Ce qu’il vaut mieux éviter en cas de catastrophe : 13 erreurs fréquentes

Par Le citoyen prévoyant - Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
14 Min Read
13 choses à NE PAS FAIRE en cas de catastrophe
13 choses à NE PAS FAIRE en cas de catastrophe

La préparation aux situations de crise se concentre souvent sur ce qu’il faut faire. Mais savoir ce qu’il vaut mieux éviter peut s’avérer tout aussi déterminant. Voici 13 erreurs fréquentes observées en contexte de catastrophe — et pourquoi les reconnaître à l’avance aide à prendre de meilleures décisions sous pression.

1. Céder à la panique

La peur est une réaction normale et même utile : elle signale un danger et mobilise les ressources du corps. La panique, en revanche, court-circuite la réflexion et entraîne des décisions précipitées qui peuvent aggraver la situation. C’est probablement l’un des facteurs les plus documentés dans les études sur le comportement humain en situation d’urgence.

En pratique, la panique se manifeste par de l’agitation désordonnée, des décisions incohérentes ou une paralysie complète. Reconnaître ce mécanisme à l’avance — et avoir un plan préétabli — permet de court-circuiter cette réaction avant qu’elle ne prenne le dessus. Une respiration lente et consciente, combinée à une liste d’actions connues à l’avance, est souvent suffisante pour maintenir un minimum de lucidité dans les premières minutes.

Principe fondamental : La préparation réduit la panique en donnant au cerveau un cadre d’action connu. Un plan simple et mémorisé vaut mieux qu’un plan parfait que personne ne connaît.

2. Rester figé devant l’écran

En situation de crise majeure, les médias d’information diffusent en continu. Les mises à jour se succèdent, souvent fragmentaires, parfois contradictoires. Il est facile de rester absorbé pendant des heures devant un écran, dans un état de sidération passive qui ressemble à de l’action mais n’en est pas.

Il est raisonnable de consacrer quelques minutes à comprendre la nature et l’étendue de la situation. Au-delà, le temps passé devant l’écran est du temps soustrait à l’action utile. Une fois la situation globale comprise, les priorités pratiques doivent prendre le dessus : eau, alimentation, sécurité, communications avec les proches.

Une radio à piles ou à manivelle reste un outil pertinent pour se tenir informé sans dépendre de l’électricité ni de la connexion internet.

3. Refuser toute aide extérieure

L’autonomie est une valeur centrale de la préparation citoyenne. Mais l’autonomie ne signifie pas l’isolement systématique ni le refus de toute ressource disponible. Dans certaines situations, les dispositifs d’aide d’urgence — qu’ils soient municipaux, provinciaux ou fédéraux — peuvent apporter des ressources réelles et utiles.

En pratique, tirer parti des ressources disponibles — y compris les ressources collectives — est une décision rationnelle. La logique de préparation n’est pas de tout assumer seul dans toutes les circonstances, mais de réduire la dépendance immédiate et de gagner du temps lorsque les ressources collectives sont sollicitées. Accepter de l’aide lorsqu’elle est pertinente ne remet pas en question la capacité d’un individu à prendre en charge sa propre résilience.

4. Fuir sans plan ni destination

L’évacuation est parfois la bonne décision. Mais partir sans destination, sans itinéraire et sans fournitures minimales transforme une décision de survie en une errance dangereuse. En milieu naturel, sans préparation, l’exposition aux éléments, la déshydratation et la déorientation peuvent rapidement aggraver une situation déjà critique.

Une évacuation bien pensée repose sur au moins trois éléments :

  • une destination identifiée à l’avance (chez un proche, un point de rassemblement, un lieu de repli) ;
  • un itinéraire connu, avec au moins une alternative ;
  • un sac d’évacuation contenant les essentiels pour tenir 72 heures minimum.

Sans ces bases, une fuite improvisée peut exposer à des risques supérieurs à ceux que l’on cherche à fuir.

5. Se rendre visible et menaçant

Dans les heures et les jours qui suivent une catastrophe, l’affichage ostentatoire d’armement ou d’équipement de combat dans l’espace public ne renforce pas la sécurité — il l’affaiblit. Une telle posture attire l’attention des autres civils en situation de stress, et peut entraîner des réactions imprévisibles de la part des forces de l’ordre ou de l’armée si elles sont déployées.

La discrétion est une stratégie de sécurité à part entière. Il vaut mieux passer inaperçu, conserver ses ressources et ses capacités de manière sobre, et intervenir uniquement lorsque la situation l’exige réellement. La visibilité non nécessaire est un risque, pas un avantage.

6. Se blâmer pour ce que l’on n’a pas fait

Face à une catastrophe, il est naturel de repenser aux décisions passées et d’identifier ce qui aurait pu être fait différemment. Cette réflexion a une valeur — mais seulement après la crise, pas pendant.

En situation active, l’énergie mentale consacrée à l’auto-reproche est de l’énergie soustraite à la résolution du problème présent. La question pertinente n’est pas « qu’est-ce que j’aurais dû faire ? » mais « qu’est-ce que je peux faire maintenant ? ». Le bilan viendra en temps utile.

7. Chercher des responsables à blâmer

La colère est une réaction compréhensible face à une situation perçue comme injuste ou évitable. Mais en situation de crise active, consacrer de l’énergie à désigner des responsables — qu’ils soient institutionnels, politiques ou autres — ne contribue pas à la résolution immédiate du problème.

Les analyses de cause, les responsabilités et les leçons à tirer ont leur place dans le processus de reconstruction. Pendant la phase critique, l’attention doit rester concentrée sur les priorités opérationnelles : sécurité, eau, communication, abri.

8. Recourir au vol ou à l’anarchie

Les situations de crise prolongées peuvent faire évoluer rapidement le comportement d’individus habituellement respectueux des règles. Le pillage et les comportements violents augmentent statistiquement dans les phases de désorganisation sociale qui suivent certaines catastrophes majeures.

Au-delà des implications éthiques, le recours au vol expose à des risques physiques très concrets : les propriétaires qui défendent leurs biens représentent un danger réel, et les forces de l’ordre maintiennent généralement une présence même en situation dégradée. Les risques sont considérablement supérieurs aux bénéfices potentiels.

La meilleure protection contre le manque de ressources en situation de crise reste la préparation préalable : des réserves constituées avant l’événement, et non cherchées en urgence au détriment d’autrui.

9. Courir au magasin au moment de la crise

Dès que l’information d’une catastrophe se propage, la réaction instinctive d’une grande partie de la population est de se rendre dans un commerce pour acheter des provisions. Le problème : tout le monde a la même idée au même moment.

Les conséquences concrètes de cette ruée sont bien documentées :

  • les rayons essentiels (eau, conserves, produits d’hygiène) sont vidés très rapidement ;
  • les files d’attente et la tension entre les personnes créent des situations potentiellement dangereuses ;
  • les déplacements pendant la phase critique exposent à des risques supplémentaires.

La logique de préparation répond précisément à ce problème : constituer des réserves avant qu’une crise ne survienne, pour ne pas avoir à les chercher lorsque tout le monde en manque simultanément.

10. Négliger ses besoins fondamentaux

L’état de crise pousse parfois à sacrifier le sommeil, les repas et l’hygiène au profit d’une hyperactivité qui semble plus utile. Cette logique est contre-productive : un organisme privé de sommeil, de nourriture ou d’hydratation voit ses capacités cognitives et physiques se dégrader rapidement.

Maintenir un minimum de routine — manger régulièrement, dormir suffisamment, maintenir une hygiène de base — n’est pas un luxe en situation de crise. C’est une condition pour rester opérationnel et prendre des décisions cohérentes sur la durée.

Alimentation

Maintenir des apports réguliers, même simplifiés. Les réserves alimentaires préparées à l’avance prennent tout leur sens ici.

Sommeil

Le manque de sommeil dégrade le jugement de manière significative. Des rotations de surveillance ou de veille permettent de maintenir des cycles de repos.

Hygiène

En situation prolongée, le maintien d’une hygiène de base réduit le risque d’infection et contribue au moral du groupe.

11. Ouvrir sa porte sans discernement

Cette situation est l’une des plus inconfortables sur le plan humain : refuser de l’aide à quelqu’un qui en demande. Et pourtant, dans une crise prolongée, la gestion des ressources disponibles impose des choix difficiles.

Il n’est pas question ici de défiance systématique ni d’indifférence. L’objectif est de maintenir la capacité de son propre groupe — famille, foyer, communauté immédiate — à traverser la crise. Partager des ressources sans discernement peut compromettre cette capacité.

Dans ce contexte, quelques points méritent d’être réfléchis à l’avance :

  • Quels sont les membres du groupe que vous vous engagez à soutenir quoi qu’il arrive ?
  • Quelles ressources peuvent être partagées sans mettre le groupe en danger ?
  • Comment gérer une demande d’aide sans créer de conflit ?
  • Quelles mesures de sécurité permettent de contrôler l’accès au domicile si nécessaire ?

Ces questions n’ont pas de réponse universelle. Elles gagnent à être posées avant la crise, et non dans l’urgence du moment.

12. Sombrer dans le désespoir

Une catastrophe majeure peut provoquer un sentiment de perte de contrôle profond, accompagné d’un découragement qui, dans les cas extrêmes, paralyse toute capacité d’action. Ce mécanisme est compréhensible, mais il est aussi l’un des plus dangereux en situation de survie.

La résilience psychologique n’est pas une qualité innée réservée à quelques-uns. Elle se cultive, notamment par la préparation mentale et la connaissance préalable des situations auxquelles on pourrait faire face. Savoir qu’une situation est temporaire, même lorsqu’elle est grave, et maintenir un objectif à court terme suffisamment concret sont deux ancrages efficaces contre le désespoir.

Dans les contextes de crise prolongée, le maintien d’un minimum de structure quotidienne — repas, tâches, communication avec les proches — contribue significativement à la stabilité psychologique.

13. Tenir sa famille dans l’ignorance

La tendance à vouloir protéger ses proches en leur cachant la gravité d’une situation est compréhensible. Mais elle produit souvent l’effet inverse : les membres du groupe qui ne comprennent pas ce qui se passe ne peuvent pas contribuer efficacement aux décisions et aux actions nécessaires.

Une communication claire et adaptée au niveau de compréhension de chacun — y compris des enfants, avec le bon langage — est une condition de la cohésion du groupe. Un foyer dans lequel chaque membre comprend la situation et son rôle est considérablement plus résilient qu’un foyer dans lequel une seule personne détient l’information.

Cela implique aussi, idéalement, d’avoir discuté de ces situations avant qu’elles ne surviennent : plan d’évacuation, rôles de chacun, point de rassemblement, gestes de base.

En résumé : des réflexes qui se préparent

La plupart des erreurs décrites ici ont un point commun : elles sont plus difficiles à éviter lorsqu’elles n’ont jamais été anticipées. La préparation citoyenne ne consiste pas uniquement à accumuler du matériel — elle inclut aussi la préparation mentale, la connaissance de ses propres réactions sous pression, et la mise en place de réflexes qui peuvent faire la différence dans les premières heures d’une crise.

Ce qui distingue souvent une personne préparée d’une personne non préparée dans les premières heures d’une catastrophe, ce n’est pas uniquement l’équipement — c’est la capacité à maintenir un cadre de décision malgré le stress et l’incertitude.

Partager cet article
Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
Suivre:
Mathieu Montaroux est un expert reconnu en préparation aux situations d’urgence, en sécurité civile et en planification d’évacuation au Québec. Fort de ses expériences dans les forces armées, comme paramedic et en tant qu’analyste et gestion de risques, il accompagne depuis plusieurs années les organisations, les familles et les citoyens dans l’amélioration de leur capacité de préparation et de résilience face aux crises. Il est le fondateur de Québec Preppers, une plateforme dédiée à la préparation citoyenne responsable, à l’autonomie fonctionnelle et à la réduction des impacts humains lors de situations d’urgence plausibles. Son approche repose sur la pédagogie, la mise en pratique progressive et l’adaptation au contexte réel, en conformité avec les cadres légaux et les bonnes pratiques en sécurité civile.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire