Que faire en cas de chavirement ?

Par Le citoyen prévoyant - Expert en préparation aux situations d’urgence et résilience citoyenne
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Que faire en cas de chavirement ?
Que faire en cas de chavirement ?

Le 13 janvier 2012, le Costa Concordia s’échoue au large de l’île du Giglio, en Toscane, et se couche lentement sur le flanc en quelques heures. Sur les 4 229 personnes à bord, 32 perdent la vie. Les enquêtes qui suivent montrent que la grande majorité des décès auraient pu être évités — et que le comportement des passagers dans les premières heures, autant que les défaillances de l’équipage, a pesé dans la balance.

Le chavirement d’un grand navire de passagers — ferry, traversier, paquebot — est l’un des scénarios maritimes les plus redoutés et les moins anticipés par le public. Contrairement à l’incident standard traité dans l’article précédent de cette série, le chavirement implique une transformation radicale de l’environnement physique : les ponts deviennent des parois, les parois deviennent des planchers, les sorties habituelles disparaissent ou deviennent inaccessibles. C’est un scénario pour lequel la préparation mentale préalable est particulièrement déterminante.

Ce guide s’appuie sur les analyses des incidents documentés — Costa Concordia (2012), Herald of Free Enterprise (1987), Estonia (1994) — pour identifier les réflexes qui ont fait la différence entre les survivants et les victimes, sans sensationnalisme et avec le seul objectif d’être utile.

Cet article complète directement l’article sur les incidents à bord d’un navire, qui traite des scénarios standards — incendie, voie d’eau, évacuation ordonnée. Le chavirement est le scénario où cette évacuation ordonnée n’est plus possible, et où les passagers doivent agir de façon beaucoup plus autonome.

Comprendre la dynamique d’un chavirement de grand navire

Un grand navire de passagers ne se retourne pas comme un kayak — en une fraction de seconde. Le processus est généralement progressif, ce qui constitue à la fois une opportunité et un piège : l’opportunité d’agir avant que la situation ne devienne critique, et le piège de sous-estimer la rapidité avec laquelle elle peut évoluer.

Les deux scénarios de chavirement

Chavirement progressif par gîte croissante

C’est le scénario du Costa Concordia et du Herald of Free Enterprise — le navire prend une inclinaison latérale qui s’aggrave progressivement jusqu’au retournement complet ou à l’immobilisation sur le flanc. Ce processus peut durer de quelques minutes à plusieurs heures, donnant du temps pour agir — mais créant aussi un faux sentiment de sécurité pendant les premières phases.

Chavirement rapide par envahissement massif

C’est le scénario de l’Estonia — une voie d’eau massive provoque un envahissement rapide et une perte de stabilité brutale. Le temps disponible pour l’évacuation se compte en minutes plutôt qu’en heures. Dans ce cas, les passagers les plus proches des ponts supérieurs et des sorties extérieures ont un avantage significatif sur ceux qui se trouvent en cabine intérieure aux ponts inférieurs.

Ce qui change avec la gîte

La gîte — l’inclinaison latérale du navire — transforme progressivement l’environnement physique. À 15 degrés, se déplacer dans les couloirs demande un effort conscient. À 30 degrés, monter un escalier vers le pont haut devient une escalade en diagonale sur les parois. À 45 degrés et plus, les couloirs horizontaux deviennent des puits verticaux, les portes s’ouvrent vers le bas ou se bloquent sous leur propre poids, et les repères visuels habituels sont complètement inversés.

Regard terrain : l’analyse des témoignages de survivants du Costa Concordia révèle un constat récurrent — les passagers qui ont agi dès les premières manifestations de la gîte (10 à 15 degrés) ont eu le temps de rejoindre les ponts supérieurs dans des conditions encore gérables. Ceux qui ont attendu les instructions officielles ou tenté de rassurer leurs proches que “ce n’était pas si grave” se sont retrouvés à tenter de progresser dans un environnement déjà très difficile.

L’angle de non-retour

Chaque navire a un angle de stabilité limite au-delà duquel le retournement devient inévitable. Cet angle varie selon le type de navire et sa conception, mais il se situe généralement entre 40 et 70 degrés de gîte. Au-delà, le chavirement complet peut survenir en quelques secondes — transformant radicalement les conditions d’évacuation. La fenêtre d’action efficace se situe bien en amont de cet angle.

Face à une gîte progressive : reconnaître et anticiper

Une gîte anormale est le premier signal observable d’un chavirement en cours. La reconnaître tôt et agir immédiatement est la décision la plus importante du scénario.

Reconnaître une gîte anormale

Les navires prennent une légère gîte dans les virages serrés ou par mer formée — c’est normal et temporaire. Une gîte anormale se distingue par sa persistance et son aggravation progressive : les liquides penchent durablement dans les verres, les objets glissent lentement vers un côté, les portes s’ouvrent ou se ferment toutes seules. Ce n’est plus le mouvement du navire dans la houle — c’est le navire lui-même qui s’incline.

Le moment d’agir est dès la reconnaissance de la gîte anormale — pas après l’annonce officielle. L’expérience des incidents documentés montre que les annonces officielles tardent, sont parfois minimisantes dans les premières phases, et que chaque minute gagnée en début de processus vaut plusieurs minutes en fin de processus lorsque l’environnement est encore navigable.

Les actions immédiates dès la gîte anormale détectée

1. Prendre le gilet de sauvetage

Il est sous le lit ou dans le placard de la cabine. L’enfiler immédiatement — ne pas attendre le signal d’abandon officiel. Un gilet sur soi dans la main est utilisable ; un gilet dans la cabine immergée ne l’est plus.

2. S’habiller chaudement et chausser

Vêtements chauds, chaussures fermées à semelles antidérapantes. Les pieds nus sur un pont métallique incliné et mouillé sont dangereux. Un manteau ou imperméable ajoute une protection thermique précieuse.

3. Se diriger vers les ponts supérieurs

Monter — toujours monter. Les ponts supérieurs restent accessibles et habitables bien plus longtemps que les ponts inférieurs lors d’un chavirement. Utiliser les escaliers du côté surélevé du navire, qui sont plus faciles à monter qu’une cage d’escalier inclinée vers soi.

4. Se diriger vers le côté surélevé

Le côté surélevé du navire (le côté opposé à l’inclinaison) reste accessible plus longtemps et permet l’accès aux embarcations de secours qui n’ont pas encore plongé dans l’eau. C’est contre-intuitif — on tend à s’éloigner du côté qui penche — mais c’est la direction vers les sorties accessibles.

Actions prioritaires lors du chavirement

Se déplacer dans un navire qui gîte

La progression dans un navire en gîte demande une adaptation constante à un environnement qui se transforme. Les parois deviennent des appuis, les cloisons des plateformes, les rampes des obstacles. Quelques principes pratiques :

Longer les parois en s’y appuyant pour maintenir l’équilibre — ne pas tenter de marcher au centre des couloirs inclinés. Utiliser les poignées de porte, les rampes d’escalier et tout point d’ancrage fixe. Dans les escaliers, monter par le côté surélevé en s’aidant de la rampe comme d’une barre d’escalade. En cas de gîte supérieure à 30 degrés, progresser en escalade sur les parois plutôt qu’en marche normale.

La lampe de poche ou la lumière du téléphone : un navire qui chavire perd souvent son alimentation électrique de façon partielle ou totale dans les phases avancées. Les couloirs et escaliers peuvent se retrouver dans l’obscurité complète, avec une configuration physique complètement transformée par la gîte. Une lumière disponible immédiatement — pas à chercher dans un bagage — change radicalement les conditions de progression.

Si le navire se retourne complètement

Un retournement complet — rare mais documenté — inverse intégralement l’environnement. Les ponts supérieurs deviennent le plancher de l’espace intérieur, qui peut conserver des poches d’air temporaires. Dans ce cas extrême :

Rester dans la poche d’air disponible et attendre que l’eau monte progressivement pour que la pression s’équilibre avec l’extérieur. Lorsque l’eau a suffisamment monté, la pression permet d’ouvrir une porte ou une écoutille et de nager vers la surface. Ce scénario est celui pour lequel des plongeurs de sauvetage ont été déployés lors de plusieurs naufrages — des survivants ont été retrouvés dans des poches d’air plusieurs heures après le retournement.

Accéder aux embarcations de secours en conditions de gîte

Les canots de sauvetage du côté plongeant dans l’eau deviennent inaccessibles ou impossibles à mettre à l’eau dès que la gîte dépasse 20 à 30 degrés. Les canots du côté surélevé peuvent être accessibles mais leur mise à l’eau est également compromise au-delà d’un certain angle. Les radeaux de sauvetage gonflables, arrimés sur les ponts supérieurs, restent la ressource la plus fiable dans ce scénario — ils peuvent être jetés à l’eau depuis un pont en gîte et se déploient automatiquement.

Si aucune embarcation n’est accessible : rejoindre le côté surélevé du navire à l’air libre et attendre que le navire s’immobilise avant de sauter à l’eau. Sauter depuis un navire en mouvement de retournement expose à être aspiré sous la coque. Attendre l’immobilisation, puis sauter les pieds en avant à distance de la coque.

Le scénario le plus difficile : sortir d’une cabine immergée

C’est le scénario le plus redouté — et celui pour lequel la préparation mentale préalable est la plus déterminante. Une cabine qui se remplit d’eau lors d’un chavirement rapide concentre plusieurs défis simultanés : obscurité, déstabilisation des repères spatiaux, montée de l’eau, pression sur les portes et fenêtres.

La séquence à connaître avant d’en avoir besoin

1. Maintenir un repère fixe

Dès le début de l’inclinaison, identifier et maintenir le contact avec un point de référence fixe — la poignée de la porte de cabine, le cadre du hublot, la tête de lit fixée au sol. Ce repère tactile permettra de s’orienter si la lumière disparaît et si la cabine se retourne partiellement.

2. Attendre l’équilibrage des pressions

Si la cabine se remplit d’eau et que la porte ou le hublot résiste, ne pas s’acharner. La pression de l’eau de l’autre côté empêche l’ouverture. Laisser l’eau monter jusqu’à équilibrage de la pression — la porte s’ouvrira alors avec un effort normal. Conserver l’air disponible en restant calme et en respirant lentement.

3. Ouvrir la porte ou briser le hublot

À pression équilibrée, ouvrir la porte en tirant vers soi. Si la porte est bloquée par déformation de la coque, utiliser le hublot — les hublots des cabines de navires sont généralement en verre trempé, brisables avec un objet dur sur le coin. Prendre une inspiration depuis la poche d’air résiduelle avant de sortir.

4. Nager vers la surface

Suivre les bulles d’air vers la surface — elles remontent toujours vers le haut même si les repères visuels sont perturbés. Ne pas gonfler le gilet avant d’être sorti de la structure du navire — un gilet gonflé peut bloquer la sortie dans un couloir étroit. Gonfler à la surface.

Regard terrain : ce scénario — cabine immergée, équilibrage des pressions, sortie sous l’eau — est identique dans ses principes à celui du véhicule qui tombe à l’eau et de l’hélicoptère qui chavire en mer. Les mêmes réflexes s’appliquent : maintenir un repère fixe, attendre l’équilibrage, ouvrir, suivre les bulles. La cohérence entre ces scénarios n’est pas un hasard — c’est la physique de l’eau qui dicte la même séquence dans des contextes différents.

Les erreurs les plus fréquentes

Attendre les instructions officielles avant d’agir

L’expérience du Costa Concordia est documentée à cet égard — les premières annonces à bord minimisaient la situation (“problème électrique”, “exercice de précaution”) pendant que le navire gîtait déjà significativement. Les passagers qui ont ignoré ces annonces rassurantes et agi dès la gîte anormale ont eu de meilleures conditions d’évacuation que ceux qui ont attendu. Faire confiance à sa perception directe de l’environnement physique — une gîte persistante et croissante est un signal que les annonces ne peuvent pas effacer.

Descendre vers les ponts inférieurs

L’instinct de regrouper la famille dans la cabine, de récupérer les passeports et objets de valeur, ou de suivre des membres de l’équipage non informés peut conduire à descendre vers des ponts qui seront bientôt sous l’eau. La règle absolue lors d’un chavirement : toujours monter, jamais descendre, sauf pour récupérer le gilet de sauvetage immédiatement dans la cabine proche.

Sauter à l’eau depuis un navire encore en mouvement

Un navire en cours de retournement génère des courants et des turbulences sous-marines dans un large rayon. Sauter pendant le mouvement de retournement expose à être aspiré sous la coque ou projeté contre la structure. Attendre que le navire soit immobilisé — ou clairement en position finale stable — avant de sauter à l’eau.

S’acharner sur une porte sous pression

Une porte de cabine avec de l’eau de l’autre côté à pression supérieure est impossible à ouvrir par la force musculaire. S’acharner dessus épuise l’oxygène et les forces nécessaires pour la suite. Attendre l’équilibrage des pressions — ou passer par le hublot — sont les deux alternatives efficaces.

Gonfler le gilet à l’intérieur de la structure

Dans une cabine ou un couloir partiellement immergé, un gilet gonflé plaque le passager contre le plafond ou bloque son passage dans des ouvertures étroites. Le gilet se gonfle uniquement une fois sorti de la structure du navire et à la surface — c’est la même règle que pour l’hélicoptère et l’amerrissage d’avion.

Négliger la préparation lors du muster d’abandon

L’exercice d’abandon obligatoire dans les 24 premières heures de navigation est l’unique occasion de faire le chemin vers son poste de rassemblement dans des conditions normales. Ce chemin — ponts à monter, couloirs à traverser — devient le repère de navigation lors d’un chavirement progressif. Le faire mentalement une fois suffit à l’ancrer ; ne pas le faire du tout laisse le passager sans référence dans un environnement transformé.

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Et avec des enfants à bord ?

Les traversées en ferry et les croisières familiales sont des contextes fréquents. La présence d’enfants modifie certaines priorités sans changer les principes fondamentaux.

Dès la détection d’une gîte anormale, enfiler immédiatement les gilets de sauvetage des enfants avant les siens propres si les enfants ne peuvent pas le faire seuls — puis le sien. Un enfant avec gilet dans un environnement qui se dégrade est dans une meilleure position qu’un adulte sans gilet qui tente de gérer simultanément son propre équipement et celui de l’enfant.

Maintenir un contact physique constant — main dans la main ou enfant porté — dès que la gîte rend la progression difficile. Dans un couloir incliné à 30 degrés dans l’obscurité, un enfant peut se retrouver séparé de l’adulte en quelques secondes lors d’un mouvement du navire. Établir avant le voyage — dès le muster — un point de rendez-vous sur le pont supérieur si une séparation se produit.

Le soir de l’embarquement, avant de dormir : montrer aux enfants en âge de comprendre le chemin depuis la cabine jusqu’au pont supérieur. Expliquer que si la chambre est inclinée et que des alarmes sonnent, on prend les gilets, on monte, on va vers la lumière du ciel. Cette préparation de cinq minutes peut remplacer la paralysie de panique lors d’un incident nocturne.

Après l’évacuation : dans l’eau ou sur un radeau

Dans l’eau après le saut

Après le saut à l’eau depuis un grand navire, la priorité est de s’éloigner activement de la coque — au moins 50 mètres — pour éviter l’aspiration lors d’un retournement résiduel ou les débris projetés. Puis adopter la position HELP (genoux contre la poitrine, bras serrés) pour limiter la perte thermique, et rejoindre les radeaux de sauvetage visibles dans les environs.

Dans les eaux du Saint-Laurent, de l’Atlantique nord ou de la Méditerranée en hiver, l’hypothermie est la menace principale. Se regrouper en grappe avec d’autres survivants, maintenir la tête hors de l’eau et conserver l’énergie en évitant la nage active sont les priorités dans l’attente des secours.

Dans un radeau de sauvetage

Les radeaux de sauvetage des navires commerciaux modernes sont équipés d’un toit, d’une trousse de survie, de signaux de détresse et d’eau potable pour plusieurs jours. Une fois à bord, rester à l’intérieur, se protéger du froid et de l’humidité, utiliser les signaux de détresse disponibles de façon rationnée, et maintenir un guetteur pour les signaux d’aéronefs ou de navires de secours.

Les garde-côtes et les centres de coordination de sauvetage maritime — MRCC Halifax et Québec au Canada, CROSS en France — sont alertés automatiquement via les systèmes de détresse du navire. Les délais d’intervention varient selon la position du navire, de quelques dizaines de minutes près des côtes à plusieurs heures en pleine mer.

Préparation simple avant d’embarquer

Dès l’arrivée dans la cabine

  • Lire la carte de sécurité et identifier le poste de rassemblement
  • Localiser les gilets de sauvetage adultes et enfants — les sortir et vérifier leur accessibilité immédiate
  • Faire mentalement le chemin vers le pont supérieur le plus proche — compter les ponts à monter
  • Identifier la direction du côté surélevé potentiel (côté du port ou côté large selon la météo)
  • Repérer le hublot de la cabine et son mécanisme d’ouverture

Préparation pour les traversées nocturnes

  • Garder vêtements chauds et chaussures à portée immédiate dans l’obscurité
  • Téléphone chargé sur la table de nuit — la lampe est le premier outil utile
  • Ne pas enfermer les enfants dans une cabine séparée lors de traversées à risque météo
  • Mémoriser : une gîte persistante qui s’aggrave = agir immédiatement, ne pas attendre l’annonce

Le choix de la cabine : les cabines des ponts supérieurs, bien que généralement plus chères, offrent un accès plus direct aux ponts extérieurs lors d’un incident. Les cabines intérieures aux ponts inférieurs — économiques et populaires — sont les plus exposées lors d’un chavirement rapide. Ce n’est pas une raison d’éviter ces cabines, mais c’est un élément à intégrer dans la préparation : le chemin vers le pont supérieur est plus long et doit être connu avec précision.

À retenir

Chavirement de ferry ou de paquebot — les réflexes essentiels :

  • ✔ Dès une gîte anormale persistante : gilet, vêtements chauds, monter vers les ponts supérieurs
  • ✔ Ne pas attendre une annonce officielle pour agir — faire confiance à sa perception directe
  • ✔ Toujours monter, jamais descendre — les ponts supérieurs restent accessibles le plus longtemps
  • ✔ Se diriger vers le côté surélevé du navire
  • ✔ Se déplacer en s’appuyant sur les parois, les rampes et tout point d’ancrage fixe
  • ✔ Cabine immergée : maintenir un repère fixe, attendre l’équilibrage des pressions, ouvrir, suivre les bulles
  • ✔ Ne gonfler le gilet qu’une fois à l’extérieur de la structure et à la surface
  • ✔ Sauter à l’eau uniquement si le navire est immobilisé — s’éloigner de la coque ensuite

Ne pas :

  • ✘ Attendre les annonces officielles si la gîte est clairement anormale et croissante
  • ✘ Descendre vers les ponts inférieurs pour récupérer des affaires
  • ✘ S’acharner sur une porte sous pression — attendre l’équilibrage
  • ✘ Gonfler le gilet à l’intérieur de la structure du navire
  • ✘ Sauter à l’eau pendant le mouvement de retournement du navire

Questions fréquentes

Les ferries modernes peuvent-ils vraiment chavirer ?

Oui — le Costa Concordia (2012) en est l’exemple le plus récent et le plus documenté pour un grand navire de passagers. Les ferries à pont roulant (ro-ro) comme le Herald of Free Enterprise (1987) ou l’Estonia (1994) présentent une vulnérabilité spécifique liée à leurs vastes ponts véhicules ouverts — une voie d’eau sur ces ponts peut provoquer un envahissement massif très rapide. Les normes de construction ont évolué depuis ces accidents, mais aucun navire n’est exempt de risque dans toutes les configurations possibles. Les traversiers de la STQ au Québec et les ferries français sont soumis à des normes de sécurité rigoureuses — mais la connaissance des réflexes de base reste pertinente.

Combien de temps peut-on rester dans une poche d’air à l’intérieur d’un navire retourné ?

Des survivants ont été retrouvés dans des poches d’air plusieurs heures après le retournement de leur navire — le cas le plus documenté récemment est celui d’un cuisinier rescapé du naufrage du Boko Haram au Nigeria en 2013, retrouvé après 60 heures dans une poche d’air. La durée dépend de la taille de la poche, de la consommation d’oxygène (influencée par l’activité physique et le stress), et de la vitesse de remplissage résiduel. Rester calme pour réduire la consommation d’oxygène et attendre l’équilibrage des pressions pour sortir sont les deux règles dans ce scénario extrême.

Quelle est la différence entre le signal d’alarme général et le signal d’abandon lors d’un chavirement ?

Lors d’un chavirement progressif, il est possible que ni l’alarme générale ni le signal d’abandon (7 coups courts + 1 coup long) ne soient déclenchés avant que la situation ne soit déjà avancée — soit parce que l’équipage sous-estime la situation dans les premières phases, soit parce que les systèmes d’alimentation sont affectés par la gîte. C’est précisément pourquoi la perception directe d’une gîte anormale persistante doit déclencher une réaction autonome, indépendamment des signaux officiels. Le signal d’abandon, s’il est déclenché, confirme et accélère une évacuation déjà en cours — il ne devrait pas être le déclencheur initial de l’action.

Que faire si je suis dans une cabine intérieure sans hublot et que la porte est bloquée ?

C’est le scénario le plus contraignant. Les options, dans l’ordre : tenter d’ouvrir la porte par le mécanisme de secours (présent sur certains navires modernes, décrit dans les consignes de sécurité de la cabine) ; si la cabine se remplit d’eau, attendre l’équilibrage des pressions puis tenter à nouveau ; utiliser un objet dur pour forcer le cadre de porte si elle est déformée mais pas sous pression hydraulique. La meilleure protection contre ce scénario est préventive : lors du muster, repérer si la cabine dispose d’un mécanisme de secours, et lors d’une gîte anormale, quitter la cabine immédiatement avant que la situation ne se dégrade au point de bloquer la porte.

Les traversiers du Saint-Laurent présentent-ils des risques spécifiques ?

Les traversiers de la STQ effectuent des liaisons courtes — Québec–Lévis, Rivière-du-Loup–Saint-Siméon, Matane–Baie-Comeau — sur des tronçons bien balisés et sous surveillance constante. Les délais d’intervention des garde-côtes sont courts dans ces corridors. Les conditions hivernales du Saint-Laurent — glaces, brouillard, froid intense — ajoutent des facteurs spécifiques qui influencent la durée d’exposition en cas d’incident. Le principe reste le même : connaître son chemin vers le pont supérieur, avoir le gilet à portée, et agir dès la perception d’une anomalie sans attendre une confirmation officielle.

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Mathieu Montaroux est un expert reconnu en préparation aux situations d’urgence, en sécurité civile et en planification d’évacuation au Québec. Fort de ses expériences dans les forces armées, comme paramedic et en tant qu’analyste et gestion de risques, il accompagne depuis plusieurs années les organisations, les familles et les citoyens dans l’amélioration de leur capacité de préparation et de résilience face aux crises. Il est le fondateur de Québec Preppers, une plateforme dédiée à la préparation citoyenne responsable, à l’autonomie fonctionnelle et à la réduction des impacts humains lors de situations d’urgence plausibles. Son approche repose sur la pédagogie, la mise en pratique progressive et l’adaptation au contexte réel, en conformité avec les cadres légaux et les bonnes pratiques en sécurité civile.
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