Un immeuble à grande hauteur en feu n’est pas une situation hypothétique réservée aux films catastrophe. Des incendies d’immeubles résidentiels surviennent chaque année dans les grandes villes francophones — Montréal, Paris, Lyon, Québec — avec des conséquences qui varient considérablement selon la réaction des occupants dans les premières minutes.
Au Québec, la réglementation du bâtiment impose des standards stricts aux immeubles de grande hauteur — systèmes de gicleurs, détecteurs de fumée, escaliers de secours pressurisés, plans d’évacuation affichés. En France, les immeubles de grande hauteur (IGH) font l’objet d’une réglementation spécifique depuis les années 1970, avec des exigences renforcées après plusieurs incendies meurtriers. Ces dispositifs existent — et ils fonctionnent mieux quand les occupants savent comment les utiliser.
Ce guide couvre les scénarios les plus fréquents dans un immeuble à grande hauteur : incendie dans l’immeuble, fumée dans les couloirs, blocage dans une cage d’escalier, et la situation particulièrement difficile des personnes à mobilité réduite lors d’une évacuation. Les principes s’appliquent aussi bien aux immeubles résidentiels qu’aux tours de bureaux.
La grande majorité des décès dans les incendies d’immeubles ne résultent pas des flammes mais de l’inhalation de fumée toxique — souvent dans des espaces où les occupants pensaient être à l’abri. Comprendre comment la fumée se propage dans un immeuble est la clé de toutes les décisions qui suivent.
Comprendre la dynamique d’un incendie en hauteur
Un immeuble à grande hauteur est un environnement qui amplifie certains risques liés au feu d’une façon que les occupants des étages bas n’anticipent pas toujours. La hauteur elle-même crée des conditions spécifiques.
L’effet de cheminée
La différence de pression entre l’air chaud intérieur et l’air froid extérieur crée un courant ascendant dans les cages d’escalier et les gaines techniques — l’effet de cheminée. Cet effet aspire la fumée vers le haut de l’immeuble, parfois plus vite que ne progressent les flammes elles-mêmes. Des occupants des étages supérieurs peuvent être exposés à une fumée dense alors que l’incendie se situe plusieurs dizaines d’étages plus bas.
Propagation verticale rapide
La fumée monte — toujours. Dans une cage d’escalier non pressurisée ou mal étanchée, elle peut atteindre les étages supérieurs en quelques minutes. Les escaliers pressurisés des immeubles modernes sont conçus pour maintenir une surpression qui empêche cette infiltration — mais leur efficacité dépend de la fermeture des portes coupe-feu à chaque palier.
Délai d’intervention des secours
Les pompiers intervenant dans un immeuble à grande hauteur mettent plus de temps à atteindre les étages élevés que lors d’un incendie de maison individuelle. Le déploiement des lances à incendie, la montée par les escaliers avec l’équipement, la coordination entre équipes — tout cela prend du temps. Les occupants des étages supérieurs peuvent se trouver seuls face à une situation dégradée pendant plusieurs minutes avant l’arrivée des secours à leur niveau.
Portes coupe-feu — le maillon critique
Les portes palières et les portes des cages d’escalier sont des éléments coupe-feu certifiés — elles peuvent résister au feu pendant 30 à 120 minutes selon leur classification. Leur efficacité est totalement annulée si elles restent ouvertes. Une porte coupe-feu maintenue ouverte par un cale-porte ou un objet quelconque transforme un couloir de sécurité en conduit de propagation de fumée et de chaleur.
Toxicité de la fumée
La fumée issue de la combustion de matériaux modernes — isolants synthétiques, mobilier, revêtements — contient des composés chimiques dont certains peuvent provoquer une perte de conscience en quelques inspirations à concentration élevée. La fumée visible n’est pas nécessairement la plus dangereuse — des gaz incolores comme le monoxyde de carbone peuvent saturer un espace avant que la fumée noire ne soit visible.
La stratégie d’évacuation versus confinement
Dans les immeubles de grande hauteur, la décision d’évacuer immédiatement ou de se confiner dans son appartement en attendant les secours n’est pas binaire — elle dépend de la localisation de l’incendie, de la présence de fumée dans les parties communes, et de l’étage occupé. Cette décision, idéalement guidée par les pompiers via le système de sonorisation de l’immeuble, peut aussi devoir être prise de façon autonome lorsque la situation évolue rapidement.
Les premières secondes : évaluer avant d’agir
Lors d’une alarme incendie dans un immeuble à grande hauteur, la première action n’est pas de courir vers la sortie — c’est d’évaluer la situation depuis sa position pour prendre la meilleure décision.
Le protocole d’évaluation en trois gestes
1. Toucher la porte
Avant d’ouvrir la porte de l’appartement ou de la pièce, poser le dos de la main sur le panneau et sur la poignée. Une porte chaude ou très chaude indique un incendie dans le couloir immédiat — ne pas ouvrir. Une porte froide ne garantit pas l’absence de fumée, mais permet une évaluation visuelle prudente.
2. Entrouvrir prudemment
Si la porte est froide, l’entrouvrir de quelques centimètres en se tenant sur le côté — pas face à l’ouverture. Observer le couloir : fumée visible ? odeur forte ? bruit de feu ? Si le couloir est dégagé, l’évacuation par les escaliers est possible. Si de la fumée est présente, évaluer sa densité et sa localisation.
3. Décider
Couloir dégagé → évacuation par les escaliers. Fumée légère dans le couloir mais escaliers accessibles → évacuation rapide en s’abaissant. Fumée dense ou porte chaude → confinement dans l’appartement et signalement aux pompiers. Feu visible dans le couloir → confinement immédiat sans hésitation.
Alerter les secours en premier : composer le 911 (QC) ou le 18 (FR) dès la détection d’un incendie — avant même d’évaluer la porte. Si chaque occupant attend que “quelqu’un d’autre” appelle, les secours sont alertés avec retard. Un double appel ne nuit pas ; un appel manqué peut coûter des minutes critiques.
Actions prioritaires selon la situation
Évacuation par les escaliers — couloir dégagé
C’est le scénario favorable — couloir sans fumée, escaliers accessibles. L’évacuation doit être rapide mais ordonnée.
Fermer — ne pas verrouiller — la porte de l’appartement derrière soi. Une porte fermée ralentit la propagation de la fumée et du feu dans les couloirs pendant 20 à 30 minutes supplémentaires. Prendre ses clés, son téléphone et un vêtement ou un tissu humide si possible — pas ses bagages, pas ses documents, pas ses objets de valeur.
Dans les escaliers, descendre en restant près de la rampe, en file, sans courir. La panique et la bousculade dans un escalier étroit sont une cause de blessures distincte de l’incendie lui-même. Si de la fumée commence à entrer dans la cage d’escalier en cours de descente, s’abaisser immédiatement — la fumée monte, l’air respirable est plus bas.
Règle absolue : ne jamais utiliser les ascenseurs lors d’un incendie. Les ascenseurs peuvent s’arrêter à l’étage en feu si leurs commandes sont affectées par la chaleur ou les dommages électriques. La cage d’ascenseur peut également servir de conduit de propagation de la fumée. Cette règle est valable même pour les personnes en bonne forme physique devant descendre de nombreux étages — les escaliers restent la seule voie d’évacuation sûre.
Choisir entre descendre et monter
Dans un immeuble à grande hauteur, la décision de descendre ou de monter dépend de la localisation de l’incendie. La règle générale est de descendre — vers la sortie au niveau du sol. Mais si l’incendie est situé aux étages inférieurs et que la fumée monte vers les escaliers en dessous, remonter vers les étages supérieurs et rejoindre le toit ou un étage refuge peut être une meilleure option.
Dans les immeubles disposant d’un système de sonorisation d’urgence — la majorité des IGH modernes au Québec et en France — les pompiers indiquent la direction d’évacuation recommandée. En l’absence de ces instructions, évaluer par soi-même en testant les escaliers dans les deux directions sur quelques étages avant de s’engager dans une direction complète.
Confinement — porte chaude ou fumée dense dans le couloir
Le confinement dans l’appartement est parfois la meilleure option — voire la seule option viable. Un appartement bien calfeutré peut résister à la fumée pendant 30 minutes à plusieurs heures selon la qualité de l’étanchéité.
Calfeutrer les interstices
Boucher le bas de la porte et tout interstice visible avec des tissus humides — serviettes, vêtements, draps. L’eau ralentit l’infiltration de la fumée par les espaces sous la porte. Fermer toutes les portes intérieures entre soi et la porte palière pour multiplier les barrières.
Signaler sa présence
Appeler le 911 (QC) ou le 18 (FR) pour signaler sa position exacte — numéro d’appartement, étage, côté du bâtiment. Se rendre à la fenêtre et signaler visuellement sa présence aux pompiers — agiter un tissu clair, utiliser la lumière du téléphone. Ne pas ouvrir les fenêtres si de la fumée extérieure est visible — cela peut aspirer la fumée vers l’intérieur.
Regard terrain : lors de l’incendie de la Tour Grenfell à Londres en 2017, les occupants qui avaient suivi la consigne initiale de “rester en place et attendre les secours” — consigne adaptée aux immeubles bien compartimentés — ont subi des conséquences dramatiques car l’incendie s’est propagé plus rapidement que prévu à l’ensemble de la façade. Ce cas illustre pourquoi le confinement n’est pas une décision passive — il nécessite une surveillance active de l’évolution de la situation et une réactivité immédiate si les conditions se dégradent dans l’appartement.
Traverser une zone enfumée
Parfois, la situation ne laisse pas le choix — traverser un couloir ou une cage d’escalier partiellement enfumé est nécessaire pour rejoindre une sortie ou un refuge. Cette traversée demande une technique spécifique.
S’abaisser sous le niveau de fumée
La fumée monte et se concentre en hauteur. À hauteur debout, la concentration de fumée peut être mortelle alors qu’à hauteur d’un genou ou du sol, l’air reste respirable. S’abaisser — à quatre pattes si nécessaire — et progresser ainsi vers la sortie. Cette position est inconfortable et lente, mais elle peut permettre de traverser une zone que la progression debout rendrait impossible.
Protéger les voies respiratoires
Un tissu humide plié en plusieurs épaisseurs et maintenu sur le nez et la bouche filtre une partie des particules et réduit l’irritation des voies respiratoires. Il ne filtre pas les gaz toxiques comme le monoxyde de carbone — mais il réduit la quantité totale de fumée inhalée et permet de rester conscient plus longtemps. Un tissu sec est préférable à aucun tissu.
Progresser en maintenant un contact tactile avec la paroi — repère de direction en cas de visibilité nulle. Compter les portes palières pour s’orienter. Tenir la poignée de la rampe dans les escaliers. Se déplacer rapidement mais sans courir — la panique dans l’obscurité et la fumée est une cause de chutes dans les escaliers.
Si les conditions deviennent intenables en cours de traversée : rebrousser chemin immédiatement et rejoindre l’appartement le plus proche accessible — frapper fort, crier, entrer. Ne pas continuer dans une direction qui devient irrespirable en espérant que les conditions s’améliorent plus loin — elles empirent généralement en direction du feu.
Les erreurs les plus fréquentes
Utiliser l’ascenseur
C’est l’erreur la plus documentée et la plus dangereuse lors d’un incendie en immeuble. L’ascenseur peut s’immobiliser à l’étage en feu, la cage peut se remplir de fumée, et les personnes bloquées dans la cabine se retrouvent dans un espace confiné sans issue. Cette règle ne souffre aucune exception — même pour les personnes physiquement capables de descendre par les escaliers et qui trouvent la perspective de nombreux étages décourageante.
Laisser les portes coupe-feu ouvertes
Une porte coupe-feu laissée ouverte lors de l’évacuation transforme les couloirs de sécurité en conduits de fumée. Fermer systématiquement les portes palières et les portes des cages d’escalier derrière soi — sans les verrouiller pour ne pas bloquer les autres occupants et les pompiers. Ce geste de quelques secondes peut protéger des dizaines de personnes.
Ouvrir sa porte sans l’avoir testée
Ouvrir brutalement une porte palière derrière laquelle un incendie fait rage peut provoquer un appel d’air qui intensifie le feu ou projette une bouffée de chaleur et de fumée dans l’appartement. Le test de la porte — dos de la main sur le panneau et la poignée, ouverture prudente en se tenant sur le côté — prend cinq secondes et peut éviter une brûlure grave ou une intoxication immédiate.
Retourner chercher des affaires
Identique aux autres scénarios d’évacuation — mais particulièrement documenté dans les incendies d’immeubles, où des occupants évacués retournent chercher des animaux de compagnie, des documents ou des objets personnels dans un environnement déjà dégradé. Les quelques minutes gagnées sur l’évacuation initiale ne valent jamais le risque d’un retour dans un immeuble en feu.
Se cacher dans les toilettes ou la salle de bain
Chercher un refuge dans une pièce humide est parfois pertinent — mais se calfeutrer dans des toilettes sans fenêtre, sans moyen de signaler sa présence et sans possibilité d’être vu des secours crée une situation de confinement invisible. Le refuge doit toujours inclure une capacité de signalisation — fenêtre, communication téléphonique — pour que les pompiers puissent vous localiser.
Négliger les exercices d’évacuation
Les exercices d’évacuation dans les immeubles de bureaux sont souvent perçus comme une interruption de travail peu utile. Ils permettent pourtant de mémoriser le chemin vers les escaliers de secours, d’identifier les sorties alternatives, et de comprendre le système de sonorisation d’urgence spécifique au bâtiment. Ces informations, intégrées sans urgence lors d’un exercice, peuvent être mobilisées automatiquement lors d’un incident réel.
Personnes à mobilité réduite : une situation à part entière
L’évacuation d’un immeuble à grande hauteur pose des défis spécifiques aux personnes dont la mobilité est réduite — fauteuil roulant, béquilles, difficultés de déplacement liées à l’âge ou à une condition médicale. Ces personnes ne peuvent généralement pas être ignorées dans une planification d’évacuation sérieuse.
Les espaces d’attente sécurisés (EAS)
Les immeubles de grande hauteur modernes au Québec et en France disposent d’espaces d’attente sécurisés — des zones protégées, généralement à chaque palier des cages d’escalier de secours, conçues pour accueillir les personnes ne pouvant pas descendre par leurs propres moyens. Ces espaces sont résistants au feu, ventilés, équipés d’un système de communication avec les pompiers. S’y rendre et y attendre les secours est la procédure adaptée pour les personnes à mobilité réduite lors d’un incendie.
À faire dès l’emménagement : si vous avez une mobilité réduite ou si vous vivez avec une personne à mobilité réduite, identifier l’espace d’attente sécurisé le plus proche de votre appartement. Vérifier qu’il est accessible depuis votre étage et que le système de communication fonctionne. Informer les gardiens ou le gestionnaire de l’immeuble de votre présence et de votre situation — cette information peut déclencher une intervention prioritaire des pompiers lors d’un incident.
Le rôle des voisins et des collègues
Lors d’une évacuation, les voisins des personnes à mobilité réduite peuvent jouer un rôle utile — non pas en tentant de les transporter dans les escaliers, ce qui expose les deux parties à des blessures, mais en les accompagnant jusqu’à l’espace d’attente sécurisé et en informant les pompiers de leur localisation précise à l’arrivée. Cette coordination, discutée à l’avance entre voisins, est infiniment plus efficace qu’une improvisation lors de l’urgence.
Le transport dans les escaliers — avec précaution
Si un espace d’attente sécurisé est absent ou inaccessible et que la situation impose une évacuation immédiate, le transport dans les escaliers d’une personne à mobilité réduite peut être nécessaire. Des chaises d’évacuation — équipements spécifiques permettant de descendre un fauteuil roulant ou une personne dans les escaliers — sont présentes dans certains immeubles. En leur absence, deux personnes valides peuvent soutenir une personne debout ou la transporter assis sur une chaise légère sur laquelle elle s’est elle-même installée. Ne jamais tenter de transporter une personne dans un fauteuil roulant standard dans des escaliers — le risque de chute est très élevé.
Et avec des enfants ?
Dans un immeuble résidentiel, les enfants peuvent se trouver seuls dans un appartement lors d’un incident — retour de l’école avant les parents, surveillance d’un aîné. Quelques points spécifiques à anticiper.
Les enfants capables de se déplacer seuls — à partir de 8-10 ans — peuvent évacuer un immeuble de façon autonome s’ils en connaissent la procédure. Leur montrer le chemin vers les escaliers de secours, leur expliquer la règle de ne jamais utiliser l’ascenseur lors d’une alarme, et leur donner le numéro d’urgence à appeler sont des informations qui s’intègrent naturellement dans une conversation sans être anxiogènes.
Pour les enfants en bas âge, la question est celle de leur transport lors de l’évacuation — un enfant de moins de 3 ans ne peut pas descendre de nombreux étages de façon autonome. Anticiper cette contrainte dans la préparation : où est le porte-bébé ou la solution de portage disponible rapidement en cas d’urgence nocturne ?
Le point de rendez-vous extérieur : établir avec les enfants un point de rendez-vous à l’extérieur de l’immeuble — une intersection, un repère fixe visible depuis la sortie — pour se retrouver si l’évacuation sépare la famille. Ce point de rendez-vous, connu de tous, évite les retours dans le bâtiment pour chercher quelqu’un qui a déjà été évacué par une autre sortie.
Après l’évacuation
Rester à distance et ne pas retourner
Une fois évacué, s’éloigner de l’immeuble de la distance indiquée par les pompiers — généralement plusieurs dizaines de mètres — et ne pas retourner à l’intérieur sans autorisation explicite des secours. Les retours non autorisés pour récupérer des affaires ou des animaux de compagnie créent des risques pour les occupants et pour les pompiers qui doivent les localiser.
Se signaler aux secours
Se regrouper au point de rassemblement désigné — indiqué dans le plan d’évacuation de l’immeuble ou désigné par les pompiers sur place — et se signaler à l’agent de sécurité ou au responsable d’évacuation si l’immeuble en dispose. Signaler immédiatement la présence éventuelle de personnes toujours à l’intérieur — leur localisation précise permet aux pompiers d’orienter leur intervention.
Soins médicaux post-exposition à la fumée
Une inhalation de fumée, même brève, peut avoir des effets différés — irritation des voies respiratoires, toux persistante, difficultés respiratoires dans les heures suivantes. Ces symptômes justifient une évaluation médicale, particulièrement pour les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant de conditions respiratoires préexistantes. Une exposition au monoxyde de carbone sans symptômes immédiats peut également se manifester avec un délai — maux de tête, nausées, fatigue inhabituels après un incident méritent une consultation.
Préparation simple avant qu’un incident survienne
À l’emménagement ou dès aujourd’hui
- Localiser les deux escaliers de secours les plus proches de son appartement ou de son bureau — pas seulement l’escalier principal
- Compter le nombre de portes palières entre son appartement et les escaliers — repère tactile en cas d’obscurité
- Identifier l’espace d’attente sécurisé le plus proche — pertinent pour soi et pour les voisins à mobilité réduite
- Lire le plan d’évacuation affiché dans le couloir — il contient des informations spécifiques au bâtiment
- Vérifier que les détecteurs de fumée de l’appartement fonctionnent
Préparation pratique
- Avoir une lampe de poche ou une frontale accessible rapidement — les coupures d’électricité lors d’incendies sont fréquentes
- Garder des vêtements et des chaussures à portée de main la nuit — une évacuation nocturne en pyjama et pieds nus sur un escalier de béton est une difficulté supplémentaire
- Établir un point de rendez-vous extérieur connu de tous les membres du foyer
- Connaître les numéros d’urgence disponibles hors connexion : 911 (QC), 18 pompiers (FR), 112 (international)
La préparation la plus simple et la plus efficace : faire une fois le trajet depuis son appartement jusqu’à la sortie de l’immeuble par les escaliers de secours — en comptant les étages, les portes et les repères visuels. Ce trajet, mémorisé une fois en conditions normales, peut être reproduit en conditions dégradées. Il prend cinq minutes et n’a besoin d’être fait qu’une seule fois par étage.
À retenir
Évacuation d’immeuble à grande hauteur — les réflexes essentiels :
- ✔ Alerter les secours immédiatement : 911 (QC) / 18 (FR)
- ✔ Tester la porte avant d’ouvrir — dos de la main sur le panneau et la poignée
- ✔ Couloir dégagé → escaliers de secours, en descendant, portes fermées derrière soi
- ✔ Fumée dense ou porte chaude → confinement, calfeutrage, signalement aux pompiers
- ✔ En cas d’évacuation par escalier enfumé : s’abaisser, tissu sur le nez, contact avec la paroi
- ✔ Fermer toutes les portes coupe-feu derrière soi lors de l’évacuation
- ✔ PMR : se rendre à l’espace d’attente sécurisé et signaler sa position aux pompiers
- ✔ Point de rendez-vous extérieur connu de tous avant tout incident
Ne jamais :
- ✘ Utiliser l’ascenseur — en aucune circonstance lors d’un incendie
- ✘ Laisser les portes coupe-feu ouvertes derrière soi
- ✘ Ouvrir une porte palière sans l’avoir testée
- ✘ Retourner dans l’immeuble sans autorisation des pompiers
- ✘ Se confiner dans une pièce sans moyen de signaler sa présence
Questions fréquentes
Est-il toujours préférable d’évacuer ou parfois mieux de rester dans son appartement ?
Les deux options sont valides selon la situation — ce n’est pas une règle absolue. L’évacuation est préférable si le couloir est dégagé, si l’incendie est proche et progressif, ou si les pompiers l’ordonnent via le système de sonorisation. Le confinement est préférable si la porte est chaude, si la fumée est dense dans le couloir, si l’incendie est situé entre soi et la sortie, ou si une personne du foyer ne peut pas évacuer par ses propres moyens. Le confinement n’est pas une capitulation — c’est une stratégie active qui nécessite de calfeutrer, de signaler sa présence et de surveiller l’évolution de la situation dans l’appartement.
Combien de temps une porte d’appartement résiste-t-elle au feu ?
Les portes palières des immeubles modernes sont classifiées coupe-feu selon leur durée de résistance — généralement 30 minutes (CF 30) ou 60 minutes (CF 60) dans les immeubles résidentiels. Les portes des immeubles de grande hauteur peuvent être classifiées pour des durées supérieures. Cette résistance est mesurée porte fermée et dans un état d’entretien normal — une porte dont les joints intumescents sont dégradés ou dont le ferme-porte est défectueux offre une résistance significativement réduite. Signaler à la régie ou au gestionnaire de l’immeuble toute porte dont les joints ou le ferme-porte semblent endommagés.
Que faire si la cage d’escalier est enfumée à mi-descente et qu’il est impossible de rebrousser chemin ?
S’abaisser immédiatement sous le niveau de fumée et continuer la descente à quatre pattes si nécessaire, en maintenant le contact avec la rampe. Si la fumée devient intenable avant d’atteindre la sortie, entrer dans le couloir du palier le plus proche, frapper aux portes et se signaler. Ne jamais continuer dans une direction où la fumée est si dense qu’elle provoque une perte de vision ou une irritation respiratoire immédiate intense — l’incapacitation peut survenir en quelques secondes dans ce cas. Trouver un appartement accessible, calfeutrer, appeler les secours avec la position exacte.
Que faire si l’alarme incendie se déclenche de nuit ?
Une alarme nocturne est statistiquement plus difficile à gérer — désorientation, enfants à réveiller, obscurité. La préparation préalable est particulièrement utile ici : avoir les chaussures et un vêtement chaud à portée de main, connaître le chemin vers les escaliers par cœur, avoir une lampe accessible. La première action reste de tester la porte avant de l’ouvrir — une alarme déclenchée n’indique pas nécessairement que le feu est proche de votre appartement. Composer le 911 (QC) ou le 18 (FR) pour obtenir des informations sur la localisation de l’incident avant de prendre une décision d’évacuation.
Les immeubles résidentiels québécois et français sont-ils soumis aux mêmes règles ?
Les deux pays disposent de réglementations spécifiques aux immeubles de grande hauteur — la classification IGH en France et les dispositions du Code national du bâtiment au Canada. Les exigences varient dans leurs détails mais convergent sur les principes fondamentaux : escaliers de secours pressurisés, portes coupe-feu, systèmes de détection et d’extinction, plans d’évacuation affichés. Les immeubles anciens, antérieurs aux réglementations modernes, peuvent présenter des configurations différentes — les occupants de ces immeubles ont d’autant plus intérêt à connaître les spécificités de leur bâtiment et à s’informer auprès du gestionnaire sur les équipements de sécurité disponibles.
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