitement émotionnel des événements prend du temps.
Outils pour faciliter ce traitement :
- Livre photo de l’événement : Créer un album simple avec des photos de l’avant, pendant et après. Le parcourir ensemble aide à contextualiser et à clore l’événement.
- Scénario social rétrospectif : Rédiger l’histoire de ce qui s’est passé, avec un début, un milieu et une fin claire. “L’urgence est arrivée. Nous avons fait X. Maintenant c’est fini et nous sommes en sécurité.”
- Validation des émotions : Reconnaître explicitement que c’était difficile, effrayant, fatigant. Ne pas minimiser l’expérience.
- Rituel de clôture : Certaines familles créent un petit rituel symbolique pour marquer la fin de la crise — allumer une bougie spéciale, planter un arbre, faire un dessin collectif.
Quand consulter un professionnel : Si après plusieurs semaines, vous observez des troubles du sommeil persistants, des cauchemars récurrents, un retrait social marqué, une anxiété paralysante ou des comportements régressifs, consultez un psychologue spécialisé en neurodivergence. Le SSPT (syndrome de stress post-traumatique) peut toucher les personnes neurodivergentes et nécessite un accompagnement approprié.
Amélioration continue de votre préparation
Chaque crise, même simulée, est une opportunité d’apprentissage. Après un événement réel ou un exercice de préparation, prenez le temps de réviser :
- Qu’est-ce qui a bien fonctionné?
- Qu’est-ce qui a causé des difficultés inattendues?
- Quels outils manquaient dans le kit?
- Quelles stratégies de communication ont été efficaces?
- Que feriez-vous différemment la prochaine fois?
Ajustez votre plan et votre kit en fonction de ces apprentissages. La préparation n’est jamais parfaite dès le départ — elle s’affine avec l’expérience.
Questions fréquentes
Mon enfant refuse de participer aux exercices d’évacuation à l’école à cause de la sirène. Comment le préparer?
Plusieurs stratégies peuvent aider. D’abord, expliquez à l’école que votre enfant a une hypersensibilité auditive documentée et demandez s’il peut porter son casque antibruit pendant les exercices. Ensuite, préparez-le à la maison en lui faisant écouter l’enregistrement de la sirène à volume très faible, en augmentant progressivement sur plusieurs semaines. Créez un scénario social expliquant que “la sirène est forte mais pas dangereuse, elle dit simplement de sortir calmement”. Enfin, établissez avec l’enseignant un signal visuel préalable à la sirène, donnant à votre enfant quelques secondes pour se préparer mentalement.
Les médicaments de mon fils TDAH sont des substances contrôlées. Puis-je légalement en garder une réserve d’urgence?
La réglementation sur les substances contrôlées au Canada est stricte, mais elle permet la constitution d’une petite réserve dans le cadre d’une prescription légale. Discutez ouvertement avec le médecin prescripteur de votre démarche de préparation aux urgences. Certains médecins acceptent de prescrire une quantité légèrement supérieure, permettant une rotation où vous utilisez toujours les comprimés les plus anciens au quotidien pendant que la réserve d’urgence reste intacte et valide. L’important est de documenter cette approche avec votre médecin et de respecter la rotation pour éviter la péremption.
Ma fille autiste est non-verbale. Comment les premiers répondants sauront-ils qu’elle comprend ce qu’on lui dit?
Préparez une carte d’identification très visible, idéalement attachée à ses vêtements ou son sac, indiquant clairement “Je suis autiste non-verbale mais je comprends. Utilisez des phrases simples. Donnez-moi le temps de réagir. J’ai un tableau de communication dans mon sac.” Incluez une photo récente et vos coordonnées d’urgence. Certaines familles utilisent aussi un bracelet médical gravé avec un code QR menant vers un profil d’urgence en ligne détaillé. Entraînez votre fille à montrer cette carte ou à pointer son bracelet quand quelqu’un lui parle. Informez également votre service de police local de sa situation — plusieurs corps policiers maintiennent un registre volontaire des personnes vulnérables de leur territoire.
Les centres d’évacuation sont toujours très bruyants. Y a-t-il des alternatives?
Les centres publics d’évacuation ne sont effectivement pas idéaux pour les personnes avec hypersensibilités sensorielles. Plusieurs alternatives existent selon votre situation. Priorisez d’abord l’hébergement chez famille ou amis, même si cela implique un trajet plus long. Ensuite, si votre budget le permet, un hôtel ou motel offre un environnement contrôlable et privé — considérez cela comme un investissement dans la santé mentale et la capacité de fonctionnement de votre proche. Si vous devez absolument utiliser un centre public, contactez-le dès l’ouverture pour expliquer les besoins spéciaux et demander si une salle séparée ou un coin plus isolé peut être aménagé. Certains centres ont des protocoles pour les personnes avec besoins particuliers. Apportez systématiquement votre kit sensoriel complet et créez une “bulle” autour de votre espace avec couvertures et paravents si possible.
Mon fils a le TDAH et devient très impulsif et agité en situation de stress. Comment gérer cela dans un espace d’évacuation bondé?
L’hyperactivité et l’impulsivité s’intensifient sous stress, surtout dans un environnement confiné où le mouvement est limité. Plusieurs stratégies peuvent aider: établissez un système de pauses régulières où votre fils peut sortir marcher à l’extérieur avec supervision; utilisez des exercices isométriques discrets (pousser contre un mur, serrer une balle anti-stress); identifiez dans le centre des “missions” légitimes qu’il peut accomplir (aller chercher de l’eau, distribuer quelque chose) pour canaliser l’énergie; assurez-vous qu’il prend ses médicaments TDAH à l’heure habituelle — leur interruption en situation de stress aggrave considérablement les symptômes; prévoyez des outils de régulation comme une bande élastique de résistance ou un coussin de siège texturé qui permettent un mouvement contenu. Enfin, expliquez aux responsables du centre que votre enfant a un TDAH et a besoin de bouger régulièrement — ce n’est pas de l’insubordination mais une nécessité neurologique.
Combien coûte la préparation d’un kit d’urgence adapté aux besoins neurodivergents?
Le coût varie considérablement selon ce que vous avez déjà à la maison. Pour le matériel sensoriel de base (casque antibruit, balle anti-stress, couverture lestée compacte, lunettes de soleil), comptez entre 50 $ et 150 $. Les pictogrammes et supports visuels peuvent être créés gratuitement et imprimés à la maison, puis plastifiés pour environ 10 $. Le plus gros investissement est souvent la réserve de médicaments si votre proche en nécessite — discutez avec votre assurance pour connaître la couverture. Pour tout le reste (aliments familiers, objets réconfortants, vêtements), vous utilisez probablement ce que vous avez déjà, en constituant des doublons progressivement. L’approche la plus réaliste est d’y aller graduellement: commencez par le strict essentiel (casque antibruit, carte d’identification, médicaments de trois jours) pour environ 50-75 $, puis ajoutez un ou deux éléments par mois selon votre budget.
Conclusion : La préparation est un pouvoir d’agir
Préparer sa famille aux situations d’urgence quand on a un membre neurodivergent n’est pas du catastrophisme. C’est de la lucidité et de la prévoyance. Les systèmes publics ne sont pas conçus pour répondre aux besoins spécifiques de votre proche — c’est une réalité, pas une critique. En vous préparant, vous reprenez du contrôle sur une situation potentiellement chaotique.
La préparation adaptée aux besoins neurodivergents ne demande pas des moyens extraordinaires. Elle demande de la compréhension, de l’anticipation et quelques outils bien choisis. Un casque antibruit à 40 $, des pictogrammes imprimés et plastifiés, une carte d’identification — ces éléments simples peuvent transformer une crise ingérable en situation difficile mais franchissable.
Rappelez-vous: la neurodivergence n’est pas une faiblesse à cacher en situation d’urgence. C’est une réalité à intégrer dans votre plan, exactement comme vous intégrez le nombre de personnes dans votre foyer, vos restrictions alimentaires ou vos besoins médicaux. Plus vous en parlez ouvertement avec votre réseau et les autorités locales, meilleures seront vos chances d’obtenir le soutien approprié quand ça compte vraiment.
Commencez par une petite action cette semaine. Créez une carte d’identification. Achetez un casque antibruit de réserve. Écrivez un scénario social simple. Chaque pas compte. La préparation n’est jamais parfaite au départ — elle s’améliore avec le temps et l’expérience.
Votre famille mérite d’être prête. Votre proche neurodivergent mérite d’avoir une chance équitable de traverser une crise en sécurité et avec dignité. C’est exactement ce que cette préparation lui offre.











La question de l’autonomie fonctionnelle pour les personnes neurodivergentes mérite une attention particulière dans tout plan familial d’urgence. Au-delà des centres d’évacuation inadaptés mentionnés, comment peut-on négocier avec la sécurité civile locale pour identifier des espaces d’hébergement d’urgence plus calmes avant qu’une catastrophe naturelle ne survienne? L’expérience de 1998 souligne l’importance de cartographier dès maintenant des refuges alternatifs : bibliothèques municipales, écoles avec gymnases séparés, ou même établir des ententes entre familles pour créer des réseaux d’accueil mutuel. Cette démarche proactive transforme la gestion de crise en incluant les besoins sensoriels dans la continuité des besoins essentiels, plutôt que de forcer un choix impossible entre sécurité physique et bien-être neurologique.