Les attaques terroristes, les fusillades en milieu public, les événements à grande perturbation sociale — ces scénarios partagent une caractéristique commune du point de vue de la préparation citoyenne : ils surviennent sans avertissement, compressent le temps de réaction à quelques secondes ou minutes, et sollicitent simultanément plusieurs membres d’une famille qui peuvent se trouver dans des lieux différents. La préparation à ces événements n’est pas distincte de la préparation générale aux crises — elle en est une déclinaison avec des protocoles de réaction immédiate spécifiques.
Cet article couvre quatre dimensions pratiques : anticiper les conséquences probables, élaborer un plan familial de communication et de regroupement, réagir efficacement pendant un événement, et gérer l’information dans les heures qui suivent.
Ce à quoi s’attendre lors d’un événement terroriste
Comprendre les conséquences probables d’un événement majeur avec perturbation sociale permet d’élaborer un plan de réaction réaliste. Les scénarios documentés révèlent des patterns récurrents :
- Victimes et dommages matériels : selon l’ampleur de l’événement, les infrastructures et bâtiments proches peuvent être endommagés. Les services médicaux sont sollicités en priorité pour les victimes directes.
- Déploiement des forces de l’ordre : une intervention rapide des autorités locales, régionales et fédérales est inévitable. Elle peut inclure des périmètres de sécurité, des restrictions de circulation et une présence accrue sur plusieurs jours.
- Pression sur les services de santé : les systèmes de santé et de soutien psychologique peuvent être saturés dans les premières heures. Anticiper cette pression est utile pour les personnes avec des besoins médicaux spécifiques.
- Perturbations sociales : fermetures d’établissements scolaires et de lieux de travail, restrictions de déplacement, directives de confinement peuvent être imposées rapidement. Le réseau cellulaire peut être surchargé ou partiellement hors service.
- Processus d’évacuation et de restauration : selon la nature de l’événement, des évacuations peuvent être ordonnées. Le retour à la normale dans les zones affectées peut prendre des semaines à des mois.
- Couverture médiatique intense : les médias diffusent en continu lors d’événements majeurs. Cette exposition prolongée a des effets documentés sur l’anxiété individuelle et collective, particulièrement chez les enfants.
Ces observations visent à orienter la préparation, pas à alimenter l’anxiété. La grande majorité des personnes qui traversent ces événements s’en sortent, en particulier celles qui disposent d’un plan préétabli et de ressources d’urgence à portée.
Plan de communication d’urgence familial
La saturation du réseau cellulaire est l’un des premiers effets documentés d’un événement majeur en milieu urbain. Un plan de communication préétabli — connu de tous les membres du foyer — est plus fiable qu’une tentative de coordination improvisée sous pression.
Éléments clés d’un plan de communication efficace
- Contact hors zone : désigner un proche habitant dans une autre ville ou région, suffisamment éloigné pour ne pas être affecté par le même événement. Cette personne joue le rôle de point de coordination — chaque membre du foyer la contacte pour signaler sa situation, ce qui évite la surcharge des communications locales.
- Liste de contacts partagée : compiler les numéros de téléphone (domicile, travail, mobile) et adresses courriel de tous les membres du foyer, et s’assurer que chacun en dispose d’une copie physique — pas seulement sur son téléphone, dont la batterie peut être vide.
- Copies aux lieux fréquentés : déposer une copie de ces coordonnées à l’école des enfants et sur le lieu de travail des adultes, pour que les responsables sur place disposent des informations nécessaires en cas d’urgence.
- Exercices périodiques : simuler le déclenchement du plan de communication une ou deux fois par an — s’assurer que le contact hors zone connaît son rôle, que les enfants savent qui appeler et quoi dire.
Un plan de communication d’urgence complet couvre aussi les canaux alternatifs — radio, messagerie hors réseau, points de contact physiques — pour les situations où le réseau cellulaire est hors service.
Points de rassemblement
En cas d’évacuation ou de séparation involontaire des membres du foyer, un point de rassemblement préétabli élimine la prise de décision sous stress. Deux points sont recommandés :
Point de rassemblement primaire
À l’extérieur du domicile mais à proximité immédiate — devant un bâtiment public reconnaissable, un parc de quartier. Utilisé lorsque tous les membres du foyer étaient au domicile et doivent évacuer rapidement.
Point de rassemblement secondaire
Plus éloigné — chez un proche dans un autre secteur, près d’un lieu de travail ou d’un point de transport connu. Utilisé lorsque le retour au domicile ou au point primaire est impossible.
Les deux points doivent être connus de tous les membres du foyer, incluant les enfants en âge scolaire. Des exercices pratiques — même courts — ancrent cette information de façon bien plus fiable qu’une simple mention orale.
Prévoir également un plan pour les animaux de compagnie : les refuges d’urgence n’acceptent généralement pas les animaux. Identifier à l’avance des options d’hébergement pet-friendly ou des proches pouvant les accueillir fait partie du plan complet.
Trousse d’urgence
Une trousse d’urgence prête à saisir réduit le délai d’activation lors d’une évacuation soudaine. Elle doit être accessible, portable et tenue à jour.
Contenant
Sac à dos résistant, sac polochon ou boîte plastique avec couvercle hermétique. Le contenant doit être résistant à l’eau et facile à transporter par le membre du foyer le moins robuste physiquement.
Contenu essentiel
Ressources vitales
- Eau : minimum 4 L (1 gallon) par personne pour 72 h
- Aliments non périssables ne nécessitant pas de cuisson
- Médicaments sur ordonnance (quantité de rechange)
- Trousse de premiers soins complète
- Argent liquide en petites coupures
Équipement et documents
- Radio à piles ou à manivelle
- Lampe de poche avec piles de rechange
- Vêtements de rechange et couvertures thermiques
- Copies des documents importants (pièces d’identité, passeports, assurances) dans un sac étanche
- Clé USB avec versions numérisées des documents
Conserver une deuxième copie des documents importants dans un endroit sûr à l’extérieur du domicile — coffre-fort bancaire ou chez un proche — garantit leur accessibilité même si la trousse principale est inaccessible lors de l’évacuation. Vérifier la trousse deux fois par an : dates de péremption des aliments et médicaments, état des piles, mise à jour des documents.
Coordination avec le plan d’urgence scolaire
En cas d’événement majeur survenant pendant les heures scolaires, les enfants se trouvent dans un environnement avec ses propres protocoles d’urgence — souvent différents de ce que les parents imaginent. Une coordination préalable évite les malentendus sous pression.
- Connaître les procédures de l’école : identifier les canaux de communication utilisés par l’établissement en situation d’urgence (courriel, SMS, application, appel téléphonique) et s’y abonner si nécessaire.
- Plan de récupération des enfants : certaines écoles retiennent les élèves jusqu’à ce qu’un adulte autorisé vienne les chercher. Clarifier ces règles à l’avance pour savoir quoi faire et qui peut récupérer l’enfant en votre absence.
- Contacts d’urgence à jour : vérifier régulièrement que l’école dispose d’informations à jour sur les contacts d’urgence et les personnes autorisées à récupérer l’enfant, avec les pièces d’identité requises.
- Besoins spéciaux : si l’enfant a des besoins médicaux ou de mobilité spécifiques, s’assurer que le plan d’urgence de l’école en tient compte explicitement.
- Exercices de simulation : discuter avec les enfants de leur expérience lors des exercices scolaires, et renforcer à la maison les réflexes correspondants.
Réaction pendant un événement
Dans les premières secondes ou minutes d’un événement majeur, la qualité de la réaction dépend largement de la préparation préalable. Quelques principes opérationnels documentés :
- Maintenir le calme : la panique altère la prise de décision et augmente le risque d’erreur. Respirer lentement et observer la situation avant d’agir donne de meilleures décisions que la réaction immédiate non réfléchie.
- Suivre les directives des autorités : les services d’urgence disposent d’une vue d’ensemble que les individus sur place n’ont pas. Leurs instructions sont basées sur la situation réelle — les suivre est généralement la décision la plus sûre.
- Rester informé sans saturer les communications : radio à piles, alertes d’urgence sur smartphone. Réserver l’usage du téléphone aux communications urgentes pour ne pas contribuer à la saturation des réseaux.
- Évaluer les dommages immédiats : si présent sur les lieux, utiliser une lampe de poche pour inspecter les dommages plutôt que des allumettes ou des interrupteurs électriques qui peuvent déclencher un incendie en présence de fuites de gaz.
- Vérifier les fuites de gaz : inspecter les zones proches du chauffe-eau et de la cuisinière. En cas d’odeur de gaz, fermer le robinet principal, ouvrir les fenêtres, évacuer immédiatement sans allumer d’interrupteur.
- Sécuriser les animaux de compagnie : les confiner rapidement pour éviter qu’ils ne s’échappent dans le chaos ambiant.
- Vérifier les voisins vulnérables : si la situation le permet, s’assurer que les voisins âgés ou à mobilité réduite sont au courant de la situation et n’ont pas besoin d’aide immédiate.
Protocole d’évacuation
Lorsqu’une évacuation est ordonnée, la rapidité et l’organisation déterminent la sécurité du déplacement. Les étapes suivantes constituent un protocole documenté :
- Vêtements protecteurs : vêtements à manches longues, pantalons, chaussures fermées solides. Ces choix protègent contre les débris, le verre brisé et d’autres dangers présents dans une zone affectée.
- Saisir la trousse d’urgence : le sac préparé à l’avance est saisi sans délai supplémentaire pour regrouper du matériel.
- Sécuriser le domicile : verrouiller portes et fenêtres avant de partir.
- Utiliser les itinéraires officiels : les autorités désignent des routes d’évacuation en fonction de la situation réelle. Les raccourcis non balisés peuvent traverser des zones à risque non identifiées.
- Éviter les dangers visibles : lignes électriques tombées, zones inondées, bâtiments structurellement instables.
- Rejoindre le point de rassemblement prévu : le point primaire ou secondaire selon ce que la situation permet.
Un plan d’évacuation familial documenté et pratiqué réduit significativement le temps de réaction et les risques d’erreur lors d’une évacuation réelle.
Abri sur place et confinement
Lorsque les autorités recommandent de rester sur place plutôt que d’évacuer, un protocole de confinement bien exécuté offre une protection significative, notamment en cas de menace chimique ou biologique dans l’environnement extérieur.
Préparatifs avant de se confiner
- Contacter le point de liaison familial hors zone pour signaler la situation
- Couper l’eau et l’électricité si les autorités le demandent explicitement. Le gaz naturel, en revanche, ne doit être coupé que sur instruction directe des autorités — sa réactivation nécessite l’intervention d’un professionnel qui peut être difficile à joindre en situation de crise.
Sécurisation de la pièce refuge
- Choisir une pièce intérieure sans fenêtres si possible, idéalement au-dessus du niveau du sol (certains agents chimiques sont plus lourds que l’air et se concentrent au bas des bâtiments)
- Fermer et verrouiller toutes les portes et fenêtres
- Éteindre les systèmes de ventilation, de chauffage et de climatisation
- Sceller les fissures autour des portes, des fenêtres et des bouches d’aération avec du ruban adhésif
- Suivre en continu les mises à jour des autorités via radio à piles ou alertes officielles
Le confinement sur place est une mesure temporaire. Les autorités communiqueront le signal de fin de confinement — ne pas sortir avant d’avoir reçu cette confirmation officielle, même si la situation semble calme.
Gestion de l’information en temps de crise
La couverture médiatique intensive lors d’événements majeurs — avec répétition en boucle des images les plus choquantes — a des effets documentés sur l’anxiété et la santé mentale des spectateurs, en particulier des enfants. Quelques approches pratiques :
Pour les adultes
- Prioriser les radios locales et les alertes officielles pour l’information opérationnelle — elles sont en contact direct avec les autorités et plus précises que les réseaux nationaux ou sociaux
- Prendre des pauses régulières de la consommation des nouvelles — une exposition continue n’ajoute généralement pas d’information utile mais augmente l’anxiété
- Distribuer la responsabilité de suivi de l’information entre les adultes du foyer pour éviter qu’une seule personne soit saturée
- Varier les sources pour obtenir une perspective équilibrée
Pour les enfants
- Protéger les enfants de l’exposition aux images perturbantes — expliquer que les médias montrent les mêmes images en boucle, ce qui ne signifie pas que les événements se répètent
- Discuter avec eux de ce qu’ils voient et entendent pour clarifier les malentendus et évaluer leur état émotionnel
- Superviser leur accès aux médias et réseaux sociaux pendant les périodes de crise
Foire aux questions
Comment expliquer la préparation aux attaques terroristes à des enfants sans les anxiété ?
L’approche recommandée est de cadrer la préparation autour de la compétence et de la confiance, pas de la peur. Les enfants réagissent bien aux exercices pratiques présentés comme des jeux de rôle ou des exercices utiles — « si on devait se retrouver séparés, où est-ce qu’on se retrouve ? » — plutôt qu’à des explications abstraites sur des menaces. Connaître le plan de communication, les points de rassemblement et les numéros d’urgence leur donne un sentiment de contrôle qui réduit l’anxiété plutôt que de l’alimenter.
Faut-il un plan différent pour les attaques terroristes vs les catastrophes naturelles ?
Pas nécessairement. Les piliers fondamentaux — plan de communication, points de rassemblement, trousse d’urgence, coordination avec les écoles — sont communs à la plupart des scénarios de crise majeure. Les variations portent sur les protocoles de réaction immédiate : un séisme exige de sortir des bâtiments, un incident chimique de se confiner, une fusillade active de suivre les protocoles Fuir-Se Cacher-Combattre. Ces spécificités peuvent être ajoutées au plan général comme des déclinaisons selon le scénario.
Que faire si les membres de la famille sont dans des endroits différents au moment de l’événement ?
C’est précisément le scénario pour lequel le contact hors zone et les points de rassemblement ont été préparés. La priorité est de contacter le point de liaison familial hors zone pour signaler sa situation et obtenir des informations sur les autres membres. Chaque adulte suit le protocole d’évacuation ou de confinement approprié selon sa localisation, puis rejoint le point de rassemblement désigné selon les circonstances. Les enfants à l’école restent sous la supervision de l’établissement jusqu’à être récupérés par un adulte autorisé.
Comment savoir si l’on doit évacuer ou rester sur place ?
Cette décision appartient en premier lieu aux autorités locales, qui disposent d’une vue d’ensemble de la situation. Suivre leurs directives est la réponse la plus sûre dans la grande majorité des cas. En l’absence de directive claire — en particulier dans les premières minutes avant que la situation soit évaluée — la règle générale est que les incidents chimiques, biologiques ou radiologiques favorisent le confinement (pour éviter une exposition en déplacement), tandis que les incendies, inondations ou menaces structurelles favorisent l’évacuation. Avoir pratiqué les deux protocoles à l’avance permet de les activer rapidement quelle que soit la décision des autorités.
Survivre à une attaque terroriste : protocoles ALICE et Fuir-Se Cacher-Combattre
Les protocoles de réaction immédiate documentés lors de fusillades actives et d’attaques — ce que les autorités enseignent et comment les appliquer.
5 composantes d’un plan de communication d’urgence
Construire un plan de communication d’urgence familial complet — canaux, contacts, procédures et solutions hors réseau pour les scénarios de saturation.
Comment faire un plan d’évacuation
Élaborer un plan d’évacuation familial pratique — itinéraires, points de rassemblement, documents et trousse prête à saisir.








