Communication d’urgence : rester en contact quand les réseaux tombent

Par Le citoyen prévoyant - Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Comment rester en contact avec vos proches
Comment rester en contact avec vos proches

Lors d’une urgence majeure, l’un des premiers réflexes est de chercher à joindre ses proches. C’est aussi, précisément, le moment où les réseaux cellulaires et Internet risquent le plus d’être saturés ou hors service. Comprendre cette réalité avant qu’elle se produise, c’est déjà une forme de préparation.

Pourquoi les réseaux tombent exactement quand on en a le plus besoin

La saturation des réseaux lors d’une catastrophe n’est pas une hypothèse théorique. C’est un phénomène documenté et prévisible. Lors de tout événement majeur — tremblement de terre, tempête de verglas, panne électrique généralisée, inondation — des millions de personnes tentent simultanément de joindre leurs proches. Le réseau cellulaire, conçu pour absorber une charge habituelle, ne peut pas gérer ce pic brutal.

Communication d'urgence entre proches lors d'une crise

Les opérateurs ont renforcé leurs infrastructures au fil des ans, mais leurs capacités restent dimensionnées pour un usage normal, pas pour un afflux massif et simultané. À titre d’exemple, les nuits du 31 décembre génèrent régulièrement des congestions momentanées — et il s’agit là d’un événement parfaitement prévisible. Un scénario de crise réelle est bien plus imprévisible dans son ampleur et sa durée.

Une panne peut durer quelques heures ou plusieurs jours selon la nature de l’événement. Les infrastructures de télécommunication sont souvent parmi les premières touchées et parmi les dernières à être pleinement rétablies. Planifier en partant du principe que le réseau sera disponible est un pari risqué.

Étape 1 — Établir un plan de communication familial

Un plan de communication familial est l’une des mesures les plus simples et les plus efficaces qu’un foyer puisse mettre en place. Il ne requiert aucun équipement particulier et prend moins d’une heure à préparer.

Désigner des contacts de référence

Choisissez deux ou trois personnes que chaque membre de la famille peut contacter en cas d’urgence. Idéalement, au moins l’un de ces contacts devrait résider à l’extérieur de la région susceptible d’être affectée. En situation de crise locale, il est souvent plus facile d’établir une communication longue distance qu’un appel à l’intérieur de la zone touchée. Ce contact extérieur peut servir de relais d’information entre les membres de la famille dispersés.

Définir un point de rencontre physique

Si toute communication électronique échoue, un lieu de rendez-vous connu de tous est essentiel. Ce point de rencontre devrait être :

  • connu de chaque membre de la famille, enfants inclus ;
  • facilement accessible à pied si nécessaire ;
  • idéalement situé à l’extérieur du domicile, dans un espace public reconnaissable ;
  • accompagné d’un point de rencontre secondaire en cas d’impossibilité d’atteindre le premier.

S’assurer que l’information est mémorisée et disponible hors ligne

Un numéro de téléphone enregistré uniquement dans un téléphone intelligent devient inutile si la batterie est à plat ou si l’appareil est perdu. Les numéros essentiels devraient être mémorisés — ou à défaut, inscrits sur un support physique que chaque membre de la famille conserve avec lui.

Étape 2 — Préparer une fiche d’urgence personnelle

En situation de crise, une personne peut se retrouver seule, blessée, ou incapable de communiquer verbalement. Une fiche d’urgence personnelle — simple document papier — peut alors faire une différence concrète.

Fiche d’urgence personnelle : document physique contenant les informations essentielles d’identification, de contact et de santé d’une personne, à conserver sur soi en tout temps.

Cette fiche devrait inclure au minimum :

  • Nom complet et date de naissance ;
  • Adresse du domicile et numéro de téléphone ;
  • Adresse du lieu de travail ou de l’école et numéro de téléphone ;
  • Nom, numéro et adresse d’un ou deux proches à contacter ;
  • Contact hors région — nom, numéro et adresse ;
  • Informations médicales essentielles : groupe sanguin, allergies, traitements en cours, conditions particulières.

Cette fiche est particulièrement importante pour les enfants, les personnes âgées, les personnes ayant des conditions médicales spécifiques ou toute personne susceptible de se trouver seule en situation d’urgence. Elle devrait être plastifiée ou protégée de l’humidité et conservée dans un portefeuille, un sac à dos ou une trousse d’urgence.

Étape 3 — Explorer les alternatives de communication

Lorsque les réseaux cellulaires et Internet sont indisponibles, plusieurs options permettent de maintenir un lien. Ces alternatives ne sont pas interchangeables : chacune a ses avantages, ses limites et ses contextes d’utilisation appropriés.

Radios bidirectionnelles (talkie-walkie)

Les modèles actuels offrent une portée beaucoup plus élevée que les versions d’il y a vingt ans. En zone dégagée et sans obstacles, certains atteignent théoriquement plusieurs dizaines de kilomètres. En pratique, en milieu urbain ou forestier, la portée réelle est nettement plus courte — quelques kilomètres étant une estimation plus réaliste dans la plupart des environnements. Ces appareils ne nécessitent aucune infrastructure externe et fonctionnent tant que les piles sont chargées. Utiles pour la coordination à courte distance entre membres d’un même groupe ou foyer.

Radio CB (Citizen Band)

Utilisée depuis des décennies par des communautés d’amateurs et dans le milieu du transport, la radio CB permet une communication sans dépendance aux opérateurs téléphoniques. Une unité fixe installée au domicile peut atteindre une portée fiable d’une cinquantaine de kilomètres dans des conditions normales, parfois davantage selon les conditions atmosphériques. Il existe aussi des modèles portables et des modèles pour véhicule. L’obtention d’un certificat d’opérateur radio amateur (licence HAM) au Canada permet d’accéder à des fréquences et des puissances supplémentaires pour les communications longue distance.

Téléphone fixe filaire

La majorité des téléphones fixes utilisés aujourd’hui sont sans fil et dépendent du courant électrique pour fonctionner. En cas de panne de courant, ils deviennent inutilisables. Un téléphone à cadran ou un téléphone filaire classique, branché directement dans la prise téléphonique murale, peut continuer à fonctionner si les lignes téléphoniques physiques sont intactes — ce qui n’est pas garanti, mais reste possible dans certains scénarios. Cette solution, peu coûteuse, peut s’avérer utile comme filet de sécurité complémentaire.

Tableaux d’affichage physiques

Cette méthode ne nécessite aucune technologie. En convenant à l’avance de deux ou trois lieux d’affichage publics connus de votre réseau proche — entrée d’une bibliothèque, mairie, épicerie de quartier — chaque membre peut laisser un message écrit indiquant sa situation, son emplacement ou ses intentions. Simple, résilient, et efficace dans les contextes où toute communication électronique est impossible. Cette approche demande uniquement une entente préalable et un peu d’organisation.

Étape 4 — Maintenir une capacité de communication minimale par SMS

Dans de nombreuses situations de saturation réseau, les SMS passent encore lorsque les appels vocaux ne passent plus. Les messages texte consomment une bande passante nettement plus faible et ont une meilleure capacité à transiter même sur un réseau congestionné.

À retenir : si vous ne pouvez pas passer un appel vocal, essayez d’abord un SMS. Cette simple habitude peut faire la différence lors d’un événement où les lignes sont saturées mais pas totalement hors service.

Certains opérateurs offrent également la possibilité d’envoyer et de recevoir des courriels via des passerelles SMS lorsque la connectivité Internet est absente mais que le réseau cellulaire de base reste partiellement opérationnel. Les configurations spécifiques varient selon les opérateurs et les appareils, et ces paramètres doivent être configurés avant qu’une crise survienne. Une vérification auprès de votre opérateur actuel est recommandée pour connaître les options disponibles sur votre forfait.

Les informations techniques précises sur les passerelles SMS varient selon les opérateurs, les appareils et les années. Les configurations mentionnées dans des articles plus anciens peuvent ne plus correspondre aux pratiques actuelles. Vérifiez directement auprès de votre opérateur (Telus, Bell, Rogers, Vidéotron, etc.) les options disponibles sur votre forfait avant tout événement.

Construire le plan : par où commencer concrètement

Un plan de communication d’urgence n’a pas besoin d’être complexe pour être efficace. La priorité est qu’il soit connu de tous les membres du foyer et testé au moins une fois avant d’en avoir besoin.

  1. Établissez la liste de vos contacts d’urgence (2 à 3 personnes, dont au moins une hors région) et partagez-la avec tous les membres de votre foyer.
  2. Définissez deux points de rencontre physiques — un proche du domicile, un plus éloigné — et assurez-vous que tout le monde les connaît.
  3. Préparez une fiche d’urgence personnelle pour chaque membre de la famille. Plastifiez-la. Intégrez-la à un portefeuille ou à un sac d’urgence.
  4. Évaluez les alternatives de communication adaptées à votre contexte (radio bidirectionnelle pour les déplacements, radio CB pour la maison, téléphone filaire comme filet de sécurité).
  5. Activez les paramètres SMS pertinents sur vos appareils et vérifiez les options disponibles auprès de votre opérateur.
  6. Testez votre plan une fois par an, idéalement en famille, pour vous assurer que tout fonctionne et que chacun connaît les procédures.

Points de vigilance

  • La portée annoncée des radios bidirectionnelles correspond à des conditions idéales (terrain dégagé, absence d’obstacles). En milieu urbain ou forestier, la portée réelle est considérablement réduite. Testez vos appareils dans votre environnement réel avant de compter dessus.
  • Un plan non communiqué est inutile. Tous les membres du foyer — enfants compris — doivent connaître le plan, les contacts et les points de rencontre. Une information que vous seul possédez ne sert à rien si vous êtes la personne injoignable.
  • Les piles et les batteries. Les radios bidirectionnelles et autres appareils de communication dépendent de leur alimentation. Prévoyez des piles de rechange ou des batteries rechargeables, idéalement avec un moyen de les recharger sans réseau électrique (panneau solaire, manivelle).
  • La ligne téléphonique fixe n’est pas garantie en cas de catastrophe physique affectant les infrastructures au sol. Elle représente une option complémentaire, pas une solution principale.

Principe de base : un plan de communication d’urgence vise à réduire la dépendance immédiate à des infrastructures qui peuvent tomber en panne précisément au moment où on en a le plus besoin. Il ne remplace pas les services d’urgence — il permet de gagner du temps, de coordonner les proches et de prendre des décisions éclairées dans l’attente que les ressources collectives soient disponibles.

La communication d’urgence ne demande pas un investissement technologique important. Elle demande surtout de l’anticipation, une conversation en famille, et quelques décisions prises à l’avance. C’est l’une des mesures les plus accessibles — et les plus sous-estimées — de la préparation citoyenne.

Questions fréquentes

Faut-il une licence pour utiliser une radio CB au Canada ?

L’utilisation de la radio CB (bande citoyenne) au Canada ne nécessite généralement pas de licence individuelle pour les fréquences et puissances standard. En revanche, la radio amateur (HAM) requiert l’obtention d’un certificat délivré par Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE). Il est recommandé de vérifier la réglementation en vigueur auprès d’ISDE avant tout achat ou utilisation, car les règles peuvent évoluer.

Les SMS fonctionnent-ils toujours lors d’une panne de réseau ?

Pas nécessairement. Si le réseau est complètement hors service, aucune communication cellulaire n’est possible. Cependant, lors d’une saturation (trop d’appels simultanés mais réseau partiellement fonctionnel), les SMS ont une meilleure probabilité de passer que les appels vocaux, car ils consomment moins de bande passante et peuvent être mis en file d’attente.

À quel âge un enfant peut-il mémoriser un plan de communication d’urgence ?

La plupart des enfants peuvent mémoriser un numéro de téléphone et un point de rencontre dès l’âge de 6 à 7 ans avec un peu de pratique. Pour les enfants plus jeunes, une fiche d’urgence plastifiée dans leur sac à dos est une solution complémentaire. Des répétitions régulières, sous forme de jeu ou de simulation simple, facilitent la mémorisation.

Quelle est la différence entre une radio bidirectionnelle et une radio CB ?

Une radio bidirectionnelle (talkie-walkie) est généralement un appareil portable de faible puissance, conçu pour une communication à courte distance. Une radio CB utilise des fréquences réglementées (bande citoyenne) avec une puissance et une portée potentiellement plus élevées, notamment avec une antenne externe fixe. Les deux fonctionnent sans réseau cellulaire ni Internet, mais la radio CB offre généralement une portée plus grande et un accès à un réseau d’utilisateurs plus large.

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Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Mathieu Montaroux est un expert reconnu en préparation aux situations d’urgence, en sécurité civile et en planification d’évacuation au Québec. Fort de ses expériences dans les forces armées, comme paramedic et en tant qu’analyste et gestion de risques, il accompagne depuis plusieurs années les organisations, les familles et les citoyens dans l’amélioration de leur capacité de préparation et de résilience face aux crises. Il est le fondateur de Québec Preppers, une plateforme dédiée à la préparation citoyenne responsable, à l’autonomie fonctionnelle et à la réduction des impacts humains lors de situations d’urgence plausibles. Son approche repose sur la pédagogie, la mise en pratique progressive et l’adaptation au contexte réel, en conformité avec les cadres légaux et les bonnes pratiques en sécurité civile.
3 commentaires
  • Honnêtement?  Aucune idée et je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante encore.  Il faut que je remette ce sujet sur ma to-find/to do list.  Je n’ai pas de license pour les CB et j’ai que 2 petites émetteur-récepteur qui fonctionne à environ 200 pieds de distance.  Des idées?

  • Bonne question. 

    Mais il ne faut pas se limiter à 1 seule idée.

    Exemple: J’y vais avec en premier les cellulaires… 1 contact proche (voisin), 1 contact hors province, 1 contact hors pays…

    Avec ca on va trouver des places stratégique accessibles a pied par exemple… je laisse un message a l’eglise intel si on se perd de vu… etc…

    Pour la radio, on s apl toutes les heures durant 3 minutes…

     

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