Survivalisme et extrême droite : démêler le mythe de la réalité
Préparer sa famille, anticiper des pannes ou renforcer son autonomie de base suscite encore des réactions vives. Dans l’imaginaire collectif, ces pratiques sont parfois associées à des idéologies radicales. Mais cette association reflète-t-elle la réalité vécue sur le terrain, notamment au Québec ?
Contexte : la préparation citoyenne regroupe un ensemble de pratiques visant à réduire la vulnérabilité individuelle et collective face à des événements plausibles : pannes de courant, intempéries majeures, perturbations temporaires des services essentiels. Elle ne constitue ni une idéologie politique, ni un mouvement militant.
Comprendre l’origine de l’amalgame
L’association entre survivalisme et extrême droite provient principalement d’un héritage médiatique nord-américain. Aux États-Unis, certaines mouvances marginales des années 1980–1990 ont utilisé des techniques de survie comme support logistique à des discours anti-gouvernementaux.
Cette réalité très localisée a ensuite été amplifiée par des productions médiatiques sensationnalistes, donnant une visibilité disproportionnée à des profils extrêmes, au détriment de la majorité silencieuse.
Une exposition médiatique élevée ne signifie pas une représentativité réelle. Les études sociologiques montrent un décalage important entre perception publique et profils majoritaires.
Ce que montrent réellement les données
Les travaux universitaires récents décrivent un mouvement profondément hétérogène. La préparation attire des profils très variés, souvent éloignés de toute logique idéologique.
- familles souhaitant assurer 72 heures d’autonomie,
- citoyens sensibles aux enjeux climatiques,
- amateurs de plein air et de compétences pratiques,
- professionnels des services essentiels,
- personnes vivant en milieu rural ou semi-urbain.
Les enquêtes européennes et nord-américaines convergent vers le même constat : la grande majorité des personnes concernées ne s’identifient à aucune orientation politique précise. La motivation première reste la protection familiale et la continuité du quotidien.
Pourquoi les groupes extrémistes s’y intéressent parfois
Comme d’autres domaines techniques (sports, technologies, secourisme), la préparation peut être détournée par des individus déjà radicalisés. Elle n’en est pas la cause, mais un simple carrefour d’intérêt possible.
Confondre l’outil et l’idéologie revient à attribuer à une compétence des intentions qu’elle ne porte pas.
Le contexte québécois : une réalité distincte
Au Québec, la préparation citoyenne s’inscrit clairement dans le cadre de la sécurité civile. Les autorités publiques recommandent explicitement un niveau minimal d’autonomie domestique, sans aucune connotation politique.
- préparation aux tempêtes et inondations,
- gestion des pannes électriques prolongées,
- entraide communautaire lors de crises locales.
Cette approche repose sur la solidarité, la prévention et la continuité des services, et non sur la rupture sociale ou l’isolement.
Application concrète : se préparer, c’est d’abord vérifier sa capacité à traverser un événement courant sans dépendre immédiatement des secours : eau, alimentation de base, information, entraide de voisinage.
À lire ensuite
Position Québec Preppers : une préparation responsable, légale et progressive, orientée autonomie fonctionnelle, entraide locale et résilience collective.
Rédaction : Mathieu Montaroux — expert en mesures d’urgence, sécurité civile et préparation citoyenne.






