- Les données : ce que la pandémie a révélé
- Mécanismes d’amplification en situation de crise
- Reconnaître les formes de violence
- Pour les victimes : stratégies de sécurité
- Pour l’entourage : comment aider
- Pour les agresseurs : reconnaissance et responsabilité
- Après la crise : reconstruction et guérison
- Préparation préventive : reconnaître les dynamiques avant la crise
- Conclusion : briser le silence
- Ressources complètes — À conserver
⚠️ SI VOUS ÊTES EN DANGER IMMÉDIAT
Québec : Composez le 911 | SOS Violence conjugale : 1-800-363-9010 (24/7, confidentiel)
France : Composez le 17 ou 112 | Violences Femmes Info : 3919 (gratuit, anonyme)
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Les crises prolongées — pandémies, catastrophes naturelles, confinements — créent des conditions qui amplifient les tensions domestiques préexistantes. Cette réalité n’est pas théorique : les données collectées durant la pandémie de COVID-19 documentent une augmentation massive et constante des violences intrafamiliales dans tous les pays ayant imposé des mesures de confinement.
Ce sujet est presque absent de la littérature de préparation aux urgences. Cette absence est problématique. Elle suggère implicitement que “se préparer ensemble” renforce automatiquement les familles, que le stress partagé crée de la solidarité, que l’autonomie collective protège. Pour certaines familles, c’est vrai. Pour d’autres — un nombre statistiquement significatif — le confinement prolongé avec un partenaire violent ou des dynamiques familiales toxiques transforme le foyer en lieu de danger.
Cet article aborde frontalement cette réalité. Il s’adresse aux victimes de violence domestique qui pourraient se retrouver piégées lors d’une crise prolongée, aux témoins qui voudraient aider mais ne savent pas comment, et à toute personne qui se prépare honnêtement aux défis réels — pas seulement imaginés — des situations d’urgence.
Les données : ce que la pandémie a révélé
Augmentation documentée mondiale
La pandémie de COVID-19 a constitué, malgré la tragédie humaine qu’elle représente, une “expérience naturelle” à l’échelle mondiale sur les effets du confinement prolongé sur les dynamiques familiales.
Données internationales convergentes :
- L’ONU Femmes a documenté une augmentation des signalements de violence domestique dans tous les pays ayant imposé des confinements
- Dans plusieurs pays européens, les appels aux lignes d’aide pour violence conjugale ont augmenté de 30 à 60% durant les périodes de confinement strict
- Les services d’urgence ont rapporté une augmentation de la gravité des blessures présentées par les victimes
- Les meurtres conjugaux ont augmenté dans plusieurs juridictions durant les premières phases de confinement
Contexte québécois :
- SOS Violence conjugale a enregistré une augmentation de 22% des demandes d’aide entre mars et décembre 2020 comparé à la même période en 2019
- Les maisons d’hébergement ont rapporté une saturation complète de leurs capacités
- Les services de protection de la jeunesse ont documenté une augmentation des signalements une fois les écoles rouvertes — les enfants avaient été invisibles aux systèmes de détection durant le confinement
Contexte français :
- Les signalements au 3919 ont augmenté de 40% durant le premier confinement
- Les forces de l’ordre ont documenté une augmentation de 30% des interventions pour violence conjugale
- 121 féminicides ont été recensés en 2020, dont une proportion significative durant les périodes de confinement
Ces données sous-estiment probablement la réalité
Les statistiques officielles de violence domestique sont systématiquement des sous-estimations — la majorité des victimes ne signalent jamais la violence. En période de confinement, cette sous-déclaration s’amplifie : les victimes ont moins d’opportunités de signaler en sécurité, moins d’accès aux ressources d’aide, et vivent sous surveillance constante de l’agresseur.
Pourquoi ces augmentations ne sont pas surprenantes
La violence domestique n’est pas causée par le stress — elle est causée par un agresseur qui choisit la violence. Mais le confinement prolongé crée des conditions qui amplifient les dynamiques violentes préexistantes et réduisent simultanément les freins externes et les voies de sortie.
Mécanismes d’amplification en situation de crise
Facteurs structurels du confinement
Le confinement prolongé modifie fondamentalement la structure de la vie quotidienne de façons qui favorisent l’escalade de la violence.
Proximité constante :
En temps normal, les victimes ont des moments de répit — travail, sorties, visites. Le confinement élimine ces espaces de respiration. La présence constante de l’agresseur augmente les opportunités de contrôle et de violence.
Isolation sociale :
Les contacts avec la famille, les amis, les collègues — qui servent souvent de système d’alerte précoce et de soutien — sont réduits ou éliminés. Les victimes deviennent invisibles aux systèmes de détection habituels (école pour les enfants, milieu de travail pour les adultes).
Stress économique :
Les crises génèrent souvent pertes d’emploi, insécurité financière, difficultés matérielles. Ces stress ne causent pas la violence mais fournissent des prétextes à l’escalade et augmentent le contrôle économique exercé par l’agresseur.
Accès réduit aux ressources :
En situation de crise, les services d’aide peuvent être débordés, réduits ou inaccessibles. Les ressources d’hébergement peuvent être saturées. Les forces de l’ordre peuvent prioriser d’autres urgences. Les victimes sont conscientes de cette réalité, ce qui réduit leur propension à signaler.
Dynamiques psychologiques amplifiées
Sentiment de pouvoir accru de l’agresseur :
Le confinement crée un environnement où l’agresseur exerce un contrôle quasi-total sur l’environnement de la victime. Ce contrôle accru peut alimenter un sentiment de pouvoir et d’impunité.
Anxiété et sentiment d’impuissance de la victime :
La conscience d’être piégée sans échappatoire accessible génère une anxiété qui peut paralyser la capacité d’action. Le sentiment que “personne ne peut m’aider maintenant” réduit les demandes d’aide.
Normalisation progressive :
L’exposition prolongée à la violence peut mener à une normalisation progressive — “c’est normal vu le stress”, “tout le monde vit ça en confinement”, “ça passera quand la crise sera terminée”.
L’utilisation de la crise comme outil de contrôle
Les agresseurs peuvent instrumentaliser activement la situation de crise pour renforcer leur contrôle.
Tactiques documentées :
- Utilisation de la peur de la maladie pour justifier l’isolement total (“tu ne peux voir personne, c’est dangereux”)
- Contrôle accru des communications sous prétexte de gestion de crise
- Menaces explicites utilisant la crise (“si tu pars, tu n’auras nulle part où aller”, “les services ne t’aideront pas en ce moment”)
- Sabotage des tentatives de la victime de se préparer ou de maintenir une autonomie
- Utilisation des enfants comme otages émotionnels en exploitant les peurs liées à la crise
Reconnaître les formes de violence
Au-delà de la violence physique
La violence domestique prend de multiples formes, dont plusieurs sont moins visibles mais également destructrices.
Violence physique :
- Coups, gifles, étranglement, bousculades
- Utilisation d’objets comme armes
- Restriction physique (empêcher de sortir, enfermer)
- Violence durant le sommeil
- Privation de soins médicaux ou de médicaments nécessaires
Violence psychologique :
- Humiliation constante, dénigrement, insultes
- Intimidation, menaces (contre la victime, les enfants, les proches, les animaux)
- Contrôle des communications, surveillance constante
- Isolement imposé de la famille et des amis
- Dévalorisation systématique (“tu es folle”, “personne ne te croira”, “tu ne vaux rien”)
- Gaslighting (faire douter la victime de sa propre perception de la réalité)
Violence économique :
- Contrôle total des finances du ménage
- Privation d’accès à l’argent ou aux cartes bancaires
- Sabotage de l’emploi ou de la formation de la victime
- Endettement forcé au nom de la victime
- Exploitation du travail domestique sans reconnaissance
Violence sexuelle :
- Relations sexuelles forcées ou sous contrainte
- Actes sexuels non consentis
- Utilisation de la sexualité comme outil d’humiliation
- Contrôle reproductif (sabotage de contraception, grossesse forcée)
Contrôle coercitif :
Concept juridique récent reconnu au Canada et en France — pattern de comportements qui créent un environnement de peur, intimidation et contrôle total. Le contrôle coercitif peut exister sans violence physique mais est profondément destructeur.
La violence n’est jamais justifiée
Aucun stress, aucune provocation, aucune circonstance ne justifie la violence. Le stress ne cause pas la violence — il révèle et amplifie des dynamiques de contrôle préexistantes. La responsabilité de la violence repose toujours et uniquement sur la personne qui l’exerce, jamais sur la victime.
Le cycle de la violence
La psychologue Lenore Walker a identifié un cycle répétitif caractéristique de la violence conjugale, souvent amplifié en situation de confinement.
Phase 1 : Tension croissante
- Irritabilité, critiques, création d’un climat de peur
- La victime tente de désamorcer, marche sur des œufs
- La tension devient insoutenable
Phase 2 : Explosion violente
- Violence physique, psychologique ou sexuelle
- Perte apparente de contrôle de l’agresseur
- Terreur et traumatisation de la victime
Phase 3 : Lune de miel / Réconciliation
- Excuses, promesses de changement, cadeaux
- Minimisation de la violence (“c’était pas si grave”)
- Culpabilisation de la victime (“tu m’as poussé à bout”)
- Espoir de changement chez la victime
Phase 4 : Calme / Normalisation
- Période de calme relatif
- Retour graduel de la tension
- Retour à la phase 1
En confinement prolongé, ce cycle peut s’accélérer — les phases de lune de miel se raccourcissent, les explosions s’intensifient, les périodes de calme disparaissent presque complètement.
Pour les victimes : stratégies de sécurité
Évaluer le danger
Certains signaux indiquent une escalade dangereuse nécessitant une action immédiate.
Signaux de danger élevé :
- Menaces de mort ou de meurtre-suicide
- Accès à des armes (armes à feu, couteaux facilement accessibles)
- Étranglement (un des prédicteurs les plus forts de meurtre conjugal futur)
- Escalade rapide de la fréquence ou de l’intensité de la violence
- Consommation accrue d’alcool ou de drogues
- Jalousie pathologique ou obsession de contrôle intensifiée
- Séparation récente ou tentative de séparation (période de risque élevé)
- Violence envers les enfants ou les animaux
- Sentiment d’avoir “rien à perdre” exprimé par l’agresseur
Si plusieurs de ces signaux sont présents, le danger est immédiat et sérieux. Contactez les ressources d’urgence dès que possible.
Plan de sécurité personnalisé
Un plan de sécurité est un ensemble de stratégies préparées à l’avance pour réagir à différents niveaux de danger.
Éléments d’un plan de sécurité :
Identifier les sorties sûres :
- Quelles portes et fenêtres sont accessibles rapidement
- Où aller en cas de fuite d’urgence (voisin de confiance, lieu public)
- Comment sortir à différents moments (jour, nuit, si agresseur bloque l’accès)
Préparer un sac d’urgence :
- Documents essentiels (photocopies ou originaux) : carte d’identité, passeport, certificats de naissance, carte d’assurance maladie
- Argent liquide et cartes bancaires si accessible
- Médicaments essentiels
- Clés (voiture, domicile)
- Vêtements de rechange pour soi et enfants
- Objets précieux petits et portables
- Liste de numéros importants
- Cacher ce sac chez une personne de confiance si possible
Établir un code avec des personnes de confiance :
- Mot, phrase ou signal qui indique “j’ai besoin d’aide immédiate”
- Peut être envoyé par texto, dit au téléphone, ou utilisé en personne
- La personne de confiance sait quoi faire (appeler police, venir chercher, etc.)
Mémoriser des numéros importants :
- Police/urgence : 911 (Québec), 17 ou 112 (France)
- Ligne d’aide violence conjugale : 1-800-363-9010 (QC), 3919 (FR)
- Numéro d’au moins une personne de confiance
- L’historique de téléphone peut être consulté — mémoriser plutôt qu’enregistrer
Stratégies de désescalade temporaire :
- Identifier les pièces les plus sûres (avec sortie, sans objets dangereux, idéalement avec téléphone)
- Éviter les pièces dangereuses durant les conflits (cuisine avec couteaux, salle de bain où on peut être enfermé, sous-sol ou garage isolés)
- Si violence imminente, se protéger : visage et tête prioritaires, se mettre en boule
- Céder temporairement sur des points mineurs pour éviter escalade si fuite impossible
Important : ces stratégies sont de la survie, pas des solutions
Les stratégies de désescalade et de protection ne résolvent pas la violence — elles aident à survivre en attendant de pouvoir partir en sécurité. La seule solution durable à la violence domestique est la séparation sécuritaire de l’agresseur et le soutien professionnel approprié.
Partir en sécurité
Le départ est souvent le moment le plus dangereux. La planification est essentielle.
Quand partir :
- Idéalement quand l’agresseur est absent (travail, sortie, sommeil profond)
- En urgence immédiate (danger de mort), partir immédiatement même sans préparation
- Profiter d’un moment de calme relatif si possible
Comment partir :
- Récupérer le sac d’urgence si accessible
- Prendre les enfants si présents et en sécurité de le faire
- Ne pas révéler la destination à l’agresseur ou à des personnes qui pourraient lui transmettre
- Se rendre directement à un lieu sûr identifié (maison d’hébergement, police, hôpital, domicile d’une personne de confiance)
- Appeler la police si poursuite ou menace immédiate
Après le départ :
- Documenter toute violence, menace ou harcèlement (photos de blessures, messages, témoins)
- Demander une ordonnance de protection dès que possible
- Changer les mots de passe de tous les comptes
- Informer l’employeur, l’école des enfants, les proches de confiance de la situation
- Varier les routines et trajets pour éviter d’être prévisible
- Bloquer toute communication directe avec l’agresseur si possible légalement
Pour l’entourage : comment aider
Reconnaître les signaux chez un proche
Les victimes de violence domestique cachent souvent leur situation par honte, peur ou sentiment d’impuissance. Des signaux peuvent alerter l’entourage.
Changements de comportement :
- Retrait social, annulation fréquente de plans
- Anxiété visible en présence du partenaire
- Changement de personnalité (devient soumise, craintive, silencieuse)
- Vérification constante du téléphone, peur de manquer appels du partenaire
- Justifications fréquentes du comportement du partenaire
Signaux physiques :
- Blessures inexpliquées ou explications peu cohérentes
- Port de vêtements couvrants même par temps chaud
- Problèmes de santé négligés
Contrôle visible du partenaire :
- Partenaire contrôle conversations, interrompt, répond à sa place
- Isolation progressive — “on préfère rester entre nous”
- Contrôle des finances, communications, déplacements visible
- Dénigrement ou humiliation du partenaire en public
Approcher un proche en sécurité
Aborder le sujet de la violence domestique avec un proche nécessite délicatesse et respect de son autonomie.
Ce qui aide :
- Choisir un moment privé et sûr : jamais en présence du partenaire potentiellement violent
- Exprimer la préoccupation sans jugement : “J’ai remarqué que… je suis inquiet(e) pour toi”
- Écouter sans minimiser : croire ce qui est dit, ne pas relativiser
- Éviter de critiquer le partenaire directement : cela peut mettre la victime sur la défensive
- Offrir support inconditionnel : “Je suis là pour toi quoi que tu décides”
- Fournir information sur les ressources : numéros d’aide, maisons d’hébergement
- Respecter le rythme : ne pas forcer au départ si pas prête
- Maintenir le contact : rester disponible même si elle refuse l’aide immédiatement
Ce qui n’aide pas :
- Ultimatums (“si tu ne pars pas, je ne peux plus t’aider”)
- Jugement (“pourquoi tu restes ?”, “tu l’as choisi”)
- Minimisation (“au moins il ne te frappe pas”, “ce n’est pas si grave”)
- Prise de contrôle (“tu dois partir maintenant”, “voici ce que tu vas faire”)
- Confrontation directe avec l’agresseur (peut mettre la victime en danger accru)
- Rupture du contact si elle refuse l’aide
Soutien pratique concret
Formes de soutien utiles :
- Offrir de garder des documents ou un sac d’urgence chez soi
- Être disponible comme contact d’urgence
- Accompagner à des rendez-vous (police, avocat, médecin) si souhaité
- Fournir hébergement temporaire si possible et sécuritaire
- Aide financière discrète si capacité
- Garde d’enfants pour permettre démarches
- Témoignage si nécessaire (documentation de ce qu’on a vu ou entendu)
Quand et comment impliquer les autorités
Question difficile : quand signaler sans le consentement de la victime ?
Signalement obligatoire :
- Si des enfants sont en danger : au Québec et en France, obligation légale de signaler aux services de protection de l’enfance
- Si danger de mort imminent : appeler police même sans consentement de la victime si vous êtes témoin d’une violence en cours
Signalement discrétionnaire :
En dehors de ces situations, le signalement sans consentement peut mettre la victime en danger accru (représailles de l’agresseur) ou rompre la relation de confiance. Privilégier encourager la victime à signaler elle-même et l’accompagner dans cette démarche si souhaité.
Pour les agresseurs : reconnaissance et responsabilité
Si vous reconnaissez des comportements violents en vous
Reconnaître qu’on a des comportements violents ou contrôlants est difficile mais crucial. La violence n’est pas inévitable — elle est un choix qui peut être modifié.
Signaux que vos comportements sont problématiques :
- Votre partenaire a peur de vous ou marche sur des œufs pour ne pas vous contrarier
- Vous avez déjà frappé, bousculé, ou utilisé la force physique contre votre partenaire
- Vous contrôlez les finances, communications, déplacements de votre partenaire
- Vous isolez votre partenaire de sa famille et ses amis
- Vous utilisez menaces, intimidation ou humiliation pour obtenir ce que vous voulez
- Vous blâmez systématiquement votre partenaire pour vos comportements (“tu m’as poussé à”)
- Vous justifiez la violence par le stress, l’alcool, ou les provocations
Ces comportements ne sont pas :
- Causés par le stress (le stress révèle, ne cause pas)
- Causés par l’alcool (l’alcool peut désinhiber mais ne crée pas la violence)
- La faute de votre partenaire (la responsabilité est toujours vôtre)
- Hors de votre contrôle (vous choisissez vos comportements)
- Normaux ou acceptables (la violence n’est jamais normale)
Demander de l’aide
Ressources pour hommes violents :
Québec :
- À cœur d’homme : 1-877-638-2722 — soutien et orientation
- Programme ACJQ (Autonormiste des conjoints ayant un comportement violent)
- Services psychosociaux spécialisés via CLSC
France :
- Numéro national pour auteurs de violences : 08 019 019 11
- Centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA)
- Associations spécialisées locales
Ce que l’aide professionnelle peut offrir :
- Comprendre les racines de vos comportements violents
- Apprendre la gestion de la colère et du stress
- Développer des compétences de communication non-violente
- Reconnaître et modifier les croyances qui justifient le contrôle
- Réparer partiellement les dommages causés (si possible et sécuritaire)
Le changement est possible mais exige un travail soutenu
Modifier des patterns de violence demande engagement à long terme, honnêteté radicale et travail thérapeutique soutenu. Les promesses de changement sans action concrète sont vides. Si vous êtes sérieux, contactez les ressources spécialisées et engagez-vous dans le processus.
Ce que le changement n’implique pas
Important à comprendre : même si vous changez, vous n’avez pas droit automatique à la réconciliation.
- Votre partenaire a le droit de partir définitivement, même si vous changez
- Le changement ne justifie pas de harceler votre partenaire pour “prouver” que vous avez changé
- Les excuses, même sincères, ne réparent pas automatiquement les traumatismes causés
- Votre partenaire ne vous doit rien — ni pardon, ni réconciliation, ni nouvelle chance
- Si elle est partie, respectez sa décision et son espace
Le changement doit être pour vous-même et pour ne plus causer de mal à l’avenir — non comme stratégie de récupération de la relation.
Après la crise : reconstruction et guérison
Le trauma post-violence domestique
Les victimes de violence domestique prolongée développent fréquemment un trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou un trouble de stress post-traumatique complexe.
Symptômes fréquents :
- Reviviscences (flashbacks, cauchemars)
- Hypervigilance constante, sursauts exagérés
- Évitement de tout ce qui rappelle le trauma
- Difficultés de concentration et de mémoire
- Sentiment de détachement émotionnel
- Difficultés dans les relations intimes futures
- Problèmes de confiance généralisés
Ces symptômes ne sont pas de la faiblesse — ce sont des réponses normales à un trauma anormal. Ils méritent un traitement professionnel.
Le processus de guérison
La guérison du trauma de violence domestique est possible mais prend du temps et nécessite généralement un soutien professionnel.
Étapes typiques (non linéaires) :
Sécurité et stabilisation :
- Établir la sécurité physique (séparation de l’agresseur)
- Stabiliser les besoins de base (logement, finances, santé)
- Réduire les symptômes aigus de trauma
Traitement du trauma :
- Thérapie spécialisée en trauma (EMDR, thérapie cognitive-comportementale focalisée sur le trauma)
- Traitement des souvenirs traumatiques
- Réduction de l’hypervigilance et des reviviscences
Reconstruction identitaire :
- Redécouvrir qui on est en dehors de la relation violente
- Reconstruire l’estime de soi
- Développer des relations saines
- Retrouver autonomie et pouvoir décisionnel
Ressources de soutien à long terme
Types de soutien utiles :
- Thérapie individuelle spécialisée en violence conjugale
- Groupes de soutien pour survivantes (partage d’expériences, validation, apprentissages mutuels)
- Soutien juridique (ordonnances de protection, divorce, garde d’enfants)
- Services de réinsertion économique (formation, emploi)
- Logement stable et sécuritaire
- Soutien pour les enfants (thérapie, groupes)
Préparation préventive : reconnaître les dynamiques avant la crise
Évaluer sa relation avant de se préparer ensemble
Un aspect rarement abordé dans la préparation citoyenne : se préparer ensemble intensifie les dynamiques relationnelles — bonnes et mauvaises.
Questions à se poser honnêtement avant de s’engager dans une préparation commune intensive :
- Y a-t-il déjà des dynamiques de contrôle ou de déséquilibre de pouvoir dans notre relation ?
- Mon partenaire respecte-t-il mes décisions et mon autonomie ?
- Ai-je peur de mon partenaire ou de ses réactions dans certaines situations ?
- Est-ce que mon partenaire utilise déjà le stress comme justification de comportements problématiques ?
- Puis-je exprimer mes désaccords sans craindre représailles ?
- Notre relation s’améliore-t-elle sous stress ou se dégrade-t-elle ?
Si les réponses révèlent des dynamiques problématiques, “se préparer ensemble” peut amplifier ces problèmes plutôt que de les résoudre.
Maintenir son autonomie même en préparation
Principes d’autonomie préservée :
- Maintenir ses propres ressources : compte bancaire personnel, réseau social indépendant, compétences propres
- Ne pas centraliser toute information/compétence chez un seul partenaire : les deux développent des compétences complémentaires ET communes
- Garder des liens sociaux vivants : la préparation ne justifie pas l’isolement social
- Documents personnels accessibles : ne jamais être dans une situation où un partenaire contrôle tous les papiers d’identité
- Plan de sortie même dans une relation saine : l’autonomie est saine, non suspicieuse
Conclusion : briser le silence
La violence domestique en situation de crise prolongée n’est pas un sujet confortable. C’est précisément pourquoi il mérite d’être abordé. Le silence protège les agresseurs, isole les victimes, et perpétue le mythe que “se préparer ensemble” renforce automatiquement toutes les familles.
La réalité documentée est plus nuancée : les crises prolongées révèlent et amplifient les dynamiques relationnelles préexistantes. Pour les relations saines, elles peuvent effectivement renforcer les liens. Pour les relations où le contrôle et la violence existent déjà, elles transforment le foyer en prison.
Les points essentiels à retenir :
- L’augmentation de la violence domestique en confinement est documentée internationalement, au Québec et en France
- La violence prend de multiples formes — physique, psychologique, économique, sexuelle, contrôle coercitif
- La responsabilité est toujours sur l’agresseur, jamais sur la victime
- Des ressources d’aide existent même en situation de crise
- L’entourage peut aider par l’écoute, le soutien pratique et le respect de l’autonomie de la victime
- Le changement est possible pour les agresseurs qui s’engagent sérieusement dans un travail thérapeutique
- La guérison du trauma est possible avec du temps et un soutien approprié
Si vous vivez de la violence : vous n’êtes pas seul(e), ce n’est pas votre faute, vous méritez la sécurité et le respect, l’aide existe. Les ressources listées ci-dessous sont disponibles maintenant.
Si vous êtes témoin : votre soutien compte, même si la personne ne part pas immédiatement. Restez disponible, écoutez sans juger, orientez vers les ressources.
Si vous reconnaissez des comportements violents en vous : la responsabilité est lourde mais le changement est possible. Contactez les ressources spécialisées pour auteurs de violence.
Le silence entourant ce sujet ne protège personne. Briser ce silence sauve des vies.
Ressources complètes — À conserver
Aide d’urgence immédiate
Québec :
- Urgence police : 911
- SOS Violence conjugale : 1-800-363-9010 (24/7, confidentiel, gratuit)
- Tel-Aide : 514-935-1101
- Maisons d’hébergement : Fédération des maisons d’hébergement pour femmes — fede.qc.ca
- Info-Aide Violence Sexuelle : 1-888-933-9007
- Service d’aide en situation de crise (DPJ) : 1-800-361-5310
France :
- Urgence police : 17 ou 112
- Violences Femmes Info : 3919 (gratuit, anonyme, du lundi au dimanche de 9h à 19h)
- Urgences médicales : 15
- Tchat anonyme : arretonslesviolences.gouv.fr
- Numéro d’urgence pour sourds et malentendants : 114 (SMS)
- Planning Familial : 01 48 07 29 10
Soutien spécialisé
Pour les victimes :
Québec :
- Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS)
- CAVAC (Centres d’aide aux victimes d’actes criminels) : 1-866-532-2822
- Bouclier d’Athéna (femmes immigrantes) : 514-274-8117
- L’Après-Rupture (hommes victimes) : 1-888-RUPTURE
France :
- France Victimes : 116 006
- Solidarité Femmes : solidaritefemmes.org
- CIDFF (Information droits des femmes) : Réseau national
- SOS Hommes Battus : 01 46 36 01 01
Pour les auteurs de violence :
Québec :
- À cœur d’homme : 1-877-638-2722
- Programme ACJQ : Programme autonormiste pour conjoints ayant un comportement violent
France :
- Numéro national auteurs de violences : 08 019 019 11
- Centres de prise en charge CPCA (réseau national)
Informations et outils
- Plan de sécurité interactif : myplanapp.org (disponible en français)
- Guide juridique (Québec) : Éducaloi — educaloi.qc.ca
- Guide juridique (France) : Service-public.fr
- Signal d’urgence silencieux : Paume de main face caméra, replier pouce, refermer doigts — signal compris internationalement
Note finale sur la sécurité numérique
Si vous êtes en situation de violence domestique, votre partenaire peut surveiller votre navigation internet, vos appels, vos messages. Utilisez le mode navigation privée, effacez l’historique, utilisez des ordinateurs publics (bibliothèque) si possible. Votre sécurité numérique est aussi importante que votre sécurité physique. Les lignes d’aide peuvent vous conseiller sur ces aspects techniques.





