Filmer, fuir ou aider ? Nos réflexes en situation d’urgence

Par Le citoyen prévoyant - Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Filmer, fuir ou aider Nos réflexes en situation d’urgence
Filmer, fuir ou aider Nos réflexes en situation d’urgence

Face à une urgence réelle, certaines personnes filment. D’autres fuient. D’autres encore aident. Ce réflexe, souvent jugé trop vite, révèle surtout une chose : notre niveau de préparation mentale et pratique.

Avant toute chose : le respect.
Cet article vise à tirer des enseignements utiles pour la sécurité du public et la préparation citoyenne. Il ne minimise jamais la douleur des victimes ni la gravité des événements.

Contexte : pourquoi cet événement nous interpelle

La tragédie survenue à Crans-Montana (incendie au bar « Le Constellation », dans la nuit du Nouvel An 2026) a rappelé à quel point une urgence peut basculer vite, et combien nos comportements deviennent parfois imprévisibles sous stress.

Dans ce type d’événement, on observe souvent des réactions contrastées : certains cherchent immédiatement une sortie, d’autres restent figés, d’autres tentent d’aider, et certains… filment. Plutôt que de moraliser à chaud, il est plus utile de comprendre ce que cela révèle sur nos réflexes, et comment les améliorer.

À retenir
En situation d’urgence, le cerveau cherche d’abord à “comprendre ce qui se passe” avant d’agir. Sans repères intégrés à l’avance, la sidération et l’imitation sociale prennent le dessus.

Filmer n’est pas toujours un “choix” conscient

Filmer n’est pas automatiquement synonyme d’indifférence, de cynisme ou de recherche de visibilité. Dans un stress aigu, plusieurs mécanismes psychologiques peuvent conduire à tenir un téléphone comme on tiendrait une bouée : un objet familier, immédiatement disponible, qui donne l’illusion d’agir.

1) Sidération

Le cerveau “freeze”

Le danger est soudain, l’information est confuse, le cerveau se fige. Il cherche un repère connu. Le téléphone, objet du quotidien, devient un réflexe automatique. Filmer donne une impression de contrôle, même si ce n’est pas l’action la plus utile.

2) Déni temporaire

Créer une distance avec la réalité

Filmer peut “mettre l’événement à distance”. On observe la scène au lieu de s’y confronter pleinement. C’est une stratégie inconsciente de protection psychologique : tant que je filme, je ne suis pas “dans” l’événement.

3) Effet de foule

L’inaction devient contagieuse

Sans leadership visible, sans consignes claires et sans signaux structurants, le comportement passif se propage. Si plusieurs personnes restent, d’autres restent. Si plusieurs filment, d’autres filment.

Le vrai problème : l’absence de préparation

Le téléphone n’est qu’un symptôme. Le véritable problème est généralement ailleurs : une culture de sécurité insuffisante, des réflexes d’urgence peu intégrés, une méconnaissance des priorités vitales, et parfois un manque d’outils simples pour guider l’action.

Point clé
Quand tout devient confus, on retombe sur ce qui a été répété, pratiqué et mémorisé. Sans répétition, on improvise. Et l’improvisation coûte du temps.

L’ordre des priorités en urgence : simple, mais vital

Dans un incendie (ou toute urgence à danger immédiat), l’ordre des actions doit être clair dans la tête, parce que le stress réduit notre capacité à raisonner finement.

  1. Se protéger : évaluer rapidement le danger direct (fumée, chaleur, mouvement de foule, obstacles).
  2. Évacuer si possible : sortir sans s’exposer inutilement, suivre les issues, éviter de remonter vers la fumée.
  3. Alerter : donner l’information utile (où, quoi, combien, dangers) dès que vous êtes en sécurité.
  4. Aider : uniquement si vous ne vous mettez pas en danger (sinon, vous devenez une victime de plus).

Règle d’or
Aider ne signifie pas se sacrifier. On aide quand on est soi-même en sécurité, sinon on aggrave la situation.

Effet de foule : pourquoi on cherche un “coupable” tout de suite

Après le choc vient souvent un autre réflexe humain : désigner rapidement un responsable. Comme si nommer un coupable pouvait apaiser la colère, donner un sens à l’inacceptable, et refermer la blessure.

Pourtant, accuser à chaud améliore rarement la prévention. Ce qui améliore réellement la prévention, c’est : comprendre les facteurs (organisation, issues, comportements, communication), documenter, corriger, former, tester.

Transformer l’émotion en action utile

La vraie question n’est pas “Pourquoi filment-ils ?”. La vraie question est : leur a-t-on appris quoi faire à la place, et l’ont-ils pratiqué ?

Pour les citoyens
L’objectif est de réduire la sidération avec des repères simples : scénario mental, priorités, plan de famille, routine de préparation en petites étapes.

Pour les entreprises et lieux publics
L’objectif est de réduire l’effet de foule : signalisation claire, consignes visibles, personnel formé, et exercices réalistes pour que le leadership apparaisse naturellement.

Mini-plan d’action (72 h) pour ancrer les bons réflexes

Si vous voulez un “retour sur investissement” rapide, voici une approche simple, sans paranoïa, qui vise surtout à gagner du temps et de la clarté le jour où ça compte.

Plan express — 6 actions concrètes

  1. Choisir 2 scénarios : incendie en lieu public + panne prolongée à domicile.
  2. Écrire 1 page : “Si X arrive, on fait Y” (priorités, points de rencontre, qui appelle qui).
  3. Préparer le minimum : lampe, chargeur, trousse, eau, copie de documents essentiels.
  4. Faire 1 mini-exercice : 10 minutes (sortie, point de rassemblement, appel/texte).
  5. Répéter la hiérarchie : se protéger → évacuer → alerter → aider.
  6. Mettre à jour : une fois par saison (4 fois/an), pas plus.

Objectif : diminuer la sidération et gagner des minutes, pas “vivre dans la peur”.

FAQ

Est-ce que filmer est toujours “mal” ?

Non. Le problème n’est pas l’objet, c’est le timing et la priorité. Filmer au lieu d’évacuer ou d’alerter, dans une zone dangereuse, peut coûter cher. En sécurité, documenter peut parfois être utile, mais jamais au détriment des actions vitales.

Pourquoi des gens restent immobiles alors que le danger est évident ?

La sidération (freeze) et l’effet de foule sont puissants. Le cerveau veut comprendre avant d’agir, et il copie le comportement dominant autour de lui, surtout quand il n’y a pas de leadership clair.

Quelle est la meilleure “préparation psychologique” ?

La plus efficace est simple : répéter mentalement un scénario, connaître l’ordre des priorités, et faire de petits exercices réalistes. La répétition transforme un concept en réflexe.

Sources

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Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Mathieu Montaroux est un expert reconnu en préparation aux situations d’urgence, en sécurité civile et en planification d’évacuation au Québec. Fort de ses expériences dans les forces armées, comme paramedic et en tant qu’analyste et gestion de risques, il accompagne depuis plusieurs années les organisations, les familles et les citoyens dans l’amélioration de leur capacité de préparation et de résilience face aux crises. Il est le fondateur de Québec Preppers, une plateforme dédiée à la préparation citoyenne responsable, à l’autonomie fonctionnelle et à la réduction des impacts humains lors de situations d’urgence plausibles. Son approche repose sur la pédagogie, la mise en pratique progressive et l’adaptation au contexte réel, en conformité avec les cadres légaux et les bonnes pratiques en sécurité civile.
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