Impliquer sa famille dans la préparation : une approche réaliste

Par Le citoyen prévoyant - Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Inciter les proches à la survie
Inciter les proches à la survie

Vous avez commencé à constituer quelques réserves, réfléchi à l’évacuation du domicile ou préparé une trousse d’urgence. Mais votre conjoint, vos enfants ou d’autres personnes du foyer ne partagent pas nécessairement le même intérêt. C’est une situation fréquente : la préparation familiale fonctionne rarement lorsqu’elle consiste à convaincre les autres. Elle fonctionne beaucoup mieux lorsqu’elle devient progressivement un projet commun, concret et proportionné aux risques réellement rencontrés.

Comment parler de préparation sans inquiéter inutilement ? Jusqu’où faut-il chercher l’adhésion de ses proches ? Et surtout, quel niveau de préparation familiale est réellement utile ?

Principe de base : l’objectif n’est pas que toute la famille devienne passionnée de préparation. L’objectif est que chacun dispose de suffisamment d’information, de repères et de capacités pour participer efficacement lorsqu’une situation inhabituelle survient.

Pourquoi chercher à convaincre sa famille fonctionne souvent mal

Lorsqu’une personne commence à s’intéresser sérieusement à la préparation, elle accumule rapidement de l’information.

Pannes électriques, incendies, évacuations, tempêtes, inondations, autonomie alimentaire, communications, premiers soins…

Après quelques mois, elle peut avoir consacré des dizaines d’heures à réfléchir à des sujets auxquels son conjoint ou ses proches n’ont pratiquement jamais pensé.

Le décalage devient alors important.

Une erreur fréquente consiste à vouloir transmettre en une soirée tout le cheminement qui a demandé plusieurs mois ou plusieurs années.

La réaction peut être prévisible :

  • « Tu vas beaucoup trop loin. »
  • « Ça n’arrivera probablement jamais. »
  • « Pourquoi est-ce qu’on devrait dépenser pour ça ? »
  • « Je n’ai pas envie de vivre en pensant aux catastrophes. »

Ces réactions ne signifient pas nécessairement que la personne rejette toute forme de préparation.

Elle peut simplement ne pas partager la même perception du risque.

Une démarche de préparation familiale commence donc moins par « comment convaincre ? » que par « de quoi avons-nous raisonnablement besoin pour notre foyer ? »

Commencer par les risques que tout le monde peut reconnaître

Il n’est pas nécessaire de commencer par un effondrement généralisé ou une catastrophe exceptionnelle.

Au Québec, les occasions de discuter de résilience familiale sont beaucoup plus ordinaires :

  • une panne électrique prolongée;
  • une tempête hivernale;
  • un épisode de verglas;
  • une inondation;
  • un incendie résidentiel;
  • une interruption temporaire d’eau potable;
  • une évacuation locale;
  • une panne de télécommunications.

Ces événements ont un avantage pédagogique considérable : ils sont faciles à comprendre.

La conversation peut alors partir d’une question très simple :

« Si l’électricité coupait ce soir et revenait seulement demain soir, est-ce qu’on serait correct ? »

La question est concrète.

Elle permet immédiatement de réfléchir à l’éclairage, aux téléphones, à la nourriture, au chauffage, aux médicaments ou aux besoins particuliers du foyer.

Au Québec, l’histoire récente fournit d’ailleurs suffisamment d’exemples réels. Le verglas de 1998 reste profondément inscrit dans la mémoire collective, mais des pannes, inondations, tempêtes et évacuations locales continuent régulièrement de rappeler qu’une perturbation n’a pas besoin d’être exceptionnelle pour compliquer fortement le quotidien.

De quoi une famille a-t-elle réellement besoin ?

Tout le monde n’a pas besoin de connaître le contenu exact des réserves alimentaires, de savoir lire une carte topographique ou de maîtriser toutes les options d’évacuation.

Un niveau familial de base peut être beaucoup plus simple.

Chaque personne suffisamment autonome devrait idéalement connaître :

  • les sorties du domicile;
  • le point de rassemblement familial;
  • la façon de joindre les services d’urgence;
  • un contact familial important;
  • l’emplacement des lampes et du matériel essentiel;
  • la façon de communiquer si les téléphones ne fonctionnent pas normalement;
  • ce qu’elle doit prendre ou laisser derrière elle lors d’une évacuation;
  • les besoins particuliers qui la concernent : médicaments, lunettes, appareils médicaux, etc.

Selon l’âge et les capacités, certaines personnes pourront évidemment en savoir beaucoup plus.

La préparation familiale ne nécessite pas que quatre personnes possèdent exactement les mêmes compétences. Elle nécessite surtout que le foyer puisse continuer à fonctionner si la personne habituellement responsable de la préparation n’est pas disponible.

Répondre aux objections sans transformer la discussion en débat

« Et si rien ne se passe ? »

Alors les réserves seront consommées normalement, les lampes continueront à servir et le plan familial restera une compétence acquise. Une préparation bien conçue ne repose pas sur du matériel inutilisable en dehors d’une catastrophe.

« Ça coûte trop cher. »

Cela peut devenir très cher si l’on commence par l’équipement spécialisé. Ce n’est pas nécessaire. Eau, nourriture consommée habituellement, médicaments, éclairage, batteries externes et organisation constituent déjà une base solide.

« C’est trop compliqué. »

Un foyer peut commencer avec quelques questions : où se retrouver, comment communiquer, quoi faire lors d’une panne et quoi emporter lors d’une évacuation. La sophistication peut venir plus tard.

« Je ne veux pas vivre dans la peur. »

Justement. Une préparation proportionnée vise à régler certaines questions à l’avance pour ne pas avoir à y penser constamment. Une fois l’organisation faite, elle peut simplement faire partie du fonctionnement normal du foyer.

Il n’est pas nécessaire de « gagner » ces discussions.

Une objection peut également révéler une limite raisonnable.

Si un achat coûte plusieurs centaines de dollars et qu’une seule personne du foyer en comprend l’utilité, la question mérite peut-être d’être réexaminée.

Passer rapidement de la discussion à quelque chose d’utile

Une préparation abstraite peut sembler interminable.

Une préparation concrète est beaucoup plus facile à comprendre.

Quelques premières actions familiales simples

Faire l’inventaire

Combien d’eau, de nourriture facilement utilisable, de médicaments et de moyens d’éclairage sont déjà disponibles ? Beaucoup de foyers découvrent qu’ils possèdent déjà une partie de leur préparation.

Choisir un point de rassemblement

Un endroit immédiatement à l’extérieur du domicile pour un incendie, puis éventuellement un second point dans le quartier si le secteur doit être évacué.

Préparer les contacts

Les numéros importants peuvent être conservés dans les téléphones, mais également sur papier afin de rester accessibles lorsqu’un appareil est perdu ou inutilisable.

Construire progressivement une réserve

Ajouter quelques produits réellement consommés par le foyer aux achats habituels permet de développer une réserve sans transformer immédiatement le budget familial.

La préparation devient alors visible :

« Nous avons de quoi fonctionner pendant une panne » est beaucoup plus concret que « nous devons être prêts à une catastrophe ».

Comment impliquer les enfants sans les inquiéter

Avec les enfants, le vocabulaire utilisé compte énormément.

Il n’est généralement pas nécessaire de détailler tous les scénarios pouvant affecter la famille.

On peut plutôt développer des compétences.

Selon leur âge, un enfant peut apprendre à :

  • connaître son nom complet et son adresse;
  • savoir comment et quand composer le 911;
  • reconnaître le son d’un avertisseur de fumée;
  • rejoindre le point de rassemblement;
  • utiliser une lampe de poche;
  • porter son propre petit sac lors d’une sortie;
  • identifier un adulte de confiance;
  • mémoriser progressivement un numéro de téléphone important;
  • utiliser une carte ou une boussole dans le cadre d’un jeu ou d’une randonnée.

Pour un enfant, « savoir quoi faire » est généralement beaucoup plus constructif que connaître toutes les choses qui pourraient mal tourner.

Le camping, la randonnée et les activités extérieures sont particulièrement intéressants pour développer ces capacités sans créer artificiellement une situation d’urgence.

Donner des rôles plutôt que demander une adhésion totale

Tout le monde n’a pas besoin d’être passionné par la préparation.

Mais chacun peut avoir une responsabilité adaptée à ses capacités.

Dans un foyer, on peut par exemple décider que :

  • une personne s’occupe des médicaments;
  • une autre vérifie les animaux;
  • une personne prend les documents ou le sac familial si les circonstances permettent de le faire sans retarder une évacuation urgente;
  • un adulte s’occupe prioritairement d’un jeune enfant;
  • une autre personne communique avec le contact familial lorsque tout le monde est en sécurité.

Les rôles doivent évidemment rester flexibles.

L’intérêt n’est pas de créer une procédure rigide, mais d’éviter que tout repose automatiquement sur une seule personne.

Un bon test : si la personne qui s’intéresse le plus à la préparation n’est pas à la maison, les autres savent-ils quand même où se trouvent les ressources et quelles sont les premières décisions à prendre ?

Tester la préparation familiale plutôt que simplement en parler

Les petits exercices révèlent souvent davantage qu’une longue discussion.

Ils n’ont pas besoin d’être spectaculaires.

Test panne électrique

Coupez volontairement certains usages électriques pendant une soirée.

Essayez de :

  • vous éclairer;
  • préparer un repas avec les moyens prévus et compatibles avec une utilisation sécuritaire;
  • recharger les appareils;
  • retrouver le matériel dans l’obscurité.

Les difficultés deviennent immédiatement visibles.

Test évacuation

Faites périodiquement un exercice d’évacuation incendie du domicile.

Tout le monde doit pouvoir sortir et rejoindre le point de rassemblement.

Pour d’autres scénarios d’évacuation moins immédiats, chronométrez combien de temps il faudrait réellement pour rassembler les éléments prévus.

Test communication

Posez simplement la question :

« Si nous ne pouvons pas nous appeler et que nous sommes à trois endroits différents, que faisons-nous ? »

Si chacun donne une réponse différente, le plan mérite probablement d’être simplifié.

Accepter que tout le monde ne s’implique pas de la même manière

C’est probablement l’un des aspects les plus importants.

Dans une famille, une personne peut aimer :

  • la randonnée;
  • le matériel;
  • la cartographie;
  • les premiers soins;
  • l’organisation;
  • la cuisine;
  • le jardinage;

tandis qu’une autre n’éprouve pratiquement aucun intérêt pour ces sujets.

Ce n’est pas nécessairement un problème.

La préparation familiale n’a pas besoin d’être symétrique.

Elle doit surtout éviter deux extrêmes :

  • une seule personne sait tout et les autres ignorent complètement le fonctionnement du plan;
  • la préparation devient une source permanente de conflit ou d’anxiété dans le foyer.

Entre les deux existe une zone beaucoup plus réaliste : chacun comprend l’essentiel et participe selon ses capacités et ses intérêts.

La préparation familiale comme culture du foyer

À terme, la préparation la plus efficace devient presque invisible.

Les réserves alimentaires sont simplement intégrées au garde-manger et consommées en rotation.

Les lampes ont une place connue.

Les batteries externes sont chargées.

Les médicaments importants sont anticipés lorsque c’est possible.

Les enfants connaissent le point de rassemblement.

Les adultes savent comment couper certaines installations du domicile lorsque cela est pertinent et sécuritaire.

Les documents importants sont accessibles.

Et chacun sait globalement ce qu’il ferait si le foyer devait fonctionner différemment pendant quelques heures ou quelques jours.

C’est probablement le meilleur indicateur d’une préparation familiale mature : elle ne monopolise plus les conversations. Elle fait simplement partie du fonctionnement normal du foyer.

Questions fréquentes

Mon conjoint trouve la préparation excessive. Par où commencer ?

Commencez par un besoin concret plutôt que par l’ensemble de votre démarche. Une panne électrique de 24 heures, un incendie ou une évacuation locale permettent de discuter simplement de ce que le foyer ferait. Il n’est pas nécessaire que votre conjoint partage votre intérêt pour reconnaître l’utilité de quelques mesures de base.

Quel est le premier geste à faire en famille ?

Un excellent point de départ consiste à établir un petit plan familial : sorties du domicile, point de rassemblement, contacts et besoins particuliers. L’inventaire de ce que vous possédez déjà peut ensuite permettre de compléter progressivement les réserves et le matériel réellement nécessaires.

Comment impliquer les enfants sans leur faire peur ?

En privilégiant les compétences plutôt que les scénarios inquiétants. Savoir composer le 911, reconnaître un avertisseur de fumée, rejoindre un point de rassemblement, utiliser une lampe ou apprendre à s’orienter sont des apprentissages utiles qui peuvent être présentés simplement et adaptés à l’âge de l’enfant.

Toute la famille doit-elle savoir utiliser tout le matériel ?

Non. Certaines compétences peuvent être réparties. En revanche, il est utile que les ressources essentielles soient connues et accessibles et qu’un minimum de redondance existe pour les tâches importantes. Le fonctionnement du foyer ne devrait pas dépendre entièrement d’une seule personne.

Dois-je essayer de convaincre ma famille élargie ?

Pas nécessairement. Il est possible de partager des informations ou des expériences sans chercher une adhésion particulière. Dans une logique de préparation citoyenne, le foyer constitue généralement la première unité à organiser puisque ses membres partageront directement les mêmes ressources et les mêmes contraintes.

À retenir : préparer sa famille ne consiste pas à obtenir l’adhésion de chacun à une vision du risque. Il s’agit de construire suffisamment de compréhension, de capacités et d’organisation pour que le foyer puisse prendre de bonnes décisions lorsque le quotidien est perturbé.

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Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Mathieu Montaroux est un expert reconnu en préparation aux situations d’urgence, en sécurité civile et en planification d’évacuation au Québec. Fort de ses expériences dans les forces armées, comme paramedic et en tant qu’analyste et gestion de risques, il accompagne depuis plusieurs années les organisations, les familles et les citoyens dans l’amélioration de leur capacité de préparation et de résilience face aux crises. Il est le fondateur de Québec Preppers, une plateforme dédiée à la préparation citoyenne responsable, à l’autonomie fonctionnelle et à la réduction des impacts humains lors de situations d’urgence plausibles. Son approche repose sur la pédagogie, la mise en pratique progressive et l’adaptation au contexte réel, en conformité avec les cadres légaux et les bonnes pratiques en sécurité civile.
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