Un générateur sans carburant de réserve est un équipement dont l’utilité reste limitée aux premières heures d’une panne. Passé ce délai, la question n’est plus technique — elle est logistique. Constituer une réserve de carburant traitée et correctement stockée est l’une des démarches les plus concrètes pour prolonger l’autonomie d’un foyer lors d’une interruption prolongée du réseau électrique.
Les situations d’urgence naturelles (verglas, tempête, inondation) s’accompagnent souvent d’une forte demande simultanée en carburant, ce qui entraîne des files d’attente aux stations-service ou, dans les cas les plus sévères, une rupture d’approvisionnement locale de plusieurs jours. Anticiper cette réalité en constituant une petite réserve prétraitée permet d’éviter cette dépendance au moment le moins opportun.
Choisir les bons contenants
Le choix du contenant influence directement la durée de conservation et la sécurité du stockage. Pour les carburants courants, les bidons en plastique homologué restent l’option la plus accessible et la plus pratique à l’échelle domestique.
Un code couleur est utilisé en Amérique du Nord pour distinguer les types de carburant — il est utile de le respecter pour éviter toute confusion lors d’un usage sous stress :
🔴 Rouge
Essence (gasoline). Format le plus courant pour les générateurs et véhicules.
🔵 Bleu
Kérosène. Utilisé pour les appareils de chauffage d’appoint compatibles.
🟡 Jaune
Diesel. Pour les générateurs diesel et véhicules fonctionnant au diesel.
Pourquoi respecter ce code couleur ? Verser de l’essence dans un appareil conçu pour le kérosène — ou inversement — peut endommager le mécanisme ou créer un risque d’incendie. Dans un contexte de stress ou de faible luminosité, la couleur du bidon est un repère immédiat et fiable.

Les bidons se trouvent couramment dans les quincailleries (Home Dépôt, Réno-Dépôt), les grandes surfaces et les magasins de plein air. Pour le stockage à long terme, il convient de privilégier des contenants hermétiques de qualité, avec un bec verseur intégré ou amovible, qui minimisent l’exposition à l’air et limitent l’évaporation.
Durée de conservation selon le type de carburant
Les carburants courants se dégradent naturellement au fil du temps, même dans des contenants fermés. Cette dégradation est accélérée par la chaleur, la lumière et l’exposition à l’oxygène. Voici les durées de conservation généralement observées sans additif :
| Carburant | Sans additif | Avec additif (estimé) | Facteur principal de dégradation |
|---|---|---|---|
| Essence | 3 à 6 mois | 12 à 24 mois | Oxydation, évaporation des composés légers |
| Diesel | 6 à 12 mois (à < 21 °C) | 18 à 24 mois | Formation de sédiments et de gommes |
| Kérosène | 1 à 5 ans | 5 ans et plus | Contamination par l’eau, microbactéries |
Pour le diesel en particulier, la dégradation produit des sédiments fins et des gommes qui obstruent les filtres à carburant et peuvent provoquer l’arrêt du moteur. Ces dépôts affectent aussi la combustion, générant des dépôts de carbone sur les injecteurs. La température de stockage joue un rôle important : au-delà de 21 °C de façon prolongée, la durée de conservation est sensiblement réduite.
Les additifs de conservation : STA-BIL et PRI-G
Deux produits sont largement utilisés pour prolonger la durée de conservation du carburant stocké :
Additif de stabilisation largement disponible en Amérique du Nord. Il ralentit l’oxydation et prévient la formation de gommes. Conçu pour être ajouté une fois au moment du stockage. Mode d’emploi simple : verser la dose recommandée directement dans le bidon, puis ajouter le carburant par-dessus pour favoriser le mélange.
Gamme d’additifs formulés pour une application annuelle (PRI-G pour l’essence, PRI-D pour le diesel). Réputés pour leur capacité à maintenir le carburant dans de bonnes conditions sur le long terme. Certains utilisateurs les emploient également pour tenter de raviver un carburant ayant déjà commencé à se dégrader — une utilisation à considérer avec précaution.
Mode opératoire recommandé : Verser l’additif en premier dans le bidon vide, puis ajouter le carburant. Cela assure une dilution homogène sans nécessiter d’agitation supplémentaire. Respecter les dosages indiqués par le fabricant selon le volume de carburant stocké.
Les deux produits permettent de viser une conservation d’environ 12 à 24 mois selon les conditions. Ils ne remplacent pas des conditions de stockage adéquates (température fraîche, obscurité, étanchéité), mais les complètent efficacement.
Quelle quantité stocker ?
La quantité optimale dépend des usages prévus et de la durée d’autonomie visée. Deux scénarios distincts méritent d’être considérés séparément.
Pour un générateur d’appoint
La consommation d’un générateur varie selon sa puissance et la charge appliquée. À titre indicatif, un générateur de 2 000 W utilisé de façon modérée (éclairage, réfrigérateur, quelques appareils essentiels) consomme environ 1,5 à 2 litres par heure. Pour une semaine d’usage à raison de 8 heures par jour, cela représente environ 80 à 110 litres. Pour un usage plus limité (3 à 4 heures par jour), une réserve de 20 à 30 litres couvre plusieurs jours.
Pour un véhicule
Une réserve permettant de couvrir le trajet jusqu’à un lieu de repli, avec une marge de 50 %, représente un minimum raisonnable. Par exemple, pour un trajet de 200 km avec un véhicule consommant 10 litres aux 100 km, cela représente 30 litres de réserve (20 litres pour le trajet + 50 % de marge).
Point de départ réaliste : Pour la plupart des foyers, un bidon de 20 litres pour le générateur et un bidon de 20 litres pour le véhicule constituent une première réserve fonctionnelle. Ce volume est facile à stocker, à renouveler et à transporter. Il peut être augmenté progressivement selon l’espace disponible et les besoins réels.
La question de la quantité maximale est aussi pratique que réglementaire. Au Québec, la réglementation sur le stockage de carburant à usage domestique varie selon le volume et le type de contenant. Pour des quantités dépassant quelques dizaines de litres, il est conseillé de consulter les exigences locales (municipalité, assureur).
Sécurité et conditions de stockage
Le carburant est inflammable et dégage des vapeurs qui peuvent s’accumuler dans les espaces fermés. Quelques principes de base réduisent significativement les risques :
- Stocker à l’extérieur de la résidence principale — un hangar, un garage séparé ou un abri ventilé sont préférables. En cas d’incident, la distance par rapport aux espaces de vie est un facteur de sécurité important.
- Privilégier un emplacement frais et ombragé. La chaleur accélère la dégradation du carburant et augmente la pression de vapeur dans les contenants. Éviter les espaces exposés au soleil direct en été.
- Assurer une ventilation minimale. Les vapeurs d’essence et de diesel sont plus lourdes que l’air et s’accumulent au niveau du sol. Un espace légèrement ventilé évite leur concentration.
- Éloigner des sources d’ignition. Chauffe-eau, tableau électrique, fumeurs, outils générant des étincelles — maintenir une distance minimale de sécurité.
- Étiqueter clairement les contenants avec le type de carburant et la date de remplissage.
La rotation du stock : une étape souvent négligée
Stocker du carburant n’a de valeur que si ce carburant est encore utilisable au moment où il est nécessaire. La rotation régulière du stock — c’est-à-dire l’utilisation périodique du carburant stocké et son remplacement par du carburant frais — est une pratique simple qui garantit la fraîcheur de la réserve.
Une approche pratique consiste à intégrer le carburant stocké dans les usages courants : vider les bidons de réserve dans le réservoir du véhicule ou du générateur, puis remplir de nouveau avec du carburant frais traité à l’additif. Une rotation annuelle est suffisante pour la plupart des carburants bien traités.
Repère saisonnier utile : Au Québec, la composition de l’essence varie selon la saison — les mélanges hivernaux contiennent davantage de composés volatils pour faciliter les démarrages par temps froid. Acheter et traiter le carburant en début d’hiver (novembre-décembre), puis le renouveler un an plus tard, permet de bénéficier de ce mélange hivernal tout au long de l’année de stockage.
Synthèse
Une réserve de carburant bien constituée et correctement entretenue représente un maillon discret mais efficace d’une stratégie d’autonomie énergétique. Les démarches impliquées — choix du contenant, traitement à l’additif, conditions de stockage, rotation annuelle — sont accessibles et peu coûteuses comparées à l’investissement dans un générateur lui-même.
L’essentiel est de partir d’une réserve modeste et réaliste, de la maintenir en bon état, et de l’ajuster progressivement selon les besoins réels du foyer.
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Questions fréquentes
Peut-on stocker du carburant dans un sous-sol ?
Ce n’est généralement pas recommandé. Les vapeurs d’hydrocarbures sont plus lourdes que l’air et s’accumulent au niveau du sol — dans un sous-sol, elles n’ont nulle part où se dissiper. En cas de source d’ignition (chauffe-eau, lumière, interrupteur), le risque d’explosion est réel. Un hangar extérieur ventilé reste l’option la plus sécuritaire pour le stockage domestique.
Combien de temps peut-on stocker de l’essence avec du STA-BIL ?
Avec STA-BIL et dans de bonnes conditions de stockage (espace frais, contenant hermétique), une durée de 12 à 24 mois est généralement réaliste. Au-delà, les résultats sont variables selon la qualité initiale du carburant, les conditions de stockage et le respect des dosages. Une rotation annuelle reste la pratique la plus fiable pour garantir la qualité du stock.
Y a-t-il une limite légale à la quantité de carburant qu’on peut stocker chez soi au Québec ?
Oui. La réglementation québécoise sur les matières dangereuses encadre le stockage d’hydrocarbures à usage domestique. Les seuils varient selon le type de carburant et le type de contenant. À titre indicatif, le stockage de moins de 100 litres d’essence en bidons homologués est généralement permis dans un espace extérieur approprié, mais il est recommandé de vérifier auprès de sa municipalité et de son assureur, car des restrictions supplémentaires peuvent s’appliquer localement.
Le diesel se conserve-t-il mieux que l’essence ?
En conditions fraîches et dans un contenant hermétique, le diesel non traité se conserve généralement un peu plus longtemps que l’essence (6 à 12 mois contre 3 à 6 mois). Cependant, il est davantage sujet à la formation de sédiments et de gommes en vieillissant, ce qui peut affecter les filtres et les injecteurs. L’usage d’un additif comme PRI-D est particulièrement recommandé pour le diesel destiné à un stockage prolongé.






